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veux dire le changement de la substance en accident et de l’accident en substance, ou l'existence d’une substance corporelle sans accident, tout cela est, pour chaque penseur, de la catégorie de } impossible. De même, il est impossible que Dieu appelle à l'existence son semblable, ow qu'il se rende lui-même non existant, ou qu'il Se corporifie, ou qu'il se change, et on ne saurait lui attribuer le pouvoir de faire rien de tout cela. Quant à la question de savoir s’il peut produire un accident seul qui ne soit pas dans une substance, une secte de penseurs, à savoir les Motazales, ont imaginé cela et l’ont cru du domaine du possible (1), tandis que d’autres l’ont jugé impossible. Il est vrai que ceux qui ont professé l'existence d’un accident sans substratum n’ÿ ont pas été amenés par la simple spéculation, mais par leurs égards pour certaines doctrines religieuses que la spéculation repousse violemment, de sorte qu’ils ont eu recours à cette hypothèse ®)., De même, produire une chose corporelle sans se servir pour cela d'aucune matière préexistante, est, selon nous, dans la catégorie du possible; mais, selon les
qui se soutiennent par elles-mêmes. Quand nous disons qui se soutiennent par elles-mêmes, cela veut dire qu’elles occupent un espace par ellesmêmes, sans que leur existence dans un espace dépende de l'existence concomitante d’une autre chose. C’est le contraire des accidents, dont l'existence dans un espace dépend de lexistence concomitante de la substance qui leur sert de support, c’est-à-dire qui est le lien par lequel ils sont soutenus. » Cette définition est en substance la même que celle que donne, avec plus de développement, le grand dictionnaire arabe des termes techniques publié à Calcutta. Voy. BIBLIOTHECA INDICA, À Dictivnary of the technical terms used in the sciences of the Musulmans, p. 1073.
(4) Voy. le tome I de cet ouvrage, chap. zxxnur, p. 391, et ibid., note 1. Quelques docteurs juifs de la secte des Karaïtes ont également professé celte doctrine de l'accident sans substratur. Voy. Ahron ben- Élie, on ÿy, édition de Leipzig, chap. 1v (p.16), et chap. xt (p. 32).
(2) Considérant la fin future du monde comme un dogme religieux, ils imaginèrent cette hypothèse de l'accident de la destruction, dont l’autenr parle à l'endroit cité dans la note précédente.
TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XV, 107 philosophes, c’est impossible (!). De même, les philosophes diront qu’il est du domaine de l’impossible de produire un carré dont la diagonale soit égale au côté, ou un angle solide qui soit environné de quatre angles droits plans (), ou d’autres choses semblables. Mais, maint homme qui ignore les mathématiques et qui ne connaît de ces choses que les simples mots, sans en concevoir l’idée, les croira possibles.
Puissé-je savoir (G) si c’est ici une porte ouverte au gré de tout le monde, de sorte qu’il soit permis à chacun de soutenir, de toute chose qui lui viendrait à l’idée, qu’elle est possible, tandis qu’un autre soutiendrait que, par sa nature même, la chose est impossible ! Ou bien, y a-t-il quelque chose qui ferme cette porte et qui en défend l’entrée, de sorte que l’homme soit obligé de déclarer décidément que telle chose est impossible par sa nature (4)? La pierre de touche par laquelle on doit examiner cela, est-ce la faculté imaginative ou l'intelligence? et comment distinguera-t-on entre les choses de l'imagination et l’intelligible ? En effet, l’homme est souvent en désaccord avec un autre ou avec lui-même sur une chose qui lui semble être possible, et
(1) [l'est évident que l’auteur fait 1c1 allusion à la création du monde ex nihilo admise par les croyants et niée par les philosophes.
(2) Il est démontré que tout angle solide est compris sous des angles plans qui sont plus petits que quatre angles droits. Voy. les Éléments d'Euclide, liv. XI, proposition 21.
(3) L'auteur exprime 1ci l'incertitude qu’il y a dans beaucoup de cas sur ce qui est possible ou absolument impossible, et il se demande si le criterium est uniquement dans l'intelligence, ou s’il réside aussi dans l’imagination. — Les mots ‘vw n'5 N°5 sont loujours rendus inexactement dans la version d’'Ibn-Tibbon par "nn NY, je m'élonne. Al- ’Harizi traduit plus exactement : ny" 7n° 3, de même [bn-Falaquéra : DIN 79 M). Voir Moré ha-Moré, p. 125, et cf. Appendice, p. 153.
(4) C'est-à-dire : y a-t-il quelque chose qui puisse faire cesser le vague et l’indécision, et chaque homme possède-t-il le criterium du possible et de l’impossible ?
qu’il soutient être possible () par sa nature même, tandis qu’on peut objecter () que c’est l'imagination, et non intelligence, qui fait que cette chose paraît possible. Y a-t-1l par conséquent quelque chose qui puisse servir de critérium entre la faculté imaginative et l'intelligence ? et ce quelque chose est-il en dehors de l’une et de l’autre, ou bien est-ce par l'intelligence elle-même qu'on distingue entre lintelligence et ce qui est du domaine de l'imagination ? Tout cela peut donner lieu à des recherches qui mériteraient d’être bien approfondies (%); mais ce n’est pas là le but de notre chapitre. :
Toutefois, 1l est clair que, selon toutes les opinions et tous les systèmes, 1l y a des choses impossibles dont l'existence est inadmissible et à l’égard desquelles on ne peut attribuer de pouvoir à Dieu; mais, s’il est vrai que Dieu ne saurait les changer, il n’y a là de sa part ni faiblesse, n1 manque de puissance, et par conséquent elles sont nécessaires (4) (en elles-mêmes) et ne sont pas l’œuvre d’un agent. Il est clair aussi qu’il ne peut y avoir divergence qu’à l’égard des choses qu’on pourrait, par hypothèse,
(4) Ibn-Tibbon a omis dans sa version les mots : 759% HN D\p'2. La version d'Al-"Harîzi est ici plus exacte : nYwEN MINE SUN 7272 1Y202 IWEN NID NY) 1). Ibn-Falaquéra, Moré ha-Moré, p. 125, traduit de même : N°31 YOUR YIWEN IMINUD ND 1272
1209 SIVEN NN.
(2) Mot à mot: {andis que l'adversaire dit. Get adversaire qui lui fait
des objections est, ou une autre personne (#13 pouin YtN2), ou sa propre âme (nD53 FUININ IN), c’est-à-dire lui-même.
(3) ‘La version d’Ibn-Tibbon est encore ici un peu abrégée. Al-Harizi traduit: D 5y 1p7p7 APN NPD 1bn. Le verbe çaaitml siguifie : aller loin, pénétrer bien avant dans une chose, approfondir une question.
(4) Ibn-Tibbon a ici, nous ne savons pourquoi, rendu le mot “tes par Dpt y nn on; Al-Harizi et Ibn-Falaquéra, L. ç., ont: Da mn:
placer dans chacune des deux catégories M), soit dans celle de l'impossible, soit dans celle du possible. Il faut te bien pénétrer de cela.