OBSERVATION VI
Femme de 64 ans. Pléthorique. Dypsnée d'effort à début progressif. Trace de sucre dans les urines.
On administre XX gouttes de Viscum Zyma trois fois par jour.
Le 9 mars 1933 (premier jour de traitement) : Tension, 25-13: pouls irrégulier; To, 3,5.
Pendant environ deux jours aucune modification sensible de la tension; quelques palpitations.
Dre
Le 12 mars : Tension, 24-13; pouls, 87: Lo, 4.
Le 13 mars : Tension, 24-12,5; pouls, 85; Lo, 4.
Le$ jours suivants, baisse progressive de la tension, en même temps que disparition de principaux troubles fonctionnels.
Le'18 mars:23.5-12 (+)
Le 19 mars : 24-13.
Les jours suivants, la baisse se maintient, et le 23 mars, dernier jour de traitement, la tension, 23-12; pouls, 90; lo, 3,3(+), et l'amélioration de l’état général est très sensible.
La chute de tension se maintient pendant quatre jours environ après l’arrêt de la médication.
OBSERVATION VII d >
Homme de 57 ans. Dyspnée d'effort. Palpitations et douleurs précordiales. Bruit de galop. Tension, 24-11.
Quatre cuillerées à café de gui Gmet au cours de la journée, avant la prise des aliments.
Le 9 février 1933 (premier jour de traitement) : Tension, 24-11; pouls, 82; Lo, 4.
Le lendemain, aucune baisse ni amélioration des symptômes.
Le 11 février : Tension, 24-11). Amélioration des symptômes. « Le malade respire mieux ». [Il semble que, dans ce cas particulier, ce soit la minima qui ait eu tendance à baïsser la première; nous avons en effet moins de 11.
Les jours suivants, la baisse de la tension s’accuse nettement, surtout à partir du quatrième jour; mais, à l'inverse de ce qui paraissait devoir se produire au début, c’est presque uniquement la maxima qui baisse.
Le 18 février, nous enregistrons : Tension, 22-11; pouls, 86; Lo, 4,75.
L'amélioration du malade est très nette, car il peut maintenant gravir les marches de l'escalier qui conduisent à sa chambre sans apparition de dyspnée.
Les jours suivants, l'amélioration persiste et la tension est sen-
siblement la même.
À MR RER \ Le dernier jour de traitement, nous enregistrons, en effet, 22-
Les jours suivant la cessation du traitement, la chute de tension pérsiste, et ce n’est que le cinquième jour après que nous enregistrons des chitfres sensiblement égaux à ceux de départ, mais l’amélioration fonctionnelle se maintient.
OBservATION VIIT.
Homme de 64 ans. Artério-scléreux à la première période.
Nous avons utilisé, chez lui, trois des produits spécialisés dont nous avons parlé plus haut. ;
Nous avons procédé ainsi : trois cures successives de quinze jours pour chaque préparation, avec intervalle de huit jours de repos entre chaque cure.
Nous nous contentons de signaler que nous avons obtenu un certain degré d’hypotension avec ces trois produits chez ce même malade, Nous ne donnerons pas le détail de cet essai particulier, car nous serions peut-être obligés de reconnaître une supériorité à l’un d’entre eux; nous ne nous croyons pas autorisés à le faire, surtout dans un travail de ce genre.
VI. — Examen d'ensemble des résultats de tous ces essais thérapeutiques.
Voici ce que l’on peut retenir de toutes les expériences thérapeutiques cliniques qui ont été faites avec le gui.
A. — Action du gui sur la tension artérielle.
Nous allons l’examiner dans ces deux cas : suivant que l’on s'adresse aux préparations administrées par voie buccale (pilules ou solutions), ou bien aux injections intramusculaires de solutions physiologiques, en particulier de « guipsine ».
a) Par voie buccale. — L'action du gui ainsi administré,
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bien que faible, est cependant loin d’être négligeable. La tension artérielle met, le plus souvent, quelques jours (deux ou {rois en général) pour baisser de façon nette. C’est toujours la maxima qui baisse la première; quant à la minima, cértains expérimentateurs n’en parlent pas, d’autres ne l'ont pas vu baisser; le plus grand nombre, enfin, sont d'accord pour reconnaître qu'elle baisse un ou deux jours après la maxima.
