SCÈNE L CATAU, LOLIVE
l^UE viens-tu chepcher ici? pourquoi n'as-tu pas pris ton autre équipage? Si monsieur Grichard i^evenait...
LOLIVE. :
Il lui reste encore Clarice et Fadel à quereller.
CATAU
Il peut te surprendre, et te reconnaître.
LOLIVE.
Bon ! reconnaître : tu ne saurais croire la vertu qu'ont les beaux habits pour changer les gens comme nous. Se mêler de pirouetter, et porter un habit doré ^ j'en connais plus de quatre à qui il n'en faut pas davantage pour ne se connaître pas euxmêmes.
CATAU
Qu'as-tu donc à me dire? |j
LOLIVE.
Bien des choses sur ce que tu veux que je fasse.
CATAU
Dis-les donc vite.
LOLIVE.
Puisque Monder est arrivé , qu'il se serve de ses gens...
CATAU
Il n'a amené avec lui que ce valet de chambre dont nous avons déjà fait l'aumônier^ que nous avons envoyé à monsieur Grichard. Il n'y a que toi qui puisses achever ce que tu as commencé.
Je ne saurais.
CATAU
Poltron !
LOLIVE.
Considère tout ce que tu me fais entreprendre dans une journée. Brillon sert à tes desseins, tu me le fais enlever -, tu
crains que Mamurra ne parle , tu me le fais tenir enfermé ; tu me fais faire une peur terrible à un fort honnête médecin , qui est pour en avoir la fièvre.
CATAU
Qu'il se la guérisse.
LOLIVE.
Et tu veux que je lui donne encore une plus chaude alarme?
CATAU
' Te voilà bien malade! N'as-tu pas été bien payé de ta leçon de danse ?
LOLIYE.
Il est vrai.
CATAU
Ne le seras-tu pas, au double, de cette seconde expédition.^
LOLIVE.
Je le crois.
Et n'as-tu pas le plaisir de te venger d'un homme qui t'a mis dehors sans sujet?
LOLIVE.
Non 5 ma réputation m'est chère.
CATAU
Oh ! garde-la : on ne prétend pas te l'ôter ; mais compte que si tu ne fais pas ce que tu as promis à Mondor, tu dois être assuré de mille coups de bâton.
LOLIVE.
Mais si je le fais , et que monsieur Grichard me découvre, crois-tu qu'il m'épargne.^
CATAU
En ce cas , lu risquerais peut-être quelques bagatelles ; mais de ce côté-là les coups sont incertains , et très-sûrs du côté de Mondor, aussi-bien que les cinquante pistoles qu'il t'a I promises^ si tu le sers.
' LOLIVE.
Ceci mérite un peu de réflexion. Oui , je vois que de toutes parts je risque le bâton ; me voilà dans un grand embarras : quel parti prendre ? Battu peut-être du côté de monj sieur Grichard ; rossé à coup sûr du côté de Mondor j criminel à ne pas faire ce que je lui ai promis, criminel à le faire , « Des bâtons aujourd'hui je n'ai plus que le choix. » (i)
J (rjDes crimes aujourd'hui je n'ai plus que le choix.
* yers de Brutus , tragédie de mademoiselle Bernard, acte 3, scène pre-
* mière. Cette tragédie fut jouée , pour la première fois (peu de temps avant i| le Grondeur), le lundi i8 décembre 1690.
CATAU
Tu es dans le fait.
LOLIVE. Il
Eh bien , il n'y a plus à hésiter : coups de bâton poui coups de bâton , il faut se déterminer en faveur de ceux qui seront accompagnés d'un lénitif de cinquante pistoles. Mais qui m.'en sera caution ?
CATAU
Qui? Mondor, qui donnerait toutes choses pour ne p perdre ce qu'il aime ,* Térignan , Hortense , Clarice , Arist Es-tu content ?
LOLIVE
Non.
CATAU
Encore ?
LOLIVE.
Non, te dis- je j donne-moi une caution que je puisse prend; au corps.
CATAU
LOLIVE.
CATAU
LOLIVE.
CATAU
Eh bien , moi.
Toi.P
Moi.
Je le veux.
Va donc te préparer.