SCÈNE XVI
CLARiCE, M. GRICHARD, ARISTE.
M. GRICHARD.
Mais la voici, vous allez voir.
CLARICE. ^-
Vous me voyez, monsieur, dans un si grand excès de joie, que je ne puis vous Vexprimer.
M. GRICHARD.
Comment donc? d'où vous vient cette joie si déréglée ?
CLARICE
Mon père vient de m'accorder tout ce que je lui ai demandé,
M. GRICHARD.
Et que lui avez-vous demandé ?
CLARICE
Tout ce qui pouvait me faire plaisir.
M. GRICHARD.
Mais encore?
CLARICE
Il m'a rendu maîtresse de tous nos apprêts de noces.
M. GRICHARD.
Quels apprêts faut-il donc tant pour...
CLARICE
Comment, monsieur, quels apprêts? les habits, le festin, les violons, les hautbois , les mascarades , les concerts^ et le bal surtout, que je veux avoir tous les soirs pendant quinze jours.
M. GRICHARD.
Comment diable!
CLARICE
Vous voyez cet habit , c'est le moindre de douze que je me suis fait faire. J'en ai commandé autant pour vous.
M. GRICHARD.
Pour moi î
CLARICE
Oui ; mais il n'y en a encore que deux de faits . qu'on vous apportera ce soir. '
M. GRICHARD.
A moi !
CLARIGE.
Oui, monsieur. Croyez-vous que je puisse vous souffrir comme vous êtes ? Il semble que vous portiez le deuil des malades qui meurent entre vos mains.
M. GRICHARD, à part.
Elle est folle.
CLARIGE.
Il faut quitter cet équipage lugubre , et prendre un habit plus gai.
M. GRICHARD.
Un habit plus gai à un médecin !
CLARIGE.
Sans doute. Puisque nous nous marions ensemble, il faut se mettre du bel air. Serez-vous le premier médecin qui porterez un habit de cavalier ?
Elle extravague.
CLARIGE.
Pour le festin , nous avons deux tables de trente couverts. Je viens d'ordonner moi-même en quel endroit de la salle je veux qu'on place les violons et les hautbois.
M. GRICHARD.
Mais songez-vous...
CLARIGE.
J'ai préparé une mascarade chai'manle.
M. GRICHARD.
A la fin...
CLARIGE.
Quand nous aurons dansé une bonne heure, nous sortirons tous deux du bal sans rien dire , et nous nous déguiserons , moi en Vénus , et vous en Adonis.
M. GRICHARD.
Moi en Adonis ! je perds patience !
CLARIGE.
Que nous allons danser ! C'est ma folie que la danse. Au moins, j'ai déjà retenu quatre laquais qui jouent parfaitement bien du violon.
M. GRICHARD.
Quatre laquais !
CLARIGE.
Oui , monsieur; deux pour vous, et deux pour moî. Quand nous serons mariés, je veux que vous ayez le bal chez nous tous les jours de la vie , et que notre maison soit le rendezvous de toutes les personnes qui aimeront un peu le plaisir.