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uant, et se mettre en sauueté, ce qui a reussi à plu-
215 sieurs : ieme persuade et crois || que c’est en partie pourquoy ils portent ordinairement tous leurs plus beaux colliers et matachias en guerre.
Lorsqu’ils ioignent vnennemy, et qu'ils n’ont qu’à mettre la main dessus, comme nous disons entrenous : Rends-toy, eux disent Sakien , c’est-à-dire, assied-toy, ce qu’il faict, s’il n'ayme mieux se faire assommer sur la place, ou se deffendreiusqu’à la mort, ce qu'ils ne font pas souuent en ces extremitez, sous esperance de se sauuer, et d’eschapper avec le temps par quelque ruze. Or comme il y a de l'ambition à qui aura des prisonniers, cette mesme ambition ou l’enuie est aussi cause quelques-fois que ces prisonniers se mettent en liberté et se sauuent, comme l’exemple suyuant le monstre.
Deux ou trois Hurons se voulans attribuer chacun un prisonnier Ÿroquois, et ne se pouuans accorder, ils en firent iuge leur propre prisonnier, lequel bien aduisé se seruit de l’occasion et dit : Vn tei m’a pris, et suis son prisonnier, ce qu’il disoit contre la verité et exprez , pour donner un iuste mescontentement à celuy de qui il estoit vray prisonnier : et de faict in-
216 digné qu’vn autre auroit iniustement l'honneur || qui luy estoit deu, parla en secret la nuict suyuante au prisonnier, et luy dit : Tu t’es donné et adiugé à vn autre qu’à moy, qui t'auois pris, c'est pourquoy i’ayme mieux te donner liberté, qu’il aye l'honneur qui m'est deu, etainsi le deslians le fit euader et fuyr secrettement.
Arriuez que sont les prisonniers en leur ville ou village, ils leur font endurer plusieurs et diuers tour-
ort, sous mps \qui ’en- 2rs Se suy-
acun rder , bien pris; verité ent à ctin- || qui ruante jugé à rquoy bnneur et fuyr
ille ou rs tour-
mens, aux vns plus, et aux autres moins, selon qu’il leur plaist : et tous ces genres de tourments et de morts sont si cruels, qu’il ne se trouue rien de plus inhumain : car premierement ils leur arrachent les ongles, et leur coupent les trois principaux doigts, qui servent à tirer de l'arc, et puis leur leuent ttute la peau de la teste avec la cheuelure, et apres y mettent du feu et des cendres chaudes, ou y font degoutter d’une certaine gomme fondue, ou bien se contentent de les faire marcher tous nuds de corps et des pieds, au trauers d’vn grand nombre de feux faicts exprez, d’vn bout à l’autre d’vne grande Cabane, où tout le monde qui y est bordé des deux costez, tenans en main chacun vn tison allumé, luy en donnent dessus le corps en passant, || puis apres auec des fers chauds luy donnent encore de jartieres à l’entour des jambes, et auec des haches rouges ils luy frottent les cuisses du haut-en-bas, et ainsi peu à peu bruslent ce pauure miserable : et pour luy augmenter ses trescuisantes douleurs, luy iettent par-fois de l’eau sur le dos, etluy mettent du feusur les extremitez des doigts, et de sa partie naturelle , puis leur percent les bras prés des poignets , et auec des bastons en tirent les nerfs, et les arrachent à force, et ne les pouuans auoir les couppent, ce qu'ils endurent auec vne constance incroyable, chantans cependant auec vn chant neantmoins fort triste et lugubre, comme jay dict, mille menaces contre ces Bourreaux et contre toute cette Nation, et estant prest de rendre l’ame, ils le menent hors de la Cabane finir sa vie, sur un eschauffaut dressé exprez, là où on lui couppe la teste, puis on luy ouure le ventre, et là tous les enfans se trouuent pour
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auoir quelque petit bout de boyau qu’ils pendent au bout d’vne baguette , et le portent ainsi en triomphe par toute la ville ou village en signe de victoire. Le
218 corps ainsi esuentré et accommodé, on le faict || cuire
dans une grande chaudière, puis on le mange en festin, auec liesse et resiouyssance, comme j’ay dict cydeuant.
Quand les Yroquois, ou autres ennemis, peuuent attrapper de nos gens, ils leur en font de mesme , et c’est à qui fera du pis à son ennemy : et tel va pour prendre, qui est souuent pris luy-mesme. Les Yroquois ne viennent pas pour l'ordinaire guerroyer nos Hurons, que les fuerlles ne couurent les arbres, pour pouuoir plus facilement se cacher , et n’estre descouverts quand ils veulent prendre quelqu’vn au despourueu : ce qu’ils font aysement, en tant qu’il y a quantité de bois dans le pays, et proche la pluspart des villages : que s’ils nous eussent pris nous autres Religieux, les mesmes tourments nous eussent esté appliquez sinon que de plus ils nous eussent arraché la barbe la premiere, comme ils firent à Bruslé, le Truchement qu’ils pensoient faire mourir , et lequel fut miraculeusement deliuré par la vertu de l’Agnus Dei, qu’il portoit pendu à son col : carcomme ils luy pensoient arracher, le tonnerre commença à donner auec tant de furies , d’esclairs et de bruits, qu'ils en creu-
219 rent estre à leur derniere iour “e, et || tous espouuen-
tez le laisserent aller. craig. eux-mesmes de perir, pour auoir voulu faire mourir ce Chrestien, et luy oster son Reliquaire.
