CHAPITRE XII
Souvent le vulgaire est porté à s'imaginer qu'il y a, dans le monde, plus de maux que de biens; de sorte que toutes les nations expriment cette idée dans beaucoup de leurs discours () et de leurs poésies, disant qu’il est rare de trouver le bien dans ce monde (?), tandis que ses maux sont nombreux et perpétuels. Cette erreur n’existe pas seulement chez le vulgaire, mais aussi chez tel qui croit posséder quelque science.
On a d’AI-Râzi 6) un livre célèbre, qu'il a intitulé 47-1lâhiyyât
(1) Ibn-Tibbon a ici le mot nn, qui signifie énigmes ou épigrammes; mais le mot arabe mbs doit être rendu en hébreu par nv5r.
(2) Littéralement : dans le temps ou le siècle. Les orateurs et les poëles arabes auxquels l’auteur fait ici allusion emploient souvent le mot We ; temps, pour désigner le temps limité que l’homme passe sur la terre, la vie terrestre, les vicissitudes et la fortune, et ils parlent souvent de la perfidie et des illusions du temps. Les poëtes hébreux du moyen âge emploient dans le même sens le mot ÿt; je ne rappellerai que ce vers connu d’Ibn-Gebirol : $52 3908 199 pot « Le temps (ou la fortune) perfide m’a enchaîné par son malheur. »
(3) Il s’agit ici du célèbre médecin connu au moyen âge sous le nom de Rhasès; son nom arabe était : Abou-Becr Mo’hammed ben-Zacariyya al-Râsi; il fut un des principaux médecins du khalife Abbaside Al- Moktadir, se fit connaître par un nombre prodigieux d’écrits de médecine, de mathématiques et de philosophie, et mourut en 320 de l’hégire
(choses divines ou métaphysiques), et où, au milieu d’une quanlité de folies et de sottises, il a débité cette thèse : que le mal dans le monde est plus fréquent que le bien, et que, si le bien-être de l’homme et les plaisirs que ce bien-être (lui) procure se comparent avec les douleurs, les dures souffrances, les infirmités, les paralysies (1), les adversités, les chagrins et les calamités qui
(932) ou, selon d’autres, en 311 (923). Sur sa vie et ses écrits, voy. d’Herbelot, Bibliothèque orientale, édit. in-fol., p. 713 ; Casiri, Biblioth. arab. hisp., t. [, p. 262 et suiv.; Wüstenfeld, Geschichte der Arabischen Ærzxle, p. 40 et suiv. Sa valeur comme philosophe ne fut pas bien grande, et ses écrits philosophiques ne sont presque jamais cités comme autorité. On voit, par notre passage, que Maïmonide faisait bien peu de cas de l’ouvrage de théologie ou de métaphysique composé par Al-Râzi. Dans sa lettre à rabbi Samuel Ibn-Tibbon, notre auteur parle également avec beaucoup de dédain de cet ouvrage : 52n% n'n98 "92n 9501 7292 Non mn NIbRE 096 nôpin 12 PR NI «Le livre de mélaphysique composé par Al-Râzi n’a pas d'utilité, car Al-Räâzi était seulement médecin.» Voy. Lettres de Maimonide, édit. d'Amsterdam, fol. 14 b. — Un auteur espagnol musulman, le Kadhi Ç&’id, cité par Ibn-Abi- Océibl'a, porte d’Al-Râzi le même jugement que Maïmonide. Voici comment il s'exprime sur ce médecin :
eh HN cbeb 25) res ps Vs li Mai & és 4 LS pi À Lol »5) psy Ris AP Ass Aus FELT is, pt hum) «gs XXS) Yo «Il n'avait pas pénétré bien avant dans la métaphysique et ne l’avait pas comprise dans toute son étendue. C’est pourquoi il n’en avait qu'une idée confuse, admettait comme autorité des opinions peu solides et embrassait de mauvais systèmes ; il blâmait des gens qu’il ne comprenait pas et ne se laissait pas guider dans leur chemin.» Voy. Ibn-Abi-Océibra, Histoire des Médecins, à l’article Al-Räâzi (ms. de la Bibliothèque imp., supplément arabe, n° 673, fol. 162 b).
(4) Le mot WW, siguilie : Pabsence totale ou la paralysie d’un membre. Voy. le commentaire arabe de Silv. de Sacy sur les séances de Hariri, p.273, en bas : pri Mbsss sus IV) par Fer lol e, Ibn-Tibbon a bien rendu ce mot par Dan 9503; Al-Harizi le traduit plus vaguement par DYbnx. |
lui surviennent, on trouvera que son existence, je veux dire celle de l’homme, est un châtiment et un grand mal qui lui à été infligé. Il cherche à avérer cette opinion en passant en revue toutes ces infortunes, afin de combattre tout ce que les amis de la vérité croient de la bienveillance de Dieu et de sa bonté (1) manifeste, (affirmant) qu’il est le bien absolu, et que tout ce qui émane de lui est indubitablement le pur bien.