Si le médicament est administré le matin et en une seule prise (comme on le fait au début), la tension s’abaisse dès la seconde prise, mais elle remonte le soir à son chiffre de départ. Ce n’est que le quatrième ou le sixième jour que la baisse de tension se maintient. Au bout de huit à dix jours de traitement, la tension est abaïssée de 1 à # centimètres de mercure. La durée de la chute de tension est variable elle peut revenir au chiffre de départ dès le jour même de la cessation du traitement, ou se maintenir de deux à trois jours. Il semblerait, toutelois, que cette durée serait en rapport avec le degré de la chute:
Si, prenant une même dose de médicament, on l’admiaistre par doses fractionnées au cours de la journée, on constate habituellement la suppression de la phase de réascension vespérale de la tension, sans modifier cependant la durée de l’hypotension en fin de traitement.
Peut-être que les effets constatés ne sont pas direciement en rapport avec les doses employées. Il semble, comme l'ont montré les essais de Williamson, qui a donné jusqu'à 25 pilules de guipsine par jour avec chute de tension de 8 centimètres de mercure, que les doses fortes sont plus actives. Cependant, Chardonneau a obtenu le meilleur résultat avec une dose faible : 0 g. 30. Peut-être y a-t-il lieu de compter avec l’excitabilité nerveuse de chaque appareil circulatoire, et également avec l'importance du spasme vasculaire.
Ce qui semble importer le plus, ce n’est pas tant la dose de médicament employée que la durée du traitement institué. Au début, tous les médecins n’ont employé les prépa-
RERO
e rations au gui que durant dix jours au plus; ils pensaient qu'un traitement prolongé n’amènerait pas un meilleur résultat. Il semble qu'ils étaient dans l’erreur, comme le montrent les essais cliniques des Allemands, essais que nous avons contrôlés chez un malade.
b) Par voie intra-musculaire. — Dans ce cas, l’action paraît plus rapide, et peut-être que la baisse de tension obtenue est plus importante. Le début de l’action se produit vingt minutes après l'injection et la chute se stabilise dès le second jour de traitement. Il suffit d’une seule injection par jour d’une ampoule à 1 cc. de guipsine pour provoquer une chute de tension de 2 à 7 centimètres de mercure.
On peut donc observer que l’absorption est bien plus rapide que par la voie digestive, et, en outre, qu'on obtient des résultats sensiblement identiques avec des doses bien moindres. C’est ainsi que, par exemple, 5 centigrammes d'extrait de gui, en piqüre, suffiront pour provoquer ia même chute de tension que 0 g. 50, en pilules ou solution.
B. — Action du gui sur le cœur, le rein, les symptômes généraux.
Chez la plupart des malades, on voit disparaître les symptômes fonctionnels généraux très vite après l'institution du traitement. Céphalée, vertiges, bourdonnements d’oreille, cèdent dès les premières prises du médicament.
Les battements cardiaques prennent plus d’ampleur et se régularisent. L'indice oscillométrique s'accroît légèrement, en même temps que le pouls s'accélère et devient mieux frappé.
L'étude des fonctions rénales faite au cours du traitement permet de constater qu’il y a une augmentation notable de l'élimination urinaire. L'épreuve de la P. S. P. montre que la perméabilité rénale devient meilleure sous l’action de la drogue. De plus, les chlorures et les composés azotés sont éliminés en plus grande proportion.
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Il convient d'ajouter que ce traitement, même prolongé, ne présente aucun danger, si on a pris soin de bien examiner son malade auparavant, pour bien se rendre compte si un pareil traitement n’est pas contre-indiqué chez lui. Le seul incident que l’on puisse observer, c’est une diarrhée légère due à la sensibilité extrême de l'intestin au principe drastique contenu dans le gui. Certains auteurs ont cité de petits accidents et parlé même d’'intolérance, comme Bergès. Il semble que ces troubles étaient imputables à la nature des préparations employées : macération dans du vin blanc, dans les cas cités par Bergès.
