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CONCLUSIONS ; LA MALADIE COXSACKIE

D'après ce que nous venons de voir, et si nous éliminons, ce qui paraît justifié à l'heure actuelle, la poliomyélite typique, nous nous trouvons en présence :

1° De syndromes pour lesquels l'étiologie n'est pas complètement affirmée.

2° D'entités apparemment fort dissemblables : « Méningite aseptique », « Myalgie épidémique », « Herpangine », et

A ONSEEE

maladies fébriles mineures non caractéristiques, pour lesquelles le rôle du virus C. ne saurait être discuté. (Cela n’élimine pas la possibilité d'une étiologie différente dans des syndromes équivalents).

Nous voudrions montrer ici, qu'en fait, ces dissemblances ne sont qu'apparentes et qu'il est possible de trouver entre ces affections, des liens tels qu’ils permettent de les grouper comme des formes cliniques d'une seule et même maladie. En bref, cela revient à démontrer l'unité clinique, aussi bien qu'étiologique et épidémiologique de l'infection par des virus du groupe Coxsackie.

Les liens qui, à notre avis, rapprochent les différentes manifestations cliniques imputées aux virus C. peuvent être résumées

ainsi :

l° Analogie des signes de début.

Fièvre, douleurs abdominales, céphalées, nausées, maux de gorge et hyperémie du pharynx. etc. La réunion de tous ces signes pouvant constituer une entité clinique, décrite selon les auteurs comme « Maladies mineures », « Grippe d'été », « Fiè-

vre des 3 jours ».

2° Interpénétration de certaines formes à la période d'Etat.

Nous avons vu que dans la Maladie de Bornholm, LINDBERG en 1936, trouva des signes de réaction méningée avec pléiocytose (181), que GSELL alla jusqu'à décrire une « Méningite myalgique » (106), que DE RUDDER avait observé des modifications du liquide céphalo-rachidien, qui lui firent rapprocher cette affection de la poliomyélite non paralytique (240). En 1942, TaskErR HowaRD attire l'attention sur les modifications du S.N.C. iors d'une épidémie à Brooklin ; Mc ConNNELL trouva en 1945 que trois sur 16 de ses malades avaient des signes cérébraux ; O. VIVELL, lors d'une biopsie musculaire pratiquée sur un cas de méningite myalgique, trouva des lésions correspondant

à celles provoquées par les virus C. et isola le virus des selles

LÉO Te

du malade (278). L'une des infections de laboratoire rapportées par SHAW, MELNICK et CURNEN (250, Obs. n° 6) présenta en même temps des signes myalgiques et méningés ; une ponction lombaire montra une nette réaction du liquide céphalo-rachidien ; rappelons que les virus responsables de ces infections avaient été isolés au cours d'une épidémie de méningite aseptique et n'en causèrent pas moins des syndromes myalgiques chez les travailleurs infectés. SCADDING considère la méningite lymphocytaire comme une complication fréquente de la Maladie de Bornholm et HAMBURGER a noté aux Indes en 1947, un balancement entre le nombre des myalgies et des méningites. Enfin, récemment, dans l'observation rapportée par PELTIER et Via- LARD (225), le malade présenta en même temps que des signes myalgiques nets, une réaction méningée. Nos propres observations lors de l'épidémie survenue au C.F.M. Hourtin, où à côté de méningites aseptiques présentant quelquefois des signes myalgiques, les cas de myalgies le plus souvent associées à des pharyngites ont été nombreux, nous ont permis de déceler des anticorps fixant le complément dans une forte proportion de ces malades (Voir épidémiologie).

Une observation qui nous a été confiée par le Docteur G. DESSE, montre aussi les relations épidémiologiques entre Ja méningite aseptique et la myalgie épidémique :

M. J. Jean, 55 ans, présente en fin août, début septembre 1952, une myalgie du type Maladie de Bornholm, qui lui laisse une amyotrophie assez nette du quadriceps droit. Le 15 septembre, sa petite-fille, âgée de 6 ans, après un coryza de 2 ou 3 jours, ressent brusquement au réveil des céphalées violentes. Sa nuque est raide, elle vomit, sa température est de 39°. Une ponction lombaire pratiquée, ramène un liquide clair qui s'avère contenir 330 éléments par mm* (50 % de lymphocytes), Alb. 0,55, Glucose 0,9.