Ce qui est la cause de toute cette erreur, c’est que cet ignorant, ainsi que ses semblables d’entre la foule, ne jugeaient de l’univers que par le seul individu humain. Tout ignorant s’imagine que l'univers entier n'existe que pour sa personne, comme s’il n’y avait d’autre être que lui seul. Si donc ce qui lui arrive est contraire à ses désirs, il juge décidément que l'être tout enlier est le mal ; mais si l’homme considérait et concevait l’univers, el s’il savait quelle petite place il y occupe, la vérité In deviendrait claire et manifeste. En effet, cette insigne folie que proclament les hommes touchant la multitude des maux qu'il y aurait dans l’univers, ils ne la professent, ni à l'égard des anges, ni à l'égard des sphères et des astres ni à l’égard des éléments et des minéraux ou plantes qui en sont composés, ni à l’égard des différentes espèces d’animaux; mais leurs pensées ne se portent que sur quelques Imdividus de l'espèce humaine. Si quelqu'un, par exemple, s'étant nourri de mauvais aliments, devient lépreux, ils s’'étonnent qu'il ait été frappé de ce grand malheur,
(4) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent : °45n nb NDINIDN 12303 ININ LH 5; mais plusieurs mss. que nous avons consultés n’ont pas le mot 5h25. IL est évident qu’'Ibn-Tibbon s'était d’abord trompé sur le sens du mot à, qu'il prononçait ss pt S'étant ensuite aperçu que le + initial de ce mot était copulatif et qu’il fallait prononcer 595 ; il remplaça le mot spsgtenb par Sn2%1. Les copistes, comme nous l'avons déjà vu dans beaucoup d’autres passages, reproduisirent à la fois la faute et la correction. Al-Harizi traduit : DIN 92 0j np INA DIN D NAN 9.
et (ils se demandent) comment ce mal existe; de même, ils s’étonnent si quelqu'un, à force de débauches, est devenu aveugle, et 1ls trouvent cruel que cet homme ait été frappé de cécité. Je pourrais citer encore d’autres exemples. Mais ce qui est la vraie manière d'envisager la chose, c’est que tous les individus de l’espèce humaine qui existent, et à plus forte raison ceux des autres espèces d'animaux, sont une chose sans aucune valeur par rapport à l'ensemble immuable de l’univers (1), comme il est dit clairement : L'homme est semblable au néant ele. (Ps., CXLIV, 4); le mortel qui n’est qu'un ver, et le fils de l’homme qui n'est qu'un vermisseau (Job, XXV, 6); qu’en sera-t-il de ceux qui demeurent dans des maisons d'argile etc. (ibid., IV, 19); Voici, les peuples sont comme la goutte (qui tombe) d’un seau etc. (Isaïe, XL, 15); et encore beaucoup d’autres passages des livres prophétiques parlent de ce sujet important, d’une grande utilité ®) pour faire connaître à l’homme son peu de valeur. Celuiei ne doit point se tromper et croire que l’univers n’existe que pour sa personne; selon nous, au contraire, l'univers existe à cause de la volonté de son créateur, et l’espèce humaine y est bien peu de chose par rapport au monde supérieur, je veux dire,
(4) C'est-à-dire, par rapport aux Intelligences , aux sphères célestes, aux éléments et aux espèces d'animaux, lesquelles choses sont seules immuables et ne sont pas exposées à ce que le vulgaire appelle le mal.
(2) Les mots AID ni nt 551 (littéralement : et tout ce qui dans les textes des livres prophétiques se trouve de ce sujet important, d'une grande utilité etc.) se rattachent aux citations bibliques qui précèdent. Dans la version d’'Ibn-Tibbon, les mots Nopinn byn1 peuvent être considérés
comme attribut du sujet R3% F1 ds), de sorte qu’on pourrait traduire : «est d’une grande utilité », quoique dans ce cas il eût mieux valu dire: nôyinn byna Ni; mais dansletextearabe, qui porte ATNDÈR D'DDON, avec l’article, ces mots se font reconnaître comme simple appositif. Al-Harizi a évité toute équivoque en traduisant : n5Y13 N2YIN TN. Les mots by by commencent une nouvelle phrase, et c’est mal à propos qu’Ibn-Tibbon les a rattachés à ce qui précède en traduisant : npO) Nôw; il fallait dire np R51.
aux sphères et aux astres. Quant aux anges, il n'existe point de véritable rapport entre eux et l'homme (), L'homme n'est que le plus noble d’entre les êtres soumis à la contingence @), c'est-à-dire d’entre ceux de notre bas monde; je veux dire qu'il est plus noble que tout ce qui a été composé des éléments. Avec cela, son existence est un grand bien pour lui et'un bienfait de la part de Dieu, en raison des propriétés et des perfections qu'il lui a accordées. La plupart des maux qui frappent les mdividus viennent d'eux-mêmes, je veux dire des individus humains qui sont imparfaits. Ce sont nos propres vices qui nous donnent lieu de nous lamenter et d'appeler au secours. Si nous souffrons, c’est par des maux que nous nous infligeons nous-mêmes de notre plein gré, mais que nous attribuons à Dieu ; — loin de lui une pareille chose! — C’est ce que Dieu a déclaré dans son livre, en disant : S’i! détruit, est-ce à lui (qu’il faut l’attribuer)? Non, à ses enfants, à leurs propres fautes (Deutéron., XXXII, 5) 6). Salomon a exprimé la même idée en disant : La sottise de l’homme pervertit sa voie, et c’est contre l'Éternel que s’irrite son cœur (Proverbes, XIX, 5).
