CHAPITRE XXXVI
Les commandements que renferme la première classe, à savoir les idées, et que nous avons énumérés dans le traité Yésodé ha-torà (des fondements de la Loi), sont tous clairement motivés. Si tu les examines un à un, tu y trouveras toujours une idée vraie et susceptible d’être démontrée. De même, tout ce qui est stimulation et encouragement à l’étude et à l’enseignement est d’une utilité évidente; car si on n’a pas acquis de science, on n'aura ni vertus pratiques, ni idées saines (). Il est également d’uneutilité évidente d’honorer ceux qui sont les soutiens de la Loi); car s'ils ne sont pas un objet de haute considération (4), on n’écou-
(4) L'infinitif yann n’est pas exprimé dans la version d’Ibn-Tibbon, qui ajoute à sa place les mots 5149 m9 ; Al-Harîzi traduit plus littéralement : DA. pôn 55 MLD PDT SX.
(2) Dans ce passage et dans les suivants, l’auteur parle de certains devoirs relatifs à l’étude de la loi et au respect dû aux savants et aux vieillards. Tous ces devoirs ont été exposés par l’auteur dans son Abrégé du Talmud, ou Mischné Torû, traité Talmud Torû (de l'étude de la loi).
(3) Sur cette expression, voy. le t. II, p. 65, note 3.
(4) Mot à mot : s'il ne leur est pas donné de grandeur dans les âmes (des hommes). Ybn-Tibbon traduit, selon le sens : 215172 \n° N° px 02359) ON 2 ya; AlHarizi traduit plus littéralement : ND EN nie) 7 06 nn.
(era pas leurs paroles, quand ils voudront diriger nos pensées et nos actions. Dans le commandement exprimé par les mots : Lève- Loi devant la vieillesse (Lévit., XIX, 32)0), est contenu aussi le devoir de se conduire avec modestie ).
De cette (première) classe sont aussi les préceptes qui nous ordonnent de jurer par son nom et qui nous défendent de violer le serment, ou de jurer en vain ®). Tout cela à une raison manifeste , et a pour objet le respect dû à la Divinité; car ce sont là des actions qui affermissent la croyance à sa grandeur.
À cette classe appartient encore le précepte d’nvoquer Dieu dans les moments de détresse, ainsi qu'il est dit : Vous ferez retentir les trompettes (Nombres, X, 9)(%); car c’est un acte qui sert à affermir une idée vraie, à savoir que Dieu perçoit notre situation, qu'il dépend de lui de laméliorer si nous lui obéissons, et de la rendre mauvaise si nous lui désobéissons, et qu’il ne faut pas voir en cela l'effet du hasard ou d’un simple accident. Tel est le sens de ces mots : Si vous marchex avec moi “p, dans la voie du hasard (Lévitique, XXVI, 21) ®), ce qu'il faut entendre ainsi :
(1) Selon la tradition rabbinique, le mot vieillesse désigne ici la science, et on recommande par ce passage du Lévitique de respecter et d’honorer les hommes instruits. Déjà dans la version chaldaïque d’Onkelos, les mots DYpn na 2 sont rendus dans le même sens : Opn NONMNS 920" D" 79, lève-loi devant celui qui est versé dans la loi. Cf. Maïmonide, Sépher ha-miçwôth, commandements affirmatifs, n° 209.
(2) C'est-à-dire, d’être modeste et humble devant les hommes âgés ; selon le Talmud, tout vieillard, fût-il païen, doit être un objet de respect, même pour les savants. Voy. Talmud de Babylone, traité Kiddouschin, fol. 32 b; Maïmonide, traité Talmud Torà, chap. vr, $ 9.—Le motar. Sn est rendu dans les deux versions hébraïques par deux mots : n13p) nt#2.
(3) Voy. Deutér., VI, 13; X, 20; Lévit., XIX, 12; Exode, XX, 7.
(4) Cf. Sépher miçwôth, préceptes affirmatifs, n° 59, à la fin, et Mischné Torû, ou Abrégé du Talmud, 1. IH, traité Ta’anîth (du jeûne), CH, 1.
(5) L'auteur prend ici le mot “5 dans le sens de np, hasard, accident; de même Ibn-Ezra et David Kim’hi (Rad. 7739), selon les anciens rabbins : D A1pD 977 020) NON NE NON 2 IDNNE 10122 onnvy ban où. Cf. Mischné Tor, L. e., $ 3.
«Si vous considérez comme un simple hasard ces malheurs que je fais fondre sur vous pour vous punir, j’augmenterai pour vous ce prétendu hasard en ce qu’il a de plus grave et de plus cruel, » comme il est dit : Et si vous marchex avec moï dans la voie du hasard, je marcherai avec vous dans la voie du plus cruel hasard (1b., v. 27-28). En effet, leur croyance que ce n’était là qu’un pur hasard devait avoir pour effet de les laisser, sans retour, persister dans leurs opinions pernicieuses et dans leurs actions impies, comme il est dit : Tu les as frappés, et ils n’en ont point tremblé (Jérémie, V, 8). C'est pourquoi Dieu nous a ordonné de l’invoquer, d’avoir recours à lui (1) et de lui adresser nos supplications dans chaque malheur.
Il est évident que la pénitence appartient également à cette classe, je veux dire qu’elle fait partie des idées qu'il faut admettre pour qu'il puisse exister une société religieuse bien organisée. En effet, il est impossible que l’homme ne pêche pas et ne bronche pas, soit en adoptant par ignorance une opinion ou une conduite qui ne saurait être approuvée, soit en se laissant vaincre par la concupiscence ou la passion. Si donc l’homme pouvait croire que ce mal est à jamais irréparable(®), il persisterait dans son erreur, et peut-être même pécherait-il davantage, n’ayant aucun moyen (de réparation) ; mais, en croyant à la pénitence, il se corrigera et redeviendra meilleur et même plus parfait qu'il n’avait été avant de pécher. C’est pourquoi les actes qui doivent affermir cette idée vraie et très-utile sont nombreux; je veux
(1) Sur le sens du verbe $,#, voy. ci-dessus, p. 258, note 4. Le ms. n° 63 du suppl. hébr. a ici p8n5n, et c’est cette leçon que paraissent avoir suivie les deux traducteurs hébreux; Ibn-Tibbon a 5 pnnnb, et AlHarizi pos.
(2) Mot à mot: qu'il n'y a pas de jonction à celle fracture. L'expression g Mad DA signifie remettre où rejoindre un os fracturé, et au figuré réparer un mal. L'auteur emploie la même locution plusieurs fois; voy. chap. xxu1, p. 172, note 4, et les autres passages indiqués dans cette note.
parler des confessions (1), des sacrifices pour l'erreur) et pour certains péchés commis avec intention, et des jeünes. Ce qui caractérise en général la pénitence pour chaque péché, c’est de s’en détacher; el c’est là ce que cette idée a finalement pour objet. — Toutes ces choses donc (®) sont d’une utilité évidente.