‹ Le grand voyage du pays des HuronsChapitre 48 sur 57 · PERTE · texte numérisé non relu

PERTE

presens, qu'elle tire et exige du peuple pour la partie offencée : et ainsi il arriue le plus souuent que par la faute d’vn seul, deux peuples entiers se font vnetrescruelle guerre, et qu’ils sont tousiours dans vne continuelle crainte d’estre surpris l’vn de l’autre, particulierement sur les frontieres, où les femmes mesmes ne 221 peuuent cultiuer les terres et faire les || bleds qu’elles n’ayent tousiours auec elles vn homme ayant les armes au poing, pour les conseruer et deffendre de quelque mauuaise aduenuë. ÿ A ce propos des offences et querelles, et auant finir ce discours, pour monstrer qu'ils sçauent assez bien proceder en conseil, et vser de quelque maniere de satisfaction enuers la partie plaignante et lezée, ie diray ce qui nous arriua vn iour sur ce suiet. Beaucoup de Sauuages nous estans venus voir en nostre Cabane ( selon leur coustume iournaliere) vn d'entr'eux, sans aucun suiet, voulut donner d'vn gros baston au Pere Ioseph. le fus m'en plaindre au grand Capitaine, et luy remonstray , afin que la chose n’allast plus auant, qu’il falloit necessairement assembler vn conseil general, et remonstier à ses gens, et parti culierement à tous les ieunes hommes, que nous ne leur faisions aucun tort ny desplaisir, et qu'ils ne deuoient pas aussi nous en faire, puisque nous n’estions dans leur pays que pour leur propre bien et salut, et non pour aucune enuie de leurs Castors et Pelleteries, comme ils ne pouuoient igncrer. [l fit donc assembler vn conseil general auquel tous assisterent, 222 || excepté celuy qui auoit voulu donner le coup: ryfus aussi appelé, auec le Pere Nicolas, pendant que le Père loseph gardoit nostre Cabane.

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Le grand Capitaine nous fist seoir aupres de luy, puis ayant imposé silence, il s’addressa à nous, et nous dit , en sorte que toute l'assemblée le pouuoit entendre : Mes Nepueux, à vostre priere et requeste i’ay faict assembler ce consel general , afin de vous estre faict droict sur les plaintes que vous m’auez proposées ; mais d'autant que ces gens-cy sont ignorans du fait, proposez vous mesme , et declarez hautement en leur presence ce qui est de vos griefs, et en quoy et comment vous auez esté offencés, et sur ce ie feray et bastiray ma harangue, et puis nous vous ferons iustice. Nous ne fusmes pas peu estonnés dés le commencement, de la prudence et sagesse de ce Capitaine, et comme il proceda en tout sagement, iusqu’à la fin de sa conclusion, qui fust fort à nostre contentement et edification.

Nous proposasmes donc nos plaintes, et comme nous auionc quitté vn tres-bon pays, et trauersé tant de merset de terres, auec infinis dangers et mes-aises, pour | leur venir enseigner le chemin du Paradis, et retirer leurs ames de la domination de Sathan, qui les entraisnoit tous apres leur mort dans vne abysme de feu sousterrain, puis pour les rendre amis et comme parens des François, et neantmoins qu’il y en auoit plusieurs d’entr'eux qui nous traictoient mal, et particulierement vn tel (que ie nommay) qui a voulu tuer nostre frere loseph. Ayant finy, le Capitaine harangua vnlong temps sur ces plaintes, leur remonstrans le tort qu'on auroit de nous offencer, puis que nous ne leur rendions aucun desplaisir, et qu'au contraire nous leur procurions et desirions du bien , non seulement pour cette vie; mais aussi pour l’aduenir.

Nous fusmes priez à la fin d’excuser la faute d’vn particulier, lequel nous deuions tenir seulauec eux, pour vn chien, à la faute duquel les autres ne trempoient point, et nous dirent pour exemple, que desia depuis peu, vn des leurs auoit griefuement blessé vn Algoumequin , en ioüant auec luy, et qu’ils s'estoient accordez sans guerre, par le moyen de quelque present, et celuy-là seul tenu pour chien et meschant qui auoit

224 faict le mal, et non les autres, || qui sont bien marris de cetinconuenient.

Ils nous firent aussi present de quelques sacs de bled , que nous acceptasmes et fusmes au reste festoyez de toute la compagnie, auec mille prieres d’oublier tous le passé, et demeurer bons amys comme auparauant; etnous coniurerent encore fort instamment d'assister tous les iours à leurs festins etbanquets, ausquels ils nous feroient manger de bonnes Sagamités diuersement preparées, et que par ce moyen nous nous entretiendrions mieux par ensemble dans une bonne intelligence de bons parens et bons amys, et que de verité ils nous trouuoient assez pauurement accom- : modez et nourris dans nostre Cabane, de laquelle 1ls eusent bien desiré nous retirer pour nous mettre mieux auec eux dans leur ville, où nous n’aurions autre soucy que de prier Dieu, les instruire, et nous resiouyr honnestement par ensemble; et apres les auoir remerciés, chacun prit congé, et se retira.

[| De la croyance et foy des Sauuages, du Greateur, et comme 225 ils auoient recours à nos prieres en leurs necessitez.

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