Pour m'expliquer plus clairement, (je dirai que) tous les maux
(1) C'est-à-dire: les Intelligences des sphères, ou les anges, sont d'une essence tellement différente de celle de l’homme, qu’on ne saurait établir aucune proportion entre ces deux espèces d’êtres.— Au lieu des mots nn pur 5y DY PMATK, qu’on lit dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, les mss. portent: nn 5p Jp FN.
(2) Littéralement : le plus noble de ce qui est DEVENU ou Né. La version d'Ibn-Tibbon a négligé le verbe fon, qui indique la naissance ou la contingence (yiv:ou); la traduction exacte serait : N\7 DIN DSDN Nnnna baÿa nt ninniw m9 b5m 5253. Dans la même version, il faut répéter après b"s le mot 553, qui se trouve dans les mss. et a été omis dans les éditions.
(3) Nous avons traduit ce verset difficile dans le sens que paraît lui attribuer Maïmonide et qui répond à l’idée qu’il vient d’exprimer sur les maux qui frappent les individus humains.
qui frappent l’homme peuvent être ramenés à l’une des trois espèces suivantes :
Les maux de la premiére espèce sont ceux qui arrivent à l’homme par la nature même de ce qui est sujet à la naissance et à la corruption, je veux dire parce qu'il est un être matériel. C’est à cause de cela que certains individus sont affligés d’infirmités et de paralysies, qui leur sont innées (1) ou qui leur sur— viennent par des altérations arrivées dans les éléments, telles que la corruption de l’air @), les feux du ciel &), les croulements du sol (#. Ainsi que nous l’avons déjà exposé, la sagesse divine a voulu que la naissance n’eùût lieu que par suite de la corruption ®); et, sans la corruption individuelle, il n’y aurait pas de naissance (6) spécifique permanente. Il est clair par là que tout est pure bonté et bienveillance, et qu’il n’émane (de Dieu) que le bien. Celui qui, tout en étant de chair et d'os, veut en
(1) Le texte porte : Ada358 un ‘5, dans la formation primilive, ce que ”Harizi a exactement rendu par AN%127 9p9y3. La version d'Ibn- Tibbon (même dans les mss.) porte mnv 5553, ce qui ne peut être qu’un simple lapsus; car ailleurs Ibn-Tibbon rend les mots en question par ANA 9py3. Voy., par exemple, Ile partie, chapitre xxxvi: ne mon bp nNII2 D IN DÙY DIN JD VON MNT 9
(2) Les éditions de la version d’'Ibn-Tibbon ont 5537 NN; il faut écrire, selon les mss., NN" 05n2, comme le porte aussi la version d’'Al-"Harîzi.
| (3) Sur le sens du mot si, plur. de kisLo, voy.let. Il, p.331,
note 3.
(4) Sur le sens du mot Gsm, plur. de Cims, voy. le t. I, p. 369, notée. — Al-Harizi, confondant 7105 (écrit par un 3 ponctué) avec F\D2 (Sas), a maladroitement traduit : NN np? les éclipses.
(5) C'est-à-dire, que les formes particulières se succédassent dans la matière, de sorte que celle-ci, pour revêtir une forme, se dépouillât d’une autre; car c’est en cela que consistent la naissance et la corruption des choses. Voy. le t. L, chap. xvir, p. 60, et passim, ct ci-dessus au commencement du chap. vu, et à la fin du chap. x.
(6) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, il faut effacer le mot nn qui précède n2w3 et qui ne se trouve pas dans les mss.
