‹ Le Groupe des Virus CoxsackieChapitre 10 sur 66 · PREAMBULE · texte numérisé non relu

PREAMBULE

CoxsACKIE (Cook-Sock-E), est le nom d'un petit village de 2.300 âmes, dans la vallée de l'Hudson, Etat de New-York, à 20 miles au Sud d'Albany, où se produisit en août-septembre 1947 une épidémie de poliomyélite dont 6 cas furent classés comme paralytiques et parmi lesquels figuraient 2 enfants: T. T.,9 ans et K. H., 3 ans et demi. C'est à partir des matières fécales de ces enfants que, sous le titre « Un agent filtrant non identifié, isolé à partir des selles d'enfants atteints de paralysies », G. DaLLporr et G.M. SICKLES décrivaient le 16 juillet 1948, le premier isolement du virus qui devait prendre plus tard le nom de « Virus COxSACKIE ».

De prime abord, il peut paraître curieux qu'il ait fallu attendre 1948, pour découvrir des virus qui depuis se sont avérés relativement faciles à isoler. En fait, et DALLDORF insiste souvent sur ce point, cet isolement ne fut pas l'aboutissement de recherches tendant à découvrir l'agent d'une maladie connue, mais une découverte de laboratoire quelque peu fortuite, bien

que survenant au cours de recherches systématiques.

Historique de la découverte du virus

Les bases de la découverte reposent sur l'isolement d'un virus sur le hamster, en 1942, par C.W. JUNGLEBUT et G. DaLLDoRrr, à Westchester, à partir de la moelle d'un sujet mort

lo

de poliomyélite bulbaire au cours d'une épidémie survenue à Battle-Hill. Cet agent connu sous le nom de Virus M.M. et qui est, semble-t-il, rarement pathogène pour l'homme, a été depuis isolé sur des chimpanzés en Floride et sur d’autres singes en Afrique ; il a pu être inoculé au sigmodon, à la souris, au cobaye et cultivé sur œuf embryonné et en cultures de tissus. Sa constitution antigénique apparut semblable à celle des virus S.K. Columbia, E.M.C. et Mengo, rangés dans le groupe des

virus encéphalomyocarditiques.

Cette découverte attira l'attention de DALLDORF sur la possibilité d'isoler des selles de sujets classés comme poliomyélitiques, d'autres virus que ceux ordinairement incriminés (48). Il remarqua aussi, que certains de ces isolements pouvaient être faits

sur la souris (44).

En 1947, il entreprit une vaste expérience ayant pour but de tester des selles provenant de plusieurs épidémies de poliomyélite, par inoculation au hamster et- à la souris. Après plusieurs insuccès, il décida d'incorporer des souriceaux nouveau-nés aux animaux d'expérience. On savait déjà que l'étude de certains virus comme ceux de la fièvre jaune (18), de l'encéphalite de Saint-Louis (215), de l'encéphalomyélite équine type Est (211) et d'autres virus neurotropes (153), donnait de meilleurs résultats sur les souriceaux nouveau-nés. DALLDORF lui-même avait remarqué que ces animaux étaient extraordinairement réceptifs dans certaines circonstances, à la souche TO d'encéphalomyélite spontanée de la souris ou maladie de THEILER. C'est pour toutes ces raisons, qu'il eut l'idée d'introduire parmi les animaux d'expérience, des souriceaux de 3 à 7 jours et de leur inoculer par voie intra-cérébrale des suspensions de selles provenant du village de Coxsackie. Alors que l'inoculation s'était révélée négative sur tous les animaux employés à ce jour, elle provoqua chez les souriceaux une paralysie associée à des lésions destructrices des muscles striés sans

atteinte du système nerveux. L'injection intra-péritonéale ou

intra-musculaire produisait les mêmes symptômes et les suspensions de cerveau des animaux infectés étaient neutralisées par le sérum des malades prélevé à la phase de convalescence, alors

que celui de la phase aiguë restait sans action.

Les lésions histologiques des muscles striés n'étaient pas spécifiques puisqu'elles se rapprochaient fort de celles produites par les virus du groupe encéphalomyocarditique (M.M., Columbia S.K., E.M.C., Mengo) et celui de la maladie de Theiler ; cependant, des isolements répétés à partir des mêmes selles ainsi que des passages en série, montrèrent que seuls des souriceaux et des hamsters nouveau-nés étaient réceptifs, ce qui différenciait l'agent en cause des précédents virus. De plus cet agent n'était pas neutralisé par les immuns sérums correspondant à ces virus non plus que par ceux de la maladie de Newcastle, de la Chorioméningite Lymphocytaire et des souches Aycock et Lansing de poliomyélite.

I s'agissait donc d'un agent inconnu à propos duquel DaLrrporF concluait: « Il est indubitable qu'il peut infecter l'homme mais il n'est pas prouvé qu'il provoque chez lui des paralysies ; il est possible que les malades étudiés aient été infectés à la fois par ce nouveau virus et par un virus poliomyélitique classique, en dépit du fait que l'inoculation au singe

rhésus ait été négative. »

À la suite de cette première communication, DALLDORF et ses collaborateurs isolèrent à nouveau 9 fois des virus ayant les mêmes caractéristiques et, prouvant qu'un grand nombre d’adultes avaient des anticorps neutralisants, conclurent à la grande dissémination de ces agents sans préjuger de leur pouvoir pathogène. Déjà, des souches antigéniquement différentes apparaissaient, dont certaines étaient capables de provoquer en plus des destructions des muscles striés, des lésions du système nerveux central et du tissu adipeux chez les souriceaux. Comme il semblait prématuré, devant l'ignorance de leur rôle en patho-

logie humaine et des lésions qu'ils pouvaient ou non créer chez

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