‹ Le grondeur, comédie en trois actesChapitre 30 sur 51 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LE PRÉFOT DE DAKSE, LOLIVE, en maître à danser, M. GRICHARD, CATAU.

M. GRICHARD.

Ouais! ce n'est point là mon homme. {A Lolwe qui lui fait plusieurs références. ) Qui êtes-vous^ avec vos révérences ?

LOLIVE.

Monsieur, on m'appelle Rigaudon , à vous rendre mes trèshumbles sei vices.

M. GRICHARD, à Catau.

N'ai-je point vu ce visage quelque part ^

CATAU

11 y a mille gens qui se ressemblent.

M. GRICHAR D.

Eh bien, monsieur Rigaudon , que voulez-vous i*

LOLIVE, lui donnant une lettre pliëe en poulet.

Vous donner cette lettre de la part de mademoiselle Clarice.

M. GRICHARD,

Donnez... Je voudrais bien savoir qui a appris à Clarice à plier ainsi une lettre : voilà une belle figure de lettre , un beau colifichet î Voyons ce qu'elle chante.

C AT A U,/à part, tandis qu'il déplie la lettre.

Jamais peut-être amant ne s'est plaint de pareille chose.

M. GRICHARD, lisant.

« Tout le monde dit que je me marie avec le plus bourru ■» de tous les hommes : je veux désabuser les gens ; et pour » cet effet , il faut que ce soir vous et moi nous commencions » le bal. » Elle est folle !

LOLIVE.

Continuez , monsieur, je vous prie.

M. GRICHARD, lisant.

(( Vous m'avex dit que vous ne saviez pas danser j mais je )) vous envoie le premier homme du monde... »

LOLIVE, à M. Gricliard cjui le regai-de depuis les pieds jusqu'à la tête.

Ah! monsieur.

M. GRICHARD, lisant.

«Qui vous en montrera, en moins d'une heure, autant » qu'il en faut pour vous tirer d'affaire. » Que j'apprenne à danser I

Achevez, s'il vous plaît.

M. GRICHARD, achevant de lire.

« Et , si vous m'aimez , vous apprendrez de lui la bour- )) rée. GlArice. )> La bourrée ! moi , la bourrée ! ( A Lolive , avec colère. ) Monsieur le premier homme du monde, savezvous bien que vous risquez beaucoup ici ?

LOLIVE.

Allons, monsieur, dans un quart d'heure vous la danserez à miracle.

M. GRICHARD, redo iiblant sa colère.

Monsieur Rigaudon , je vous ferai jeter par les fenêtres, si j'appelle mes domestiques.

C ATAU, bas, à M. Gricbard.

Il ne fallait pas les chasser.

LOLIVE, faisant signe au pre'vôt de jouer du violon.

Allons, gai! Ce petit prélude vous mettra en humeur. Faut-il vous tenir par la main , ou si vous avez quelques principes ^

M. GRICHARD, portant sa colère à l'extre'mite'.

Si vous ne faites enfermer ce maudit violon , je vous arracherai les yeux.

LOLIVE.

Parbleu , monsieur , puisque vous le prenez sur ce tonlà, vous danserez tout à l'heure.

Je danserai , traître ?

LOLIVE.

Oui, morbleu, vous danserez. J'ai ordre de Clarice de vous faire danser , elle m'a payé pour cela ; et , ventrebleu , vous danserez ! (^Aii Préwôt. ) Empêche, toi, qu'il ne sorte,

(Il tire soa epée , qu'il met sous son bras. )

M. GRICHARD.

Ah ( je suis mort! Quel enragé d'homme m'a envoyé cette folle !

CATAU

Je vois bien qu'il faut que je m'en mêle (i). [A M. Grichard. ) Tenez-vous là , monsieur , laissez-moi lui parler. ( A. Lolwe.) Monsieur, faites-nous la grâce d'aller dire à monsieur de Saint-Alvar..,

LOLIVE.

Ce n'est pas lui qui nous a fait venir ici. Je veux qu'il danse.

M. GRICHARD, à part.

Ah , le bourreau! le bourreau !

CATAU

Considérez, s'il vous plaît, que monsieur est un homme grave.

LOLIVE.

Je veux qu'il danse.

Un fameux médecin, Je veux qu'il danse.