même temps être à l’abri de toute impression et n'être sujet à aucun des accidents de la matière, ne veut autre chose, sans qu'il s’en aperçoive, que réunir ensemble les deux contraires; car il veut à la fois être sujet aux impressions et ne pas l'être. En effet, s’il était quelque chose qui ne fût point susceptible d'impression, il ne serait pas le produit de la naissance, et ce qui existe de lui serait un (seul) individu, et non pas des individus d’une espèce (1). Combien est vrai ce qu’a dit Galien dans le troisième livre des Utilités )! « Ne te laisse pas aller à cette vaine illusion, dit-il, qu'il puisse se former, du sang des menstrues et du sperme, un animal qui ne meure pas, ou ne souffre pas, où qui ait un mouvement perpétuel, ou qui soit resplendissant comme le soleil. » Ce passage de Galien appelle l'attention sur un cas partiel d’une proposition générale qui est celle-ci :
(1) Ce passage assez obscur n’a pas été, je crois, entièrement compris par Éphôdi, le seul commentateur qui s’en occupe, ni par Buxtorf, qui a reproduit son explication. La traduction de M. Scheyer laisse également à désirer. Voici quel me paraît être le sens Le plus simple de ce passage : Celui qui, tout en étant de chair et d’os, c’est-à-dire un simple mortel, veut néanmoins être à l'abri des impressions du dehors qui produisent les maux, celui-là, dis-je, veut réunir en lui deux choses opposées ; car il veut à la fois être un mortel, sujet aux impressions, et un être non impressionnable, comme les corps célestes. Évidemment, s’il était comme ces derniers à l’abri de toute impression du dehors, il ne serait pas un être soumis à la contingence; au contraire il serait, comme ces corps célestes, qui ne sont ni nés ni périssables, et comme ceux-ci il serait seul de son espèce et ne serait pas simplement un des individus d’une même espèce.
(2) L'auteur veut parler de l’ouvrage de Galien qui porte dans la
version arabe le titre de su2s Yi ali GS, Livre des utilités des membres. C’est le iraité qui dans l'original grec est intitulé : I:pi ypzius Toy ëv &vbobrov copart popioy (De usu partium humani corporis). Au livre HIT, chap 10 (édit. de Kühn, t. III, p. 238), on lit le passage sui- Vant: Zzomer yüp por Tv Unv, 6 %s ExaoToy ÉVévETO, nai pu puTn) Élmions, x aTapnyiou xui onépuuros GOavaroy Jüvuclar auarüvar ÉGov, à unuhës,
* L ’ \ \ (74 il \ (3 [4 A GEUXLYATOY ; A }XUTPOY OÙTO AU AWXOY GS MOV
« Tout ce qui peut se former d’une matière quelconque se forme de la manière la plus parfaite possible que comporte cette matière spécifique, et l'imperfection dont les individus de l’espèce sont entachés est en raison de l’imperfection de la matière (particulière) de l'individu. » Or, la chose la plus éminemment parfaite qui puisse se former du sang et du sperme, c’est l’espèce humaine avec sa nature bien connue d’être vivant, raisonnable et mortel; par conséquent, cette dernière espèce de mal doit nécessairement exister (1), Malgré cela, tu trouveras que les maux de cette espèce qui surviennent aux hommes sont en très-petil nombre et n’arrivent que rarement (?). En effet, tu trouveras des villes qui depuis des milliers d'années n'ont été n1 submergées, ni incendiées ; de même des milliers d'hommes naissent parfaitement valides, et un homme né infirme est une anomalie 6), ou du moins — si l’on me chicanait sur le mot anomalie — (un tel homme) est une exception très-rare, et il ne forme pas la centième ni même la millième partie de ceux qui naissent dans un état valide.
Les maux de la deuxième espèce sont ceux que les hommes s'infligent mutuellement, comme par exemple la tyrannie qu'ils exercent les uns sur les autres. Ces maux sont plus nombreux
(4) C'est-à-dire, le mal de la mortalité, Ibn-Tibbon, Je crois, ne s’est pas bien rendu compte du sens de ce passage, Il traduit : 15 w2N N 5 num ya nb29 bn, «il est donc impossible que cette espèce (c’est-à-dire l'espèce humaine) ne soit pas sujette au mal.» Le texte arabe n’admet pas ce sens, car il aurait fallu dire: R°5n9 23 N95 6 jy sw 19 yn9n. Al-Harîzi paraît avoir mieux saisi le sens; il traduit: Din DD PA nt NUD' NOW EN ŸN 72 ON.
(2) L'auteur veut parler des maux qui frappent l’homme en tant qu'être mortel, et qui l’empêchent d’arriver au terme naturel de son existence ; et il fait cbserver que les causes de mort accidentelle sont relativement très-rares.
(3) Mot à mot : il ne naît d'infirme que par anomalie. Dans la version d'Ibn-Tibbon, les mots nya 4% 5p9 RD 77 5y paraissent être une
double traduction de l’adverbe arabe WIN.
que ceux de la première espèce, et les causes en sont nombreuses et bien connues ; ils viennent également de nous, mais celui qui en souffre (1) ne peut rien contre eux. Cependant, dans aucune ville, n'importe laquelle du monde entier, les maux de celte sorte ne sont répandus, ni fréquents ®) parmi les individus; au contraire, ils se rencontrent rarement, comme, par exem ple, quand un individu surprend pendant la nuit un autre individu pour le tuer ou le voler. Ce n’est que dans les grandes guerres que les maux de cette espèce embrassent une foule de gens; mais cela même n’est pas fréquent par rapport à la terre tout entière.
