‹ Le Guide des âmes scrupuleusesChapitre 6 sur 15 · PRIVILEGES DES SCRUPULEUX · texte numérisé non relu

PRIVILEGES DES SCRUPULEUX

Les (théologiens, d'un consentement unanime, ont accordé certains privilèges aux personnes scrupuleuses. Le PREMIER consiste en ce qu'elles peuvent agir lors même qu'elles craindraient de pécher en agissant de la sorte, pourvu qu'elles aient reçu des instructions à cet effet de leur guide spirituel. Que dis-je? elles sont tenues de se conduire ainsi, et si elles ne veulent pas s'y soumettre, elles commettent de leur plein gré cinq fautes, qui toutes frisent plus ou moins les limites du péché véniel, et quelquefois les dépassent. Les susdites personnes osent, dans leur présomption, opposer leur propre opinion à celle de leur directeur, ce qui est de l'orgueil et de l'obstination. Elles lui refusent l'obéissance qu'elles lui doivent et que peut-être elles lui ont promise. Elles entravent elles-mêmes leurs progrès dans

la spiritualité, et s'éloignent ainsi de la perfection à laquelle elles sont obligées en vertu de leur état de vie ou des grâces qui leur ont déjà été conférées,. Dans maintes circonstances, elles portent atteinte à leur santé physique, ce qui affaiblit encore leur tête, et elles font que leurs devoirs de chaque jour s'accomplissent mal, en ce sens qu'elles se privent des moyens de recouvrer cette lumière et cette paix de la présence de Dieu, qui jette l'éclat de la perfection isnr nos actions les plus ordinaires.

Le SECOND privilège des gens scrupuleux, c'est qu'ils peuvent être sûrs qu'ils iront pas commis de péché mortel, à moins qu'avec pleine connaissance de cause, ils ne puissent consciencieusement jurer qu'ils l'ont fait. La raison de ceci est fondée sur ce qu'il est impossible à la volonté de .passer soudainement et à son insu d'une crainte excessive à une morale relâchée. Il est vrai que les scrupules aboutissent au relâchement ; mais ils ne le produisent pas par un changement instantané, ni ne le font passer dans l'objet même auquel ils s'attachent. Ce privilège impose à ceux qui en jouissent l'ôbligar tion de ne pas confesser comme péché mortel les actions de nature douteuse, et

de ne pas s'abstenir, à cause d'elles, de leurs communions ordinaires.

Le TROISIEME privilège des personnes serupuleuess, c'est qu'elles ne sont pas tenues d'examiner les choses avec autant d'exactitude que les autres. La raison en est dans leur infirmité. Ce sont les invalides de la spiritualité, et la vie d'une personne valétudinaire est adoucie par une multitude de dispenses que l'autorité de Dieu même lui accorde. Il est probable que ces pauvres infirmes ne retrouveront jamais une santé robuste; il est donc important de soigner les forces si lentes à revenir à la convalescence. Un examen de conscience minutieux ou réitéré de la part d'un homme à scrupules serait une imprudence semblable à celle d'un blessé qui serait sans cesse à nouer et à dénouer ses bandages, lorsque le chirurgien lui a précisément recommandé de tenir le membre dont il sg^iffre dans un repos absolu, et la plaie 'soigneusement entourée de linges. Les personnes scrupuleuses ne doivent donc être autorisées à recommencer ces sortes d'examens que dans des cas fort graves et sur la permission expresse de leur directeur. , 'Car ce privilège, aussi bien que les autres, doit devenir une obligation dans la pratique.

jSTous avons certainement plus de souci

de notre corps que de- notre âme. Si nous sommes attaqués du choléra, nous savons qu'il nous faut subir un traitement que la nature goûte médiocrement ; et nous ne songeons pas alors à chercher querelle à notre chirurgien ou à notre médecin, si, joignant la fermeté à la douceur, il nous oblige à rester tranquilles quand nous voudrions nous donner du mouvement, ou s'il nous interdit les aliments que nous désirerions prendre. Ainsi devons-nous nous résoudre à nous laisser traiter par notre médecin spirituel, quand nous sommes attaqués de la maladie des scrupules.