Aucune flore microbienne n'est décelée. Le lendemain, la fièvre est tombée,

les céphalées s'estompent, elle ne vomit plus. Le surlendemain, elle se lève et commence à s'alimenter.

Malheureusement, aucune recherche virologique n’a été effectuée pour ces deux cas.

Les liens qui unissent les deux affections nous paraissent donc

nombreux. Nombreuses aussi sont les relations avec l'Herpangine : nous avons vu que SCHAEFFER en Hollande, a rencontré un cas d'Herpangine au cours d’une épidémie de maladie de Bornholm (248) et que SHAw, MELNICK et CURNEN ont vu une infection de laboratoire présenter à la fois des signes myalgiques et des symptômes analogues à ceux décrits par HUEBNER, ZAHORSKY déjà, avait été intrigué par certains malades qui présentaient des céphalées violentes et des douleurs de la nuque ; il suspecta la poliomyélite et écrivit : « L'impression est accentuée par la sensibilité douloureuse des extrémités à la pression » (286). En 1946, se produisit au Tenessee, une épidémie d'encéphalomyélite, caractérisée par des céphalées persistantes, douleurs rétro-bulbaires, raideur de la nuque et du dos ; plusieurs malades avaient des lésions herpétiformes de la gorge dont la description rappelle celles de l'Herpangine et DALLDORF, à propos de ces faits, pose la question : « Ces cas étaient-ils dus aux virus C.? » (61).

Pourquoi devant l'intrication de ces différentes formes et alors que leur unité étiologique autant qu'épidémiologique est faite, persister à parler d'Herpangine, de grippe d'été, de maladie de Bornholm, de poliomyélite non paralytique ou méningite aseptique ? Tous ces termes ne sont-ils pas autant de sources d’erreurs, de confusion, au moment même où l'attention du médecin praticien commence à être attirée sur ces virus demeurés jusqu'ici dans le domaine expérimental ? N'est-ce pas vouloir retarder pour lui l'introduction de ces syndromes dont il a déjà la notion, dans le diagnostic étiologique et différentiel de sa pratique journalière ? Ne s'expose-t-on pas à voir, comme cela nous est fréquemment arrivé, le terme de « virus de la maladie de Bornholm » remplacer celui de virus du groupe Coxsackie, éliminant dans l'esprit l'existence des autres manifestations

cliniques ?

Nous pensons qu'il serait possible de regrouper les différents

syndromes dans le cadre d'une seule et même affection, à la-

quelle pourrait être attaché, suivant la proposition de P. LÉPINE et de G. DESsE, le terme de « Maladie Coxsackie ». Dans l'entité ainsi constituée, nous pourrions voir différentes formes cli-

niques :

1” Suivant l’évolution :

a) Formes bénignes : groupant tous les syndromes décrits sous le nom de : Poliomyélite abortive, Grippe d'été, Fièvre de trois jours, Maladie mineure, etc.

dont les signes pourraient constituer le début des... b) Formes classiques : où rentreraient les différents syndromes suivant leur localisation. c) Formes prolongées : où nous pourrions voir les cas chro-

niques dont parle G. DESsE dans l'épidémie de Bretagne.

2°” Suivant la localisation :

a) Formes pharyngées : Herpangine de HUEBNER.

b) Formes myalgiques : avec en sous-division les différentes localisations musculaires.

c) Formes méningées : la méningite aseptique.

d) Formes nerveuses : où en dehors des syndromes encore douteux, Guillain-Barré, Chorée fibrillaire de Morvan, Encéphalites de l'enfance, etc., pourraient rentrer les formes neuro-

logiques amyotrophiques de la myalgie épidémique.

3° Formes associées où l'angine, les myalgies et la réaction méningée font partie du tableau, et où peut-être, on pourrait

classer la Dermato-myosite encore douteuse.

La maladie pourrait présenter ces différents aspects par une hypothèse pathogénique que nous avons résumée dans le tableau suivant (tableau IV).

Ce regroupement n'est qu'une tentative et nous nous excusons

par avance de ce qu'elle peut avoir de prématuré, voire d'inexact.

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