‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 80 sur 117 · CHAPITRE LIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIT

Ce chapitre renferme l'explication du sens de trois mots qu'il est nécessaire d'expliquer; ce sont les mots ’HÉsED (bn), Miscpar (wowt), CEvaka (hpax). Nous avons déjà exposé dans le commentaire sur Abôth que HésEp désigne l'excès dans toutes choses, n’importe laquelle ®); mais il est plus souvent employé pour exprimer un excès de libéralité. On sait qu'étre hbéral se dit dans deux sens : c’est 1° faire le bien à celui à qui on ne doit absolument rien; 2° faire le bien à celui qui l’a mérité, au delà de ce qu'il a mérité. Les livres prophétiques emploient le plus souvent le mot ’HÉsep dans le sens de «faire le bien à celui à qui on ne doit absolument rien »; c’est pourquoi tout bienfait

(1) Mot à mot : par les idées de la Loi qui renferment la perception de son être, tel que Dieu est réellement.

(2) Voy. Commentaire sur la Mischnä, traité Abôth, chap. v, 2 7, où il est dit que le mot ