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SUR LES EXERCICES SPIRITUELS DE S. IGNACE. XIX

progrès qu’il fera dans la perfection. En effet tout le désordre de notre vie vient de l'oubli et du peu de réflexion que nous faisons sur la fin pour laquelle Dieu nous a mis au monde, et du mauvais usage des moyens qu’il nous a donnés pour y arriver. Nous estimons trop les biens de la vie présente, et nous en craignons trop lés maux : nous fuyons ceux-ci, el nous poursuivons ceux-là avec des passions et des inquiétudes étranges. De là vient que nous quittons Diéu pour la créature; et par un aveuglement déplorable, nous prenons les moyens pour la fin, et nous laissons la fin pour les moyens.

Voilà la source de tous les vices, dont le souverain remède est la méditation profonde, et la pénétration intime de cette maxime importante, sur laquelle saint lgnace fonde toute la science des Saints, à savoir: |

« Que l’homme a été créé pour louer Dieu son Seigneur, le respecter, et être enfin sauvé en le servant ;

» Que quant aux autres choses qui sont sur la terre, elles ont été toutes faites pour l’homme, afin qu’elles l’aident à poursuivre la fin de sa création ;

» Qu'il s'ensuit de là que l’homme ne doit user de ces choses ou s’en abstenir, qu’autant qu’elles l’aident, ou l’empêchent de poursuivre sa fin ;

» Que nous devons par conséquentregarder avec indifférence toutes les choses créées, en tant qu’elles sont soumises à notre liberté, et qu’elles ne nous sont point défendues : en sorte qu’autant que cela dépend de nous, nous ne cherchions point la santé, plutôt que la maladie, ni ne préférions point les richesses à la pauvreté, ni les honneurs au mépris, ni la longue vie à une courte ; étant de notre prudence et de notre devoir, de choisir entre toutes les choses, et de désirer celles qui nous acheminent à notre fin. »

Ïl ne se peut dire de quelle force et de quelle étendue est ce principe, lorsqu'il est bien conçu.

C'est un puissant ressort de la vie purgative, capable de

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convertir les pécheurs les plus attachés à la terre. Le P. Everard Mercurien, un des premiers disciples de notre B. Père, et son troisième successeur au gouvernement de notre compagnie, disait souvent, qu'il avait reconnu par sa propre expérience et par celle des autres, que le seul fondement des exercices était suffisant pour opérer les plus merveilleux changements , et pour régler toutela vie d’un homme qui en pénétrera le sens, et l’approfondira comme il faut.

De vrai, les exemples qu’on en voit de jour en jour sont des preuves sensibles, qui montrent assez combien il y à de force pour arracher le cœur d’un pécheur de la ierre, et le transplanter dans le sein de Dieu ; avec une grande différence de ce qu’il était auparavant, qu’à voir sa manière de vivre et d'agir si Contraire à sa conduite précédente, on dirait qu’il a pris une nouvelle naissance, et, pour ainsi dire, une autre âme.

C’est un flambeau lumineux qui éclaire l'âme, et l’enflamme à la poursuite des plus solides vertus : d’où vient que ce célèbre docteur de Sorbonne, Martin Olave, disait qu'il avait plus acquis de connaissances et de lumières en une heure de méditation sur ce principe, qu'il n'avait fait en plusieurs années qu’il avait employées à l'étude de la Théologie CE}

C’est la clef de la vie unitive qui nous donne entrée dans les plaies et dans le cœur de Jésus-Christ, pour y prendre ce haut et sublime esprit de la croix, où le pur amour trouve sa consommation. | = Aussi saint Ignace qui en connaissait la vertu, s’en servait en toutes occasions, et quand il ne pouvait faire peser à loisir cetié grande maxime à ceux dont il était trop éloigné, il se contentait de la leur proposer tout simplement, sachant bien que pour peu qu’elle entrât dans leur esprit, elle n’y ferait pas peu de fruit. C’est ainsi qu’il en usa envers un illustre Prélat fort affligé, lui écrivant en ces termes :

(1) Lib, 1, de vitâ $S. Ignatii, n. 46.

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