‹ Le grondeur, comédie en trois actesChapitre 7 sur 51 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LOLIVE, M. GRICHARD, ARISTE.

M. GRICHARD.

Bourreau! me feras-tu toujours frapper deux heures à la porte ?

LOLIVE.

Monsieur, je travaillais au jardin: au premier coup de marteau j'ai couru si vite , que je suis tombé en chemin.

M. GRICHARD.

Je voudrais que tu te fusses rompu le cou^ double chien ! Que ne laisses-tu la porte ouverte ?

LOLIVE.

Eh ! monsieiîr, vous me grondâtes hier à cause qu'elle l'était. Quand elle est ouverte , vous vous fâchez -, quand elle est fermée, vous vous fâchez aussi. Je ne sais plus comment faire.

M. GRIGHARD.

Comment faire ?

ARISTE

Mon frère, voulez-vous bien...

M. GRIGHARD.

Oh! donnez-vous patience... {A Lolwe. ) Comment faire .^ coquin !

ARISTE

Eli ! mon frère, laissez-îà ce valet, et souffrez que je vous parle de...

M- GRIGHARD.

Monsieur mon frère , quand vous grondez vos valets , on vous les laisse gronder en repos.

ARISTE, à part.

Il faut lui laisser passer sa fougue.

M. GRIGHARD, à LoUre.

Comment faire ? infâme !

LOLIVE.

Oli ! çà , monsieur, quand vous serez sorti , voulez-vous que je laisse la porte ouverte?

M. GRIGHARD.

Non.

LOLIVE.

Voulez-vous que je la tienne fermée.^

M. GRIGHARD.

Non.

LOLIVE.

Si faut-il , monsieur. . .

M. GRIGHARD.

Encore ! tu raisonneras , ivrogne "^

ARISTE

11 me semble , après tout 5 mon frère , qu'il ne raisonne pas mal ; et l'on doit être bieii aise d'avoir un valet raisonnable.

M. GRIGHARD.

Et il me semble à moi , monsieur mon frère , que vous raisonnez fort mal. Oui , l'on doit être bien aise d'avoir un valet raisonnable , mais non pas un valet raisonneur.

LOLIVE, à part.

Morbleu ! j'enrage d'avoir raison.

i4 LE GROxNDEUR,

M. GRIGHARD.

Te tairas-tu ?

LOLïVE.

Monsieur, je me ferais hacher : il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : choisissez 5 comment la voulez-vous ?

M. GRIGHARD.

Je te l'ai dit mille fois, coquin. Je la veux.... je la.... Mais voyez ce maraul-là. Est-ce à un valet à me venir faire des questions ? Si je te prends , traître , je te montrerai bien comment je la veux.... {à Ariste qui rit.) ^ows riez, je pense, monsieur le jurisconsulte ?

ARISTE

Moi? point. Je sais que les valets ne font jamais les choses comme on leur dit.

M. GRIGHARD.

Vous m'avez pourtant donné ce coquin-là.

ARISTE

Je croyais bien faire.

M. GRIGHARD.

Oh ! je croyais... Sachez , monsieur le rieur, que je croyais n'est pas le langage d'un homme bien sensé.

ARISTE

Eh! laissons cela, mou frère, et permettez que je vous parle d'une affaire plus importante , dont je serais bien aise...

M. GRIGHARD.

Non 5 je veux auparavant vous liiire voir à vous-même comment je suis servi par ce pen dard-là , afin que vous ne veniez pas après me dire que je me fâche sans sujet. Vous allez voir^ vous allez voir. (^A Lolive. ) As-lu balayé l'escaher.^

LOLIVE.

Oui , monsieur, depuis le haut jusqu^en bas.

M. GRIGHARD.

Et la cour ?

LOLIVE.

Si VOUS y trouvez une ordure comme cela , je veux perdre mes gages.

M. GRIGHARD-

Tu n'a pas fait boire la mule ?

LOLIVE.

Ah I monsieur , demanJez-!e aux voisins qui m'ont vu passer.

COMÉDIE. i5

M. GRICHARD.

Lui as-tu donné l'avoine ?

LOLIVE.

Oui 5 monsieur : Guillaume y était présent.

M. GRICHARD.

Mais tu n as point porté ces bouteilles de quinquina où je t'ai dit?

LOLIVE.

Pardonnez-moi , monsieur, et j'ai rapporté les vides.

M. GRICHARD.

Et mes lettres , les as-tu portées à la poste? {A Ariste. ) Heim ?...

LOLIVE.

Peste! monsieur, je n'ai eu garde d'y manquer. |

M. GRICHARD. f

Je t'ai défendu cent fois de racler ton maudit violon , cependant j'ai entendu ce matin... |

Ce malin ? Ne vous souvient-il pas que vous me le mites '

hier en mille pièces?

M. GRICHARD.

Je gagerais que ces deux voies de bois sont encore. . . [

LOLIVE.

Elles sont logées, monsieur. Vraiment , depuis cela j'ai aidé à Guillaume à mettre dans le grenier une charretée de foin ; j'ai arrosé tous les arbres du jardin, j'ai nettoyé les allées, j'ai bêché trois planches , et j'achevais l'autre quand vous avez frappé.

M. GRICHARD.

Oh ! il faut que je chasse ce coquin-là : jamais valet ne m'a fait enrager comme celui-ci : il me ferait mourir de chagrin. (^A Loliwe.) Hors d'ici.

(ij LOLIVE, à Ariste.

Que diable a-t-il mangé?

ARISTE, le plaignant.

Retire-toi.

(i) M. Grichard, Lolwe , Ariste.

i6 LE GRONDEUR,

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