Les maux de la froisième espèce sont ceux qui arrivent à chacun de nous par son propre fait, ce qui a lieu fréquemment ). Ces maux sont beaucoup plus nombreux que ceux de la deuxième espèce. Tous les hommes se lamentent des maux de cette espèce, et on n’en trouvera que fort peu qui ne s’en rendent pas coupa— bles envers eux-mêmes. Ceux qui en sont frappés méritent en vérité d’être blàmés (), et on peut leur adresser ces paroles (du
(4) Tous les mss. arabes portent 515966, celui qui est opprimé; il est évident que le mot n%%5, dans la version d’Ibn-Tibbon, est une ancienne faute des copistes, et qu’il faut écrire DIS y 9. Al-"Harizi traduit: pnin1 n5to Diwpn und pu bon.
(2) Sur le sens du mot SA2N, voy. t. 1, p. 300, note 2, Ibn-Tibbon le rend ici par l’adverbe 8, ce qui n’est pas exact; peut-être faut-il lire ‘sn, adjectif formé par Ibn-Tibbon pour rendre le mot “5x. Voy., par exemple, [Ie partie, au commencement du chap. xx: DYN DR N51 DEN.
(3) Ibn-Tibbon, qui traduit 3335 nn, a peut-être lu JA5NÔN, comme le portent en effet quelques mss.; mais la plupart portent S5N5R , forme dont nous avons parlé dans la note précédente.
(4) Au lieu de ApYPnoN2 "m5y 2NubôR ON5, un ms. de la Bibliothèque impériale, supplément n° 63, porte ‘5y 2NvH5N ONd: mini NM; d’après cette leçon il faudrait traduire : ceux qui en sont frappés méritent d'êlre bläâmés pour le péché qu'ils ont commis. C’est cette leçon que paraît rendre Al”Harizi, qui traduit : 9 Dynrs SNS NI WUYS FONIN O7W ED FINONA NN.
prophète) : Cela vous est venu de votre propre main (Malach., [, 9). C’est à ce sujet qu'il a été dit : Celui qui le fait est son propre destructeur (Proverbes, VI, 32), et c’est encore des maux de cette espèce que Salomon a dit: La sottise de l’homme pervertit sa voie (ibid., XIX, 5). Ailleurs il a dit clairement, en parlant des maux de cette espèce, que l'homme se les attire luimême : en outre, j'ai trouvé ceci, que Dieu a créé les hommes jusles, et que ce sont eux qui ont cherché beaucoup de pensées (coupables) (Ecclésiaste, VIL, 29) (1); ce sont ces pensées qui leur ont attiré ces maux. C’est aussi à l’égard de cette espèce (de maux) qu’il a été dit : Certes, le malheur ne sort pas de la poussière et la souffrance ne germe pas du sol (Job, V, 6). Ensuite, on déclare immédiatement après que c’est l’homme qui fait naître cette sorte de maux, et on dit : Car l’homme est né pour la souffrance (ibid., v. T)®).— Cette espèce (de maux) vient à la suite de tous les vices, je parle notamment de la passion pour la bonne chère, la boisson, et l’amour physique, quand on jouit de ces choses avec excès ou sans régularité, ou quand les ali ments sont de mauvaise qualité ; car c’est là la cause de toutes les maladies pernicieuses du corps et de l’âme (). Pour les maladies du corps, c’est évident. Les maladies de l’àme (qui résultent) de ce mauvais régime ont deux raisons. La première, c’est que l’altération que subit le corps influe nécessairement sur l’âme, en tant que celle-ci est une force corporelle (), et c'est
(4) Nous avons traduit les derniers mots du verset selon le sens que leur attribue Maïmonide, et qu’il fait connaître en se servant du mot JNOONÔN, pensées.
(2) Maïmonide détourne ces mots de leur véritable signification , et les entend dans ce sens que l’homme est, par sa nature, le créateur de ses souffrances.
(3) Mot à mot : de toutes les maladies et lésions corporelles et psychiques.
(4) Il faut se rappeler que non-seulement l’âme vitale, mais encore la faculté rationnelle et l’intellect hylique, sont considérés par notre auteur comme des formes inhérentes au corps et périssables, Voy. le tome 1, p. 146, et p. 328, note 1.
