‹ Le grondeur, comédie en trois actesChapitre 32 sur 51 · SCÈNE L CATAU, LOLIVE · texte numérisé non relu

SCÈNE L CATAU, LOLIVE

l^UE viens-tu chepcher ici? pourquoi n'as-tu pas pris ton autre équipage? Si monsieur Grichard i^evenait...

LOLIVE. :

Il lui reste encore Clarice et Fadel à quereller.

CATAU

Il peut te surprendre, et te reconnaître.

LOLIVE.

Bon ! reconnaître : tu ne saurais croire la vertu qu'ont les beaux habits pour changer les gens comme nous. Se mêler de pirouetter, et porter un habit doré ^ j'en connais plus de quatre à qui il n'en faut pas davantage pour ne se connaître pas euxmêmes.

CATAU

Qu'as-tu donc à me dire? |j

LOLIVE.

Bien des choses sur ce que tu veux que je fasse.

CATAU

Dis-les donc vite.

LOLIVE.

Puisque Monder est arrivé , qu'il se serve de ses gens...

CATAU

Il n'a amené avec lui que ce valet de chambre dont nous avons déjà fait l'aumônier^ que nous avons envoyé à monsieur Grichard. Il n'y a que toi qui puisses achever ce que tu as commencé.

Je ne saurais.

CATAU

Poltron !

LOLIVE.

Considère tout ce que tu me fais entreprendre dans une journée. Brillon sert à tes desseins, tu me le fais enlever -, tu

crains que Mamurra ne parle , tu me le fais tenir enfermé ; tu me fais faire une peur terrible à un fort honnête médecin , qui est pour en avoir la fièvre.

CATAU

Qu'il se la guérisse.

LOLIVE.

Et tu veux que je lui donne encore une plus chaude alarme?

CATAU

' Te voilà bien malade! N'as-tu pas été bien payé de ta leçon de danse ?

LOLIYE.

Il est vrai.

CATAU

Ne le seras-tu pas, au double, de cette seconde expédition.^

LOLIVE.

Je le crois.

Et n'as-tu pas le plaisir de te venger d'un homme qui t'a mis dehors sans sujet?

LOLIVE.

Non 5 ma réputation m'est chère.

CATAU

Oh ! garde-la : on ne prétend pas te l'ôter ; mais compte que si tu ne fais pas ce que tu as promis à Mondor, tu dois être assuré de mille coups de bâton.

LOLIVE.

Mais si je le fais , et que monsieur Grichard me découvre, crois-tu qu'il m'épargne.^

CATAU

En ce cas , lu risquerais peut-être quelques bagatelles ; mais de ce côté-là les coups sont incertains , et très-sûrs du côté de Mondor, aussi-bien que les cinquante pistoles qu'il t'a I promises^ si tu le sers.

' LOLIVE.

Ceci mérite un peu de réflexion. Oui , je vois que de toutes parts je risque le bâton ; me voilà dans un grand embarras : quel parti prendre ? Battu peut-être du côté de monj sieur Grichard ; rossé à coup sûr du côté de Mondor j criminel à ne pas faire ce que je lui ai promis, criminel à le faire , « Des bâtons aujourd'hui je n'ai plus que le choix. » (i)

J (rjDes crimes aujourd'hui je n'ai plus que le choix.

* yers de Brutus , tragédie de mademoiselle Bernard, acte 3, scène pre-

* mière. Cette tragédie fut jouée , pour la première fois (peu de temps avant i| le Grondeur), le lundi i8 décembre 1690.

CATAU

Tu es dans le fait.

LOLIVE. Il

Eh bien , il n'y a plus à hésiter : coups de bâton poui coups de bâton , il faut se déterminer en faveur de ceux qui seront accompagnés d'un lénitif de cinquante pistoles. Mais qui m.'en sera caution ?

CATAU

Qui? Mondor, qui donnerait toutes choses pour ne p perdre ce qu'il aime ,* Térignan , Hortense , Clarice , Arist Es-tu content ?

LOLIVE

Non.

CATAU

Encore ?

LOLIVE.

Non, te dis- je j donne-moi une caution que je puisse prend; au corps.

CATAU

LOLIVE.

CATAU

LOLIVE.

CATAU

Eh bien , moi.

Toi.P

Moi.

Je le veux.

Va donc te préparer.

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