Quelles que soient selon nous nos difficultés d£ casuiste, il ne fera paraître aucun signe d'incertitude ou d'hésitation; à tel point que nous douterons qu'il les ait sérieusement examinées, ou qu'il nous ait bien- compris. Il ne nous donne aucune raison pour ce qu'il nous prescrit; car une raison ne serait que le germe de nouveaux scrupules. Nous devons nous ouvrir complètement à lui, quoi qu'il puisse nous en coûter. En même temps il faut regarder comme un vrai scrupule d'exagérer en confession. C'est là une faute où tombent communément les personnes scrupuleuses.

Elles s'imaginent qu'en exagérant elles seront sûres de donner une explication au moins suffisante: erreur, erreur d'au-

tant plus déplorable qu'elle serait moins grave dans le sens opposé. Mieux vaut atténuer ses fautes (ce qui est déjà un grand tort) que de les exagérer : les conséquences en sont moins funestes.

DEVOIES DU DIRECTEUR

iNotre directeur sera plein de douceur avec nous tant que nous nous montrerons dociles ; mais il sera brusque et bref quand nous ferons .preuve d'entêtement. Il ne nous laissera pas répéter les mêmes choses à chaque confession, malgré notre vif désir de le faire. Il nous enseignera à mépriser nos scrupules par le mépris qu'il montrera lui-même pour eux. Il nous défendra de nous en accuser en confession, et nous accoutumera à aller communier sans avoir préalablement reçu l'absolution, ce qui, dans notre état de sensibilité nerveuse, sera pour nous une douleur plus cuisante que la souffrance physique. Il abrégera le temps qu'il nous accordait pour notre examen de conscience, et nous nous sentirons d'abord si agités, qu'avant que nous ayons pu achever un acte de la présence de Dieu, le temps se sera écoulé. Il nous forcera aussi à décider promptement si nous devons agir ou non dans une circonstance donnée, à moins qu'il ne soit

trop évident qu'une telle action est un péché. Puis, lorsque nous viendrons à lui, le visage bouleversé, et tout inquiets à cause des fautes que nous croirons avoir commises en agissant d'après ce principe, il nous traitera avec brusquerie et ne montrera que du mépris pour nos scrupules.

Il ne nous laissera jamais savoir s'il juge que nous sommes ou non en voie d'amélioration, mais il éludera nos questions par quelques lieux communs insignifiants. Le repos étant la chose que nous souhaitons le plus, il ne nous accordera aucun répit, et nous fatiguera impitoyablement par des occupations aussi nombreuses que propres à distraire. S'il advient, ce qui se présente très souvent, que nous ayons des scrupules sans être habituellement scrupuleux, c'est-à-dire que nous soyons trop minutieux sur un point en particulier, tandis que sur d'autres nous sommes comparativement à notre aise, notre directeur usera de sévérité envers nous, et ne nous fera sentir que notre relâchement.

Les personnes nouvellement converties ont des scrupules touchant (leur CONFES- SION GENERALE; a-t-elle été complète? a-t-elle excité en elles assez de contrition? Le médecin «spirituel leur permettra tout au plus quelques réflexions générales sur les péchés de leur vie passée,

et souvent même il leur interdira cet exercice. Il ne leur permettra jamais, tant qu'elles seront dans un état de scrupules, de s'arrêter sur quelques péchés en particulier, et à plus forte raison sur les circonstances qui les ont accompagnés.

En effet, la tristesse est un piège que le démon leur tend ordinairement à cette époque de la vie spirituelle. Quand leurs scrupules seront évanouis, leur directeur leur permettra peut-être de faire une confession générale, pourvu qu'elles veuillent y mettre du calme, mais ensuite il leur imposera sur le passé un silence absolu, qu'elles ne pourront rompre qu'en deux circonstances: lorsqu'elles auront complètement cessé d'être scrupuleuses, ou bien qu'elles pourront affirmer avec serment qu'elles se souviennent d'un péché mortel dont elles ne se sont jamais confessées. Car ce péché leur a déjà été indirectement remis et nous ne sommes pas tenus de rétablir l'intégrité matérielle de nos confessions passées, au prix d'un inconvénient aussi grave qu'une rechute dans les scrupules. Si les personnes en question, disent à leur directeur qu'elles seront plus tranquilles s'il veut leur permettre de parler, il persévérera dans ses refus, et les invitera à offrir à Dieu le sacrifice de cette inquiétude intérieure.

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