‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 159 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Considérez que Jésus a embrassé la sainte pauvreté pour honorer l'indépendance et la suffisance divine, et dépendre absolument de la providence de son Père céleste.

L'âme chrétienne le doit imiter en ce point. Le vrai pauvre, à son exemple, se défait du soin que chacun prend de soi et de ses commodités. Il ne s’empresse point à faire nombre d'amis pour s'appuyer, il ne fait point fond-sur son industrie, sur ses talents, sur son travail, ni sur tous les moyens que la prudence humaine prescrit pour mener une vie tranquille et commode; il lui suffit de savoir qu'il a un Père au ciel : il s'attache comme un enfant à la mamelle de sa providence; s’il lui donne en abondance, il le remercie; s’il lui donne peu, il le reçoit avec amour, s’il ne lui donne rien, il le souffre avec abandon, s’offrant d’un côté à patir, et de l’autre se confiant en ses soins paternels, contre toute apparence de raison (1). Voilà tout son revenu, avec cela il est trop riche. O Jésus! animez-moi de cet esprit, enrichissez-

(4) Matth, 4. 4.

moi de ce trésor. Que je quitte tout le soin de moi-même, pour me reposer en votre sein. J'acquiesce, mon Sauveur, à tous vos ordres, et je me reconnais indigne que vous pensiez à moi. Vous êtes tout mon bien et toutes mes richesses; je ne veux rien avoir ni posséder que vous. L'homme parfait, dit saint Jérôme, n’a rien que Jésus-Christ, ou s’il a quelque autre chose, il n’est pas encore parfait. Le vrai pauvre trouve tout en Jésus-Christ, ilne cherchepoint d’autre fonds. Si vous avez peur que l’on vous ôte quelque chose, vous ne pouvez pas dire à Notre-Seigneur : Vous êtes mon trésor et ma ri-

chesse.

Considérez que Jésus a embrassé la pauvreté, pour mener une vie abjecte, vile, méprisée et dépendante des hommes. Car le pauvre est en mépris, on ne le recherche point, mais on se fait rechercher de lui. Il faut qu’il s’humilie, qu'il dépende, qu’il prie, qu’il soit sujet. La pauvreté l'avilit, il n’a ni crédit, ni faveur, ni emploi. C’est ce que le vrai pauvre prise dans cette vertu, à l'exemple de Jésus-Christ. Une pauvreté honorée, c’est peu de chose; mais une pauvreté méprisée, c’est la vertu de Jésus-Christ. Prenez bien cette pensée. Quand on ne tient compte de vous, dites en vousmême : Je suis pauvre. Quand il faut demander vos besoins et vaincre la difficulté qu’on y a, dites : Je suis pauvre. Soyez fort reconnaissant des biens qu’on vous fait. Contentez-vous quand on vous donne le plus vil, et dites : Je suis pauvre, en voilà encore trop pour moi. On en voit plusieurs qui veulent que cette pauvreté paraisse après leur mort. Qu'on fasse mes obsèques, disent-ils, sans pompe et sans appareil. Il ne faut point tant de choses pour ensevelir un mort. Quand les parents ou les amis donnent quelque chose à une personne religieuse, que doit-elle faire ? Elle doit le recevoir avec un

esprit de reconnaissance et prier Dieu pour eux; mais aussitôt elle le doit porter à la supérieure, et lui dire : Je n’ai pas besoin de cela; je suis bien aise qu'il soit employé pour la communauté; je suis pauvre et je ne veux rien avoir, Oh! que ce sentiment est saint et agréable à Dieu!

IT. POINT

Considérez que Jésus-Christ a pris la pauvreté pour avoir l’occasion de souffrir et de patir. IL est aisé d’être pauvre quand rien ne nous manque, cela eët fort naturel. Il est aisé de souffrir l'indigence extérieure, quand on est en santé , en consolation et dans l’affluence des biens célestes; c’est un effet de la grâce assez commun; mais d’aimer la pauvreté et de la porter comme Jésus dans la croix, dans les tourments, étant délaissé de Dieu et des hommes, accablé de souffrances au corps et à l’âme, c’est le haut point du dénûmeut. Si cela vous arrive, croyez que Jésus-Christ vous aime ; car c’est ainsi qu'il traite ses amis, permettant qu’on l’oublie, et que les choses les plus nécessaires leur manquent. C'est ainsi que son Père l’a traité lui-même, permettant qu'il fût délaissé en la croix, et privé de tout secours de ses amis.

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