dans ce sens qu’il a été dit que les mœurs de l'âme suivent la complexion du corps (1). La seconde raison, c’est que l’âme se familiarise avec les choses non nécessaires et s’y habitue, de sorte qu’elle prend l'habitude ®) de désirer ce qui n’est nécessaire ni pour la conservation de l'individu, ni pour celle de l’espèce. Or, ce désir est une chose qui n’a pas de terme; car, si les choses nécessaires sont toutes restreintes et limitées, le superflu au contraire est illimité. Désires-tu par exemple posséder des vases d'argent, il est plus beau d'en avoir en or; il yen a même qui en ont de cristal, et peut-être en fait-on aussi d’émeraude et de rubis, autant que ces matières sont accessibles (). Ainsi, tout homme ignorant et d’un faux raisonnement est constamment dans la douleur et dans la tristesse parce qu'il ne peut pas se livrer au luxe, comme l’a fait tel autre; et souvent il se jette dans de grands périls, comme par exemple le voyage par mer et le service des rois, ayant pour but de se procurer ce luxe inutile. Mais lorsque, étant entré dans ces voies, 1l est frappé de malheurs, il se plaint du décret divin et de la destinée, murmure contre la fortune et s'étonne de son peu de Jjus-
(1) Voy. le tome IT, chap. xxxvr, p. 281-282, et p. 284; Huit Chapitres, au commencement du chap. var. Cf. Aristote, Traité de l'âme, livre Ï, chap. qer C& 11) : Fouxe à ai Tù Te Yuyñs nan néuvra eiva LETU COURTOG , Xe Te)e
(2) Le mot ff, qui correspond au mot ?%: d’Aristote, désigne, comme nous l’avons dit ailleurs, une disposition devenue durable et solide, et peut se traduire tantôt par capacité et tantôt par habitude. Voy. le tome 1, p. 195, notes 1 et 2. Ibn-Tibbon, qui le traduit ordinairement par ÿp, le rend ici par pin Y20, une solide disposilion naturelle. La version d'Al’Harizi porte: +3 4x 19 PRw H95 HNPRNS D EN, traduction qu’on ne comprend guère sans l'intelligence du texte arabe.
(3) D’après la version d’Ibn-Tibbon, il faudrait traduire : ou de tout ce qu'il est possible de trouver; mais les mots 551 SN que portent les éditions sont évidemment fautifs. Les mss. portent nt 5513 ou nn 555, et la version d’Al-’Harîzi ht 552; mais la plupart des mss. arabes ont 9 55. Le suffixe dans Hi se rapporte à chacun des deux mots DipN Yon mDtÔN ; il eût été plus régulier d'écrire RDA.
tice, parce qu'elle ne l’a pas aidé à obtenir de grandes richesses, au moyen desquelles il puisse se procurer du vin en abondance pour s’enivrer et un grand nombre de concubines parées d’or et de pierres précieuses pour l’exciter à jouir de l’amour plus qu’il n’en est capable, comme si le plaisir de cet homme vil était seul le but de l'univers. Voilà à quel point est arrivée l'erreur des gens vulgaires; ils sont allés jusqu’à accuser d’impuissance le Créateur, pour avoir créé l’univers avec cette nature qui, comme ils se l’imaginent, produit nécessairement ces maux, parce qu'elle n’aide pas chaque homme vicieux à assouvir son ignoble passion el à faire arriver son àme perverse au terme de ses désirs, qui, comme nous l’avons exposé, sont sans fin. Mais les hommes vertueux et instruits connaissent la sagesse qui préside à l'univers et la comprennent, comme l’a déclaré David en disant : Tous les sentiers de l’Éternel sont bonté et vérité pour ceux qui gardent son alliance et ses lois (Ps., XXV. 10), ce qui veut dire que ceux qui ont égard à la nature de l’être et aux préceptes de la Loi, et qui en connaissent le but, comprennent la bonté et la vérité qui président à tout; c’est pourquoi ils se proposent pour but la chose à laquelle ils ont été destinés comme hommes, c’est-à-dire la perception. Forcés par les besoins du corps, ils cherchent ce qui lui est nécessaire : du pain pour manger et un vêtement pour se couvrir (1), sans viser au superflu. Si l’on se borne au nécessaire, la chose est très-facile et s’obtient avec peu de peine. Toutes les fois que tu y vois de la difficulté et de la peine, c’est qu’en nous efforçant de chercher ce qui n’est pas nécessaire, il nous devient difficile de trouver même le nécessaire; car, à mesure que nos désirs se portent trop sur le superflu, la chose devient plus pénible, nous dépensons nos forces et nos biens @) pour ce qui n’est pas nécessaire et nous ne trouvons même plus le nécessaire.
(1) Allusion aux paroles de Jacob, Genèse, chap. xxvrir, verset 20. (2) Le mot Jets , plur. de Awlæ, signifie ce qu'on a obtenu ou gagné, ce qu'on possède (Ibn-Tibbon : Din). Au licu de DUNMONYT,
Il faut considérer dans quelles conditions nous sommes à l’égard de ce qui est à trouver (1), En effet, à mesure qu’une chose est plus nécessaire à l’animal, on la trouve plus fréquemment et elle est à plus vil prix ; et à mesure qu’une chose est moins nécessaire, on la trouve moins. et elle est très-chère (?). Ce qui par exemple est nécessaire à l'homme, c’est l’air, l’eau et la nourriture. Toutefois, ce qu’il y a de plus nécessaire, c'est l’air, car on ne peut en manquer un seul moment sans mourir, tandis qu’on peut se passer d’eau un jour ou deux (); aussi l’air est: inmdubitablement ce qu'il y a de plus facile à trouver et de plus gratuit. Mais l’eau est d'une nécessité plus urgente que ne l’est la nourriture ; car certains hommes, pourvu qu’ils boivent (4),
quelques mss. portent DRinnôN);: cette variante, qui n'offre pas de sens bien précis, a été reproduite dans la version d’Al-Harîzi : ny19" 355 D'13n VIN.
