DES SCRUPULES
d'après le R. P. Faber (1)
Un homme scrupuleux tourmente Dieu, irrite son prochain, se rend misérable luimênie et fatigue son directeur. Il faudrait un volume entier pour démontrer ces quatre propositions. (C’est une branche importante de la science spirituelle de savoir distinguer une tentation d’un péché ; et l’on peut presque toujours définir un scrupule une déplorable ignorance de cette distinction. Une autre personne peut reconnaître que mon scrupule n’est pas un péché; mais si je le reconnaissais par moi-même, je n’aurais pas de scrupule, et si j’ajoutais foi aux paroles de mon directeur, je ne serais pas un homme scrupuleux. Ceci nous découvre tout ce qu’il y a de funeste dans les scrupules. Sans être des péchés, ils sont tellement remplis
(1) Dans un chapitre du Progrès de l'âme, le R. P. Faber iraite à fond .; matière des scrupules. On n’a reproduit ici que les en- seignements et les règles pratiques qui sont le mieux appropriés aux hesoins des personnes scrupuleuses.
es
de dispositions pernicieuses, qu’ils peuvent
en un moment devenir autant de péchés,
outre que souvent ils nous font faire le
mal sous prétexte de nous pousser au bien.
S * Ce sont comme des germes de mort spirituelle semés çà et là sur notre âme, une sorte d’érésipèle moral.
Les scrupules ne sont pas mauvais par eux-mêmes ; mais ils engendrent une foule d’inconvénients, et l’un des plus graves consiste en ce que les hommes se laissent parfois détourner de la poursuite de la perfection, et de la contrainte de la vie intérieure, par la crainte des scrupules.
! " En théologie, on définit le scrupule une vaine crainte de pécher, là où il n’y a ni raison ni fondement raisonnable pour
; * soupçonner un péché; on se sert quelque-
fois pour l’expliquer de la comparaison
suivante, qui en exprime assez bien les fatales conséquences: le scrupule est un caillou qui s’introduit dans la chaussure
dun homme, le fait boiter et le blesse à
chaque pas. On peut aussi comparer une
personne scrupuleuse à un cheval ombrageux, qui, au lieu davancer, recule, refuse d’obéir au frein, met son cavalier souvent en danger et toujours de mauvaise humeur. Mais ce n’est pas tout: en fuyant Pombre d’un péché imaginaire qui nous
effraye, on peut se précipiter dans un péché réel ; et l’orgueil se trouve si souvent * au fond de la conduite des personnes scrupuleuses, que l’indulgent saint Philippe se montrait inexorable à leur égard, lorsqu'elles refusaient de se plier avec une obéissance aveugle aux règles qui leur étaient prescrites. Ainsi le scrupule est une chose complètement distincte de la délicatesse de conscience, qu’on peut toujours reconnaître à son caractère raisonnable et calme; il ne faut pas non plus confondre le scrupule avec le relâchement, quoique Gerson pense que le premier est peut-être un mal pire que le second.