CATAU

Vous pourriez devenir malade , et en avoir besoin.

M. GRICHARD, tirant Catau à lui.

Oui 5 dis-lui que quand il voudra , sans qu'il lui en coûte rien , je le ferai saigner et purger tout soft soûl.

(Calau va aiiprèj de Lolivc.) LOLIVE-

Je n'en ai que faire. Je veux qu'il danse , ou , morbleu...

M. G R I C H A R D, entre ses dents.

Le bourreau !

(1) Le Prélat , Lolive, Catau , ÏM. Giichard.

C A T A U , x-evenant auprès de M. Grichard.

Monsieur, il n'y a rien à faire : cet enragé n'entend point raison. 11 arrivera ici quelque malheur 5 nous sommes seuls au logis.

M. GRICHARD.

Il est vrai.

CATAU

Piegardez un peu ce drôle-là , il a méchante physionomie.

BI. GRICHARD, le regardaut de côte' , en tremblant.

Oui , il a les yeux hagards.

Se dépêchera-t-on?

M. GRICHARD.

Au secours ! voisins^ au secours !

CATAU

Bon! au secours; et ne savez-vous pas que tous vos voisins vous verraient voler et égorger avec plaisir? Croj^ez-moi , monsieur, deux pas de bourrée vous sauveront peut-être la vie.

M. GRICHARD.

Mais , si on le sait^ je passerai pour fou.

CATAU

L'amour excuse toutes les folies ; et j'ai ouï dire à monsieur Mamurra que lorsque Hercule était amoureux, il fila pour la reine Oraphale.

M, GRICHARD.

Oui , Hercule fila 5 mais Hercule ne dansa pas la bourrée j et de toutes les danses , c'est celle que je hais le plus.

CATAU

Eh bien , il faut le dire ; monsieur vous en montrera une autre.

(i) LOLIVE, à M. Grichard.

Oui-da , monsieur. Voulez-vous les menuets ?

M. GRICHARD.

Les menuets ?. . .'non.

La gavotte?

M. GRICHARD.

La gavotte.^... non.

LOLIVE.

Le passe-pied?

(1) LePiéi'ôt, Lolive, GiicharJ, Cataa.

M GRICHARD.

Le passe-pied?... non.

LOLIYE.

Eh ! quoi donc ? tracanas , tricotez , rigaudons? en voilà à choisir.

M. GRICHARD.

Non , non . non , je ne vois rien là qui m'accommode.

LOLIYE.

Vous voulez peut-être une danse grave et sérieuse ?

M. GRICHARD.

Gai , sérieuse , s'il en est , mais bien sérieuse.

LOLITE.

Eh bien , la courante, la bocaae , la sarabande ?

M. GRICHARD-

Non j non, non.

Oh ! que diantre voulez-vous donc ? Demandez vousmême 5 mais hâtez-vous , ou , par la mort...

M. GRICHARD.

Allons, puisqu'il le faut, j'apprendrai quelques pas de la... la...

LOLIVE.

Quoi , de la... la?...

M. GRICHARD.

Je ne sais.

LOLIVE.

Vous vous moquez de moi , monsieur , vous danserez la bourrée, puisque Cîarice le veut; ou tout à l'heure , ventrebleu I... (Il met son épée sous son bras ^ et fait danser monsieur Giichard.) (i).

(i) Quoique cette fin de scène se joue à la volonté de l'acteur, voici ce qui se dit assez ordinairement:

LOLIVE.

st-ce que c bonne

Oli! palsambleu, vous danserez ou vous direz pourqutà. Qu'est c'est donc que tout ceci ? — A\v ! je suis ravi que vous vous prêtiez d( gr.ice à vos exercices. — Conamencons par changer cette physionomie hignbre. ( IL lui oie son manleau.) — Mettons ce chapeau à la petit-niatfre. ( // lui arrange son chapeau. ) • — Tournez la pointe de vos pieds en dehors. — Enfoncez restotnac. — Ke tendez pas le dns. — Un rabat pour danser Ja bourrée !.. (/l lui arrange son iahn(. ) — Voilà la jurande mode, monsi'^ur , voilà la Jurande mode. — (Le prévôt joue de la pochette.) Allons, monsieur, une, deux... Allons donc.

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