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et la peine et les ains de ceux qui les auoient iettez en mer : car veritablement il y a dans cette mer douce des Esturgeons, Assihendos, Truites et Brochets si monstrueusement grands, qu’il ne s’en voit point ailleurs de plus gros, non plus que de plusieurs autres especes de poissons qui nous sont icy incogneus. Et cela ne nous doit estre tiré en doute, puis que ce grand Lac, ou mer douce des Hurons, est estimé auoir trois ou quatre cens lieuës de longueur, de Orient à Occident, et enuiron cinquante de large, contenant vne infinité d’Isles, ausquelles les Sauuages cabanent quand ils vont à la pesche, ou en voyage aux autres Nations qui bordent cette mer douce. Nous iettasmes la sonde vers nostre bourg, assez proche de terre en vn cul-de-sac, et trouuasmes quarante-huict || brasses d’eau ; mais il n’est pas d’vne egale profondeur par tout : car il l’est plus en quelque lieu, et moins de beaucoup en d’autre.
Lors qu'il faisoit grand vent, nos Sauuages ne portoient point leurs rets en l’eau, par ce qu’elle s’esleuoit et s’enfloit alors trop puissamment, et en temps d’vn vent mediocre, ils estoient encore tellement agitez, que c'estoit assez pour me faire admirer, et grandement loüer Dieu que ces pauures gens ne perissoient point, et sortoient auec de si petits Canots du milieu de tant d'ondes et de vagues furieuses, que 1e contemplois à dessein du haut d’vn rocher, où ie me retirois seul tous les iours, ou dans l’espaisseur de la forest pour dire mon Office, et faire mes prieres en paix.
Cette Isle estoit assez abondante en gibier, Outardes, Canards, et autres oyseaux de riuiere : pour
des Escureux il y en auoit telle quantité, de Suisses, et autres communs, qu’ils endommageoient grandement la seicherie du poisson, bien qu’on taschast de les en chasser par la voix, le bruit des mains, et à coups de flesches, et estans saouls ils ne faisoient que ioüer et || courir les vns apres les autres, soir et matin. Il y auoit aussi des Perdrix, vne desquelles s’en vint vn iour tout contre moy en vn coin où ie disois mon Office, et m'ayant regardé en face s’en retourna à petit pas comme elle estoit venuë, faisant la rouë comme vn petit coq d’Inde, et tournant continuellement la teste en arriere, me regardoit et contemploit doucement sans crainte, aussi ne voulus-ie point l’espouuenter ny mettre la main dessus, comme ie pouuois faire, et la laissay aller.
Vn mois et plus s’estant escoulé, et le grand poisson changeant de contrée, il fut question de trousser bagage, et retourner chacun en son village : vn matin que l’on pensoit partir, la mer se trouua fort haute, et les Sauuages timides n’osans se hazarder dessus, me vindrent trouuer, et me supplierent de sortir de la Cabane pour voir la mer, et leur dire ce qu’il m'en sembloit, et ce qu’il estoit question de faire; pour ce que tous les Sauuages ensemble s’estoient resolus de faire en cela tout ce que ie leur dirois et conseillerois. l’auois desia veu la mer; mais pour les contenter il me fallut derechef sortir dehors, pour considerer s'il y auoit peril de s’embarquer || ou non. O bonté infinie de nostre Seigneur, 1l me semble que r’auois la foy au double que ie n’en ay pas icy ! Le leur dis : Il est vray qu'il y a à present grand danger sur mer; mais que personne pourtant ne laisse de fretter ses Canots
et s’'embarquer : car en peu de temps les vents cesseront, et la mer calmera : aussi-tost dit, aussi-tost faict, ma voix se porte par toutes les Cabanes de l'Isle, qu’il falloit s’embarquer, et que ie les auois asseurez de la bonace prochaine. Ce qui les fist tellement diligenter, qu’ils nous deuancerent tous, et fusmes les derniers à desmarer. À peine les Canots furent-ils en mer, que les vents cesserent, et la mer calma comme vn plancher, iusques à nostre desembarquement et arriuée à nostre ville de Quieunonascaran.
Le soir que nous arriuasmes au port de cette ville, il estoit pres de trois quarts d’heure de nuict, et faisoit fort obscur, c’est pourquoy mes Sauuages y cabanerent : mais pour moy j’aimay mieux m'en aller seul au trauers des champs et des bois en nostre Cabane, qui en estoit à demye lieuë loin, pour y voir promptement mes Confreres, de la santé desquels || les Sauuages m’auoient faict fort douter : maisie les trouuay en tres-bonne disposition, Dieu mercy, de quoy ie fus fort consolé, et eux au reciproque furent fort ayses de mon retour et de ma santé, et me firent festin de trois petites Citroüilles cuittes sous la cendre chaude, et d’vne bonne Sagamité, que ie mangeay d'vn grand appetit, pour n'auoir pris de toute la journée qu’vn bien peu de boüillon fort clair, le ma- HO AND Anti à |
De la santé et maladie des Sauuages, et de leurs Medecins.