Il arriue aussi que ces prisonniers s’eschappent aucunes-fois, specialement la nuict, au temps qu’on les
faict promener par-dessus les feux ; car en courans sur s ces cuisans et tres-rigoureux brasiers, de leurs pieds ; ils escartent et iettent les tisons, cendres et charbons ds par la Cabane, qui rendent apres une telle obscurité je de poudre et de fumée, qu'on ne s’entre-cognoist #à point : de sorte que tous sont contraincts de gaigner la
porte, et de sortir dehors, et luy aussi parmy la foule, et de là il prend l'essor, et s'en va : et s’il ne peuten-
ns core pour lors, il se cache en quelque coin à l’escart,
re attendant l’occasion et l’opportunité de s’enfuyr, et de
és gaigner pays. l’en ay veu plusieurs ainsi échappez
eu des mains de leurs ennemis, qui pour preuue nous
sad faisoient voir les trois doigts principaux de la main
ee droicte couppez.
sas Il n’y a presque aucune Nation qui n'ait guerre et
sel debat auec quelqu'autre, non en intention d'en pos-
gui seder les terres etconquerir leur pays, ains seulement
vil- pour les || exterminer s'ils pouuoient, et pour se ven- 220 ‘© eli- ger de quelque petit tort ou desplaisir, qui n'est pas fl
ppli- souuent grand chose ; mais leur mauvais ordre, et le À é la peu de police qui soutfre les mauuais Concitoyens À Tu- impunis, est cause de tout ce mal : car si l’vn d’en- !
el fut | tr'eux a offencé, tué ou blessé un autre de leur mesme | Det, Nation, 1l en estquitte pour vn present, et n’y a point l pen- de chastiment corporel (pour ce qu'ils ne les ont point | er | en vsage enuers ceux de leur Nation) si les parens du |
creu- biessé ou decedé n’en prennent eux-mesmes la ven- ni: uen geance, ce qui arriue peu souuent : car ils ne se font, Pi
perir, que fort rarement tort les vns aux autres. Mais si L’of- nil
et luy tensé est d’vne autre Nation, alors il y a indubitable- hi
FPT ment guerre declarée entre les deux Nations, si celle f
on les de l’homme coulpable ne se rachete par de grands
presens, qu’elle tire et exige du peuple pour la partie offencée : et ainsi il arriue le plus souuent que par la faute d’vn seul, deux peuples entiers se font vne trescruelle guerre, et qu’ils sont tousiours dans vne continuelle crainte d’estre surpris l’vn de l’autre, particulierement sur les frontieres, où les femmes mesmes ne peuuent cultiuer les terres et faire les || bleds qu’elles n’ayent tousiours auec elles vn homme ayant les armes au poing, pour les conseruer et deffendre de quelque mauuaise aduenuë,
A ce propos des offences et querelles, et auant finir ce discours, pour monstrer qu'ils sçauent assez bien proceder en conseil, et vser de quelque maniere de satisfaction enuers la partie plaignante et lezée, ie diray ce qui nous arriua vn iour sur ce suiet. Beaucoup de Sauuages nous estans venus voir en nostre Cabane ( selon leur coustume iournaliere ) vn d’entr'eux, sans aucun suiet, voulut donner d’vn gros baston au Pere Ioseph. Ie fus m’en plaindre au grand Capitaine, et luy remonstray , afin que la chose n’allast plus auant, qu’il falloit necessairement assembler vn conseil general, et remonstier à ses gens, et particulierement à tous les ieunes hommes, que nous ne leur faisions aucun tort ny desplaisir, et qu'ils ne deuoient pas aussi nous en faire, puisque nous n’estions dans leur pays que pour leur propre bien et salut, et non pour aucune enuie de leurs Castors et Pelleteries, comme ils ne pouuoient igncrer. Il fit donc assembler vn conseil general auquel tous assisterent,
222 || excepté celuy qui auoit voulu donner le coup: Ÿyfus aussi appelé, auec le Pere Nicolas, pendant que le Père Ioseph gardoit nostre Cabane.
Honc assterent , D: Vy fus t que le
Le grand Capitaine nous fist seoir aupres de luy, puis ayant imposé silence, il s’addressa à nous, et nous
dit , en sorte que toute l’assemblée le pouuoit enten-
dre : Mes Nepueux , à vostre priere et requeste i’ay faict assembler ce conseil general , afin de vous estre
faict droict sur les plaintes que vous m’auez proposées ; mais d'autant que ces gens-cy sont ignorans du fait, proposez vous mesme , et declarez hautement en leur presence ce qui est de vos griefs , et en quoy et comment vous auez esté offencés, et sur ce ie feray et bastiray ma harangue, et puis nous vous ferons iustice. Nous ne fusmes pas peu estonnés dés le commencément, de la prudence et sagesse de ce Capi'‘aine, et comme il proceda en tout sagement, iusqu’à la fin de sa conclusion, qui fust fort à nostre contentement et edification.
Nous proposasmes donc nos plaintes, et comme nous auionc quitté vn tres-bon pays, et trauersé tant de mers et de terres, auec infinis dangers et mes-aises, pour |; leur venir enseigner le chemin du Paradis, et retirer leurs ames de la domination de Sathan, qui les entraisnoit tous apres leur mort dans vne abysme de feu sousterrain, puis pour les rendre amis-et comme parens des François, et neantmoins qu’il y en auoit plusieurs d'entr’eux qui nous traictoient mal, et particulierement vn tel (que ie nommay) qui a voulu tuer nostre frere loseph. Ayant finy, le Capitaine harangua vnlong temps sur ces plaintes, leur remonstrans le tort qu'on auroit de nous offencer, puis que nous ne leur rendions aucun desplaisir, et qu'au contraire nous leur procurions et desirions du bien , non seulement pour cette vie; mais aussi pour l’aduenir.
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