Les seules contre-indications semblent être
l’asystolie aiguë;
la déficience trop marquée du rein; la vaso-constriction intense produite sur les vaisseaux du système rénal étant susceptible d'entraîner un blocage urinaire plus ou moins accusé.
peut-être certains cas d’artério-sclérose à la troisième période; pas d'accidents signalés cependant.
L’exposé des résultats obtenus par la thérapeutique par le gui nous montre donc, sans qu'il soit besoin d’insister davantage, que le gui est bien un hypotenseur et qu'à ce titre il est indiqué toutes les fois qu’il s’agit de lutter contre une tension élevée, surtout si elle s'accompagne de spasme artériel.
Nous avons vu qu’un bon hypotenseur ne doit pas être toxique. Or, si le gui a pu provoquer, dans certains cas, de petits accidents transitoires, il n’y a jamais eu d'accidents graves à déplorer. De plus, loin d’être un dépresseur cardiaque, comme certains l’ont prétendu, le gui est, au contraire, légèrement toni-cardiaque. Il ne provoque pas non plus de troubles dans l’équilibre sanguin, à l'encontre des nitrites, par exemple. Le gui est égaiement diurétique. L’objection la plus sérieuse serait celle de faire remarquer que le traitement est parfois suivi de poussées hypertensives. C’est pour
pre
ce motif que certains médecins ont refusé de l’employer, craignant l'accident possible : l’hémorragie soudaine. Il faut cependant reconnaître qu’il n’y a jamais eu d'accidents de ce genre à la suite de traitements par le gui. Ne pourrait-on pas, d’ailleurs, adresser le même reproche à bien d'autres agents hÿpotenseurs en particulier l’ail et certaines cures thermales ?
La chute de tension obtenue avec le gui n'étant ni trop forte, ni trop rapide, il ne se produit pas de déséquilibre de tension trop brusque, susceptible de provoquer justement les accidents hémorragiques que l’on veut prévenir.
Pour la durée de l’hypotension, nous avons vu qu'elle peut être assez longue dans certains cas; toujours est-il qu'elle est pour le moins aussi appréciable que celle qu’entraînent certains médicaments réputés comme meilleurs hypotenseurs. Quelle est, d’ailleurs, là médication hypotensive entraînant une chute de tension durable dans les cas d'hypertension permanente ? Il serait même illusoire de penser pouvoir, un jour, en découvrir une. « Aux maladies au long cours, il faut un traitement au long cours », disait, avec raison, Gallavardin. Les expériences allemandes nous ont montré que le gui se prêtait très bien à un traitement de longue haleine dans les cas d’hypertensions permanentes. On a ainsi à sa disposition un moyen commode de tenir constamment le système circulatoire du malade sous l’elfet de la drogue et de cette façon, sinon empêcher, du moins retarder peut-être assez loin les accidents terminaux. Ce qui importe donc le plus dans ces cas d’hypertensions permanentes, ce n’est pas tant le degré de la chute de tension que sa durée.
En définitive, nous pouvons dire que le gui, hypotenseur de seconde zone en ce qui concerne la chute de tension, peut être malgré cela classé parmi les meilleurs hypotenseurs, car on peut l’employer assez longtemps sans l’apparition d'aucun trouble et amener ainsi une durée assez longue d’hypotension.
GONCLUSIONS
Trois faits dominent l’histoire du gui
I. — Son caractère de plante religieuse et poétique : il fut, en effet, l’objet d’une grande vénération de la part de certains peuples anciens, en particulier les Gaulois. Ces peuples avaient un grand culte pour la nature et ils voyaient dans le gui qui pousse sür le chêne, arbre consacré au dieu suprême Teut, un don spécial des dieux. Aussi le gui possédait-il, pour les Gaulois, des propriétés divines; ce fut «la panacée » de l’époque, dans notre pays.
Il. — La persistance de son emploi par les « empiriques », qui fit découvrir sa principale propriété : le pouvoir antihémorragique et hypotenseur.
