ACTION DE GRACE
O bonté infinie ! source inépuisable de tout bien, je serais la plus ingrate de toutes les créatures, si je ne vous rendais la gloire de tous les bénéfices dont vous m'avez prévenu. Je n'étais rien et je ne pouvais rien mériter, quand vous m'avez donné l'être, me tirant du néant où vous avez laissé une infinité d’autres qui vous eussent servi plus fidèlement que moi; cette faveur m'oblige à être tout à vous, puisque je tiens tout de vous, sans qu’il me soit loisible de vous soustraire volontairement une seule pensée, un seul moment de ma vie. Mais sije me dois tout entier parce que vous m'avez Créé, que vous rendrai-je pour m'avoir racheté avec le prix du sang précieux que vous avez répandu sur la croix, afin de noyer mes péchés
dans cet abîme de miséricorde ? Qu’avais-je fait, 6 mon Sauveur, pour attirer vos miséricordes, lorsque vous m'avez appelé au baptême, ménageant par une aimable et secrète providence, le lieu, le temps et les auteurs de ma naissance, pour me faire chrétien et m’ouvrir la porte de votre Église, d’où tant d'hérétiques et d’infidèles sont exclus. O mon Dieu! que cette grâce est rare, puisqu'elle est faite à si peu de personnes ! oh! qu’elle est précieuse! puisqu'elle me donne l'honneur de vous appartenir comme l'enfant adoptif par une seconde naissance, de participer à votre nouvelle nature par la communication de la grâce, et d’avoir droit de prétendre à l’héritage céleste, si je suis vrai enfant d’un si bon père, et si je satisfais aux obligations de mon baptême ! O bonté incompréhensible ! infatigable patience ! miséricorde inépuisable ! le torrent de ses grâces ne s’est pas contenu dans ses bornes, ils’est répandusur moi avec tant d'excès,que de quelque côté que je me tourne, je me vois environné, noyé et abîmé dans un déluge de bienfaits dont le nombre est infini. Combien de moyens m'avez-vous donnés pour connaître et accomplir votre sainte volonté ? combien de lumières et d’inspirations m’avez-vous envoyées par le ministère des anges et des hommes, pour me consoler, fortifier et encourager au besoin ? Combien de grâces me départez-vous tous les jours, si fréquentes que je ne les puis compter, si fortes que je ne les puis dissimuler, si précieuses que je ne les puis dignement estimer, avec une douceur et une patience si prodigieuses, que je ne vous en pourrai jamais assez remercier ? De cormnbien de péchés m'’avez-vous préservé, m’en ôlant ou m'éloignant les occasions, ou bien me soutenant lorsque j'étais près d'y tomber. Combien de fois m’avez-vous retiré du précipice où je m'étais aveuglément précipité? combien de reproches et de remords en mon intérieur? combien de secours et de sensibles marques de votre protection à l'extérieur ? Quelle bonté que vous m'’ayez souffert jusqu'ici, et que mon
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âme criminelle ne m’ait pas été ravie, comme je le méritais, dans l’engagement actuel et dans le dessein de vous offenser ? Quelle faveur que vous me donniez encore cette journée, afinde me convertir et de faire pénitence, pendant que la mort en surprend peut-être à ce moment, et que l'enfer en engloutit un million qui vous ont moins offensé que moi? O miséricorde ! 6 patience ! Ô amour de mon Dieu! que j'aurais cent fois lassé par mes lâchetés, vaincu par ma malice, éteint par mon ingratitude, si vous n’étiez infini ; que tous les cieux et les éléments vous louent, que tous les anges et les saints vous rendent grâces avec votre Fils bien-aimé, de tous les biens que j'ai reçus, sans les avoir jamais mérités, et sans les pouvoir jamais reconnaître.