(4) Mot à mot: il faut considérer nos condilions à l'égard du trouver; c’est-à-dire : il faut considérer le plus ou moins de facilité ou de difficulté que nous avons à trouver les choses que nous désirons posséder. Il est évident, par ce qui suit, que le mot 3ÿ5x n’est pas employé ici dans son sens philosophique d’être ou d’univers, mais dans son sens primitif de trouver; c’est sans doute dans le même sens qu’il faut prendre ici le mot ninu» dans la version d’Ibn-Tibbon, où il faut lire 333% au lieu de »3y, quoique cette dernière leçon se trouve aussi dans les mss. Le ms. de Saadia ibn-Danan (Suppl. hébr., n° 63) a ici une variante qui mérite d’être notée, parce qu’elle a été reproduite par Al-Harizi; on ylit: MR 9 (lis. INT) MR SNONYN 12nÿ9 JN 123": la version d’Al- ’Harizi.porte : MINYLMA 78 N33312n7 an LT.
(2) On trouve ces mêmes réflexions, presque dans les mêmes termes, dans un passage de Ba’hya, Devoirs des cœurs, liv. IE, à la fin du chap. 5, que Maïmonide paraît avoir eu sous les yeux.
(3) Tous les mss. portent : JMYONT DN5R 3 JDD NDÈN NDN, quant à l’eau, il (l’homme) peut rester un jour ou deux. Il faut nécessairement sous-entendre sans elle, ou sans en boire, et Ibn-Tibbon a suppléé cette ellipse en ajoutant le mot 5553; de même Al-Harizi : 1N92 y Jon.
(4) Nous avons dû supprimer, dans la traduction, les mots “ny nb, pour éviter le pléonasme : N°73 71.
peuvent rester quatre ou cinq jours sans nourriture. Aussi trouve-t-on l’eau, dans chaque ville, plus abondamment et à plus vil prix que la nourriture. Il en est de même des divers aliments; ceux qui sont plus nécessaires se trouvent plus facilement et à plus vil prix, dans un même lieu, que ceux qui sont moins nécessaires. Mais pour ce qui est du muse, de l’ambre, du rubis, de l’émeraude, je ne pense pas qu’un homme de bon sens puisse les croire très-nécessaires à l’homme, à moins que ce ne soit pour un traitement médical (1); et encore peut-on les
remplacer, ainsi que d’autres choses semblables, par plusieurs espèces d'herbes et de terres.
C’est en cela que se manifestent la générosité et la bonté @)
(4) Nos mss. portent généralement 322n55 ou 25055, et cette leçon est confirmée par la version d’Ibn-Tibbon, qui a HN1575. Ibn- Falaquéra lisait 5%, ce qu'il traduit par Dt#2nn9, pour se parfumer. Voy. Appendice du Moré ha-Moré, p.157. Al’Harizi paraît avoir eu la même leçon; mais il prend ici le verbe &\L dans le sens de jouir, s'amuser, et il traduit : Myn5 ANISOS pour le plaisir el la jouissance. Mais la leçon de nos mss., confirmée par Ibn-Tibbon, ne présente aucune difliculté; car les quatre substances dont il s’agit étaient en effet employées comme remèdes, vrais ou imaginaires, contre certaines maladies. Voy., dans le Dictionnaire des médicaments simples par Ibn- Béitar, traduit en allemand par M. Jos. de Sontheimer (Stuttgart, 1840, 2 vol. gr. in-80), les articles Moschus, tome IF, p. 515; Ambra, tomell, p. 210; Smaragdus, tome I, p. 537, et Hyacinthus, tome IF, p. 591-592. Maïmonide lui-même, dans un traité composé, par ordre du Kâdhi al- Fadhel, sur le traitement des morsures venimeuses et de ceux qui ont pris du poison (liv.[, chap. 3), mentionne la poudre d’émeraude comme un des antidotes les plus efficaces. Voy. le ms. n° 411 de l’anc. fonds de
la Biblioth. imp., fol. 1430 b. Ce ms. renferme l’origine arabe en caractères hébraïques.
