III. POINT
Rechercher les péchés que nous avons commis cette journée, parcourant toutes les heures depuis le réveil, et faisant réflexion premièrement sur nos pensées, puis sur nos paroles et sur nos actions, examinant si elles ont été conformes à la volonté de Dieu, et proportionnées à notre fin. Cet exa-
(1) S. Ambr., 1. 1 de Cain. et Abel., c. 10: — $S, Bern., serm. de 4 modis orandi. — S. Bern., serm. 51 in Cant. — $S. Bern. — (2) Diadoch., c. 77.
men doit être sévère. Ne dissimulons point nos péchés dit saint Bernard, ne nous flations point nous-mêmes, puisque nous savons que chacun se rend agréable à Dieu à proportion qu'il est juge sévère envers lui-même (1). De plus, il doit être exact ; il faut examiner en quels péchés vous retombez plus souvent, à quelle passion vous êtes plus sujet, et si elle éclate au dehors par des paroles et des gestes contre la modestie et la bienséance, afin de la régler de telle sorte qu ’elle ne paraisse point intérieurement, et qu’elle ne vous inquiète point au dedans ; si vous avez soin de rapporter actuellement chaque action indifférente à Dieu lorsque vous les commencez ; si vos intentions sont pures en tout ce que vous faites et en tout ce que vous dites, et si vous ny regardez que Dieu seul, sans avoir égard ni à vos intérêts, ni à votre honneur, ni à la faveur des grands, ni à l'opinion des hommes ; enfin, si vous n’avez point d'attache, soit au lieu où vous êtes, soit à votre emploi, sôit à vos commodités , soit à vos amis ; comme au contraire, si vous n'avez point d’adversion ou de froideur, ou de dégoût de quelqu'’une des choses susdites. Au reste, ne croyez pas que votre avancement spirituel consiste à ne trouver point de défauts en vos aclions, mais à corriger ceux que vous y trouvez. Ne vous ennuÿez pas aussi de faire tous les jours cette recherche tout de nouveau : car jamais votre examen n’est mieux fait ef ne vous profite d'avantage, que lorsqu'il vous fait connaître que vous avez besoin de le réitérer et de le faire souvent (2). Pesez bien tout ceci, et faites une forte résolution de le garder.
IVs POINT.
Demander pardon de ses fautes avec un sensible regret d'avoir offensé Dieu, après tant de grâces qu'il nous a faites,
(1) S. Bern., ser. de 4 modis orandi. — (2) S. Bern., serm, 56 in Cant,
et que nous ne payons que d'ingratitudes et de péchés, au préjudice de notre salut et de l'édification du prochain. Il est bon d’exciter cette douleur à chaque défaut que vous rencontrez, et puis après produire un acte de contrition, qui les déteste tous en général, et qui s’étende à tous ceux que vous avez jamais commis, et même à tous les péchés du monde (1). Les âmes qui tendent à la perfection doivent faire plus d'état de l'amour de componction que de l’amour de jouissance, de l'amour qui se déplaît d’avoir offensé Dieu, que de l'amour qui se complaît en ses grandeurs. Sainte Magdeleine de Pazzi en apporte quatre excellentes raisons (2) : la première, parce que le temps de cette vie est le temps de se purifier, et par conséquent de s’attrister plutôt que de se réjouir ; la seconde, parce qu’on plaît davantage à Dieu en s’approchant de lui par la voie de la douleur que par celle de la joie ; aussi l’apaise-t-en plus tôt, et on se le rend plus favorable; la troisième, parce qu’on s'exerce davantage dans l'amour du prochain, et dans le zèle des âmes qui est si agréable à Dieu ; car ce zèle s’enflamme merveilleusement par le regret qu’on a de voir Dieu tant offensé; la quatrième, parce que c’est une espèce de martyre qui nous rend semblables à Jésus-Christ mourant sur la croix (3); car l’âme se détruit par la douleur et se recrée par la jouissance. Quelle est ici votre pratique ?
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