‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 13 sur 55 · POS. A · texte numérisé non relu

POS. A

egalité de iustice (à son aduis) en leconomie du monde, puis que par tout il auoit trouué le fol commander au sage, le superbe à l'humble, le querelleux au pacifique, l’impie au deuot. Et ce qui luy touchoit le plus le cœur, c'est qu'il n’auoit point trouué l’immortalité en terre.

| Pour moy, qui ne fus iamais d’vne sienragée enuie 3 d'apprendre en voyageant, puis que nourry en l’escole du Fils de Dieu, sous la discipline reguliere de l'Ordre Seraphiquesainct François, où l'on apprend la science solide des Saincts, et hors celle-là tout ce qu’on peut apprendre n’est qu’vn vain amusement d’vn esprit curieux , j’ay voulu faire part au public de ce que j’auois veu en vn voyage de la Nouuelle France, que l’obeyssance de mes Superieurs m'auoit fait entreprendre, pour secourir nos Peres qui y estoient desia, pour tascher à y porter le flambeau de la cognoissance du Fils de Dieu, et en chasser les ténèbres de la barbarie et infidelité, suyuant le commandement que nostre Dieu nous auoit faict en la personne de ses Apostres, afin que, comme nos Peres de nostre Seraphique Ordre de sainct François, auoient les premiers porté l’Euangile dans les Indes Orientales et Occidentales , et arboré l’estendart de nostre redemption és peuples qui n’en auoient iamais ouy parler, ny eu cognoissance, à leur imitation nous y portassions nostre zele et deuotion , afin de faire la mesme conqueste, et eriger les mesmes trophées || de nostre saiut, où le 4 Diable auoit demeuré paisible iusqu'à present.

Ce ne sera pas à l’imitation d'Appollonius, pour y polir mon esprit, et en deuenir plus sage, que ie visiteray ces larges prouinces, où la barbarie et la bruta-

lité y ont pris tels aduantages, que la suite de ce discours vous donnera en l’ame quelque compassion de la misere et aueuglement de ces pauures peuples, où ie vous feray voir quelles obligations nousauons à nostre bon Irsvs, de nous auoir deliurez de telles tenebres et brutalité, et poli nostre esprit iusqu’à le pouuoir cognoistre et aymer, et esperer l'adoption de ses enfans. Vous verrez comme en vn tableau de relief et en riche taille douce, la misere de la nature humaine, vitiée en son origine, priuée de la culture de la foy , destituée des bonnes mœurs , et en proye à la plus funeste barbarie que l'esloignement de la lumiere celeste peut grotesquement conceuoir. Le recit vous en sera d'autant plus agreable par la diuersité des choses que ie vous raconteray auoir remarquées, pendant enuiron deux ans que i’y ay demeuré, que ie me promets que la compassion que vous prendrez de la misere de ceux || qui participent auec vous de la nature humaine, tireront de vos cœurs des vœux, des larmes et des souspirs, pour coniurer le Ciel à lancer sur ces cœurs des lumieres celestes, qui seules les peuuent affranchir de la captiuité du Diable, embellir leurs raisons de discours salutaires, et polir leur rude barbarie de la politesse des bonnes mœurs, afin qu'ayans cogneu qu'ils sont hommes, ils puissent deuenir Chrestiens et participer auec vous de cette foy qui nous honore du riche titre d’enfans de Dieu, coheritiers auec nostre doux Iesvs, de l’heritage qu’il nous a acquis au prix de son sang, où se trouuera cette immortalité veritable, que la vanité d'Appollonius apres tant de voyages, n'auoit pû trouuer en terre, où aussi elle n’a garde de se pouuoir trouuer.

De nostre commencement , et suite de nostre voyage.

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