Les plantes du genre gui n'ont pas des propriétés identiques. Il a fallu dissocier, par des recherches de laboratoire, les divers facteurs parmi lesquels on ‘trouve des éléments hypertenseurs dans certaines espèces (le gui américain : Phoradendron flavescens, par exemple) et des principes hypotenseurs prédominant chez d’autres : gui de chêne, de pommier, de peuplier.
a) Le « gui blanc » est, en effet :
1° hypotenseur, comme l'ont montré les expériences de Gaultier, Chevalier, Niccolini.
C'est l’agent principal de la phytothérapie hypotensive.
Il agit à la fois comme :
vaso-dilatateur; antispasmodique.
2° le gui est, en outre, diurétique; ce pouvoir renforce l’action hypotensive et favorise l’élimination des épanchements, surtout chez les brightiques. C’est un diurétique vrai par son action sur les épithéliums rénaux et aussi, conjointement, sur la vascularisation de l’organe.
b) De ces propriétés, découlent les indications thérapeutiques du gui :
— toutes les hypertensions passagères;
— certaines hypertensions permänentes : artério-sclérose (principalement la première et la deuxième période), le mal de Bright, les hypertensions paroxystiques, la pléthore goutteuse et diabétique. Il agit surtout sur les angiospasmes, qui jouent un rôle si important dans la pathologie des hypertendus, angiospasmes pouvant les prédisposer aux gangrènes périphériques et au ramollissement cérébral, ainsi qu'aux troubles du fond de l'œil.
Le gui peut donc être employé :
— comme agent préventif précieux pour empêcher ou retarder les accidents, au cours des hypertensions;
— mais aussi comme agent curatif des accidents hémorragiques causés par les poussées hypertensives.
c) Un traitement par le gui doit être ainsi conduit :
— il faut l’instituer dès l'apparition des premiers symptômes précurseurs de la période des accidents;
— il doit être fait à doses suffisantes : de 0 g. 30 à 0 g. 50 d'extrait;
— les doses doivent être fractionnées;
— la durée du traitement doit être assez longue pour amener un résultat suffisant et durable.
d) L'administration d’une préparation au gui suffit à faire disparaître les petits troubles liés à l’hypertension et à améliorer l’état des malades dans 80 p. 100 des cas. Si le degré de chute de tension est, en général, assez faible (ce qui présente bien des avantages dans la pratique), le gui s’est, cependant, montré actif dans des cas où toute autre médication hypotensive avait échoué,
ÉP
Dans certains cas, pour agir plus vite, on pourra recourir aux, injections qui, le plus souvent, exigeront le recours à des préparations spécialisées, beaucoup de pharmaciens n'étant pas outillés pour réaliser en quelques heures des solutions injectables en ampoules.
e) Les extraits officinaux de gui sont très actifs. Il ne faut pas cependant mésestimer les préparations spécialisées, qui amènent très souvent de très bons résultats.
Les solutions physiologiques injectables ont une action plus rapide et plus eflicace.
IT. — I] faut, du reste, en pareille matière, ne pas mécon- ; P
naître les enseignements du passé. L'emploi du gui a, en
ellet, un passé assez considérable: Depuis des temps immémoriaux, on l’a utilisé. Il trouvait son emploi dans des conditions actuellement bien oubliées ou sous-estimées; ainsi, son action dans les maladies convulsives du système nerveux, telles que l’épilepsie, a été vantée par tous Îles pharmacologues anciens. On lutilisait dans les syndromes hémorragiques des menstruations anormales; il était apprécié comme euphorique dans ie nervosisme.
On voit que le champ des applications du gui ne doit pas être circonscrit à l’hypertension; les remèdes à base de gui ont encore devant eux de l'avenir. [Is furent à la mode; nous ne croyons pas qu'on puisse dire d'eux ce qu'on disait autrefois d’un grand poète et du café : «IT passa comme Île café. » Le café reste toujours...
VU, BON À IMPRIMER ; Vu: Le Doyen, Le Président,