(2) Ibn-Tibbon traduit : nINLD9 vwn vpn m5 DID95 Vi. On voit que le mot 1}, que nous croyons devoir prononcer Boy; Ibn-Tibbon le prononçait Sy ;: mais, si l’auteur avait voulu parler de la bonté de Dieu pour l'univers, il aurait dit nn ‘by; car le verbe Jua5i demande la préposition de. Cf. ci-dessus, p. 68, note 1. —
Nous ferons remarquer encore que le mot 3n ou 2n, qu’Ibn-Tibbon
que Dieu exerce même à l’égard de ce faible animal. Mais ce qui surtout est très-évident, c’est son éclatante justice et l'égalité qu’il établit entre les animaux (1), En effet, les lois de la nature () ne permettent pas qu’un individu d’une espèce quelconque d'animaux () se distingue des autres individus de la même espèce par une faculté qui lui soit particulière, ou par un membre qu'il aurait en plus. Au contraire, toutes les facultés physiques, animales (ou psychiques) et vitales (4), ainsi que les membres que possède tel individu, sont essentiellement les mêmes que possède tel autre individu ; et s’il existe quelque part une défectuosité, c’est accidentellement et à cause d’une chose survenue qui n’est pas dans la nature, ce qui est rare, comme nous l’avons exposé. Entre les individus qui suivent le cours de la nature, il n’y a absolument aucune différence du plus au moins, si ce n’est celle qui résulte de la disposition diverse des matières (individuelles) 6); et cela est une conséquence nécessaire de la nature propre à la matière de l’espèce, chose qui ne
traduit par 0995, manque dans plusieurs mss., où il est remplacé par la préposition ÿ» ; de même Al Harizi : 5h23 N27 V0 nt.
(1) Tous les mss. ar. portent 5h55, et de même les versions d’Ibn- Tibbon et d’'Al-Harîzi, DM, entre eux ; le suffixe pluriel se rapporte irrégulièrement au mot }NYn qui précède et qui est souvent employé comme collectif, quoique ici ce soit évidemment un singulier,
(2) Littéralement : la naissance el la corruption naturelles; c’est-à-dire, les lois naturelles qui gouvernent les êtres soumis à la naissance et à la corruption.
(3) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent : =nw b51; les mss. ont plus correctement : gt. Le mot sw, ainsi que le mot arabe ND, a ici le sens de 53. Cf. le tome II de cet ouvrage, p. 318, note 5. et p. 334, note 5.
(4) L'auteur fait allusion aux trois espèces de facultés admises par les anciens médecins. Voy. le tome 1, p. 355, note 1.
(5) Pour lintelligence de ce passage, voy. le t. I, chap. LxxKr, p. 364-365. Sur le sens du mot 58N5N, voy. ibid., p. 365, note 3.
concerne pas un individu plutôt qu'un autre (M), Mais, que l’un possède beaucoup de vessies de musc (®) et de vêtements ornés d'or, landis que l’autre manque de ces superfluités de la vie, il n’y à là ni injustice ni violence. Celui qui a obtenu ce superflu, n’a conquis par là aucune prérogative dans sa substance et ne possède qu’une illusion mensongère ou un jouet; et celui qui manque des superfluités de la vie n’en est pas nécessairement amoindri : Celui qui en avait pris beaucoup n’en avait pas de reste, et celui qui en avait pris peu n’en manquait pas, chacun recueillait selon ce qu’il en pouvait manger (Exode, XVI, 18). C'est là ce qui arrive le plus fréquemment en tout temps et en tout lieu, et il ne faut pas avoir égard à l'exception, comme nous l’avons exposé.
Tu reconnaïtras donc, par les deux réflexions qui précèdent, la bonté que Dieu exerce envers ses créatures, (d’une part) en leur faisant trouver le nécessaire selon son importance rela-
(1) C'est-à-dire : Ce qui est cause qu’il n’y a pas de différence essentielle entre les individus, c’est la nature inhérente à la matière générale de l'espèce et à laquelle participent d’une manière égale tous les individus d’une même espèce. Dans 2 vD ND, le mot 2 a un sens neutre; on comprendrait mieux nN"2, au féminin, se rapportant à A2, la nature; mais tous les mss. ont n23. Pour le premier y5w, la plupart des mss. ont NuSw, à l’accusatif; mais 25 est évidemment un verbe passif (uaë) dont »S5w est le sujet. Quant au mot RD, Ibn- Tibbon le prend avec raison dans le sens négatif en traduisant : 355 N Un 529 vx 12. AlHarîzi, négligeant le mot }7, traduit : nn NY VND 92 NON NN.
(2) Le mot à&b (plur. £hs5), dérivé du persan xsb, désigne l'espèce de vessie ou bourse que l’animal du muse porte près du nombril et dans laquelle se filtre la liqueur du musc.
(3) C'est-à-dire, sa personne ne perd rien en valeur. Ibn-Tibbon traduit inexactement : 9%n1 59 90n …… nt Nûy, «et celui qui etc. ne manque point d'une chose nécessaire. »
tive (1), et (d'autre part) en établissant l'égalité, dès leur création, entre les individus d’une même espèce C’est à ce point de vue vrai que le prince des savants (2) a dit : Car toutes ses voies sont justice (Deutér., XXXII, 4), et que David a dit: Tous les sentiers de l’Éternel sont bonté et vérité (Ps. XXV, 10), comme nous l’avons déjà exposé. David a encore dit expressément : L’Éternel est bon pour tous et sa miséricorde s'étend sur toutes ses œuvres (Ps. CXLV, 9); car le grand bien dans le sens absolu, c’est qu’il nous ait fait exister, et en créant la faculté directrice () dans l'animal, il lui a témoigné sa miséricorde, comme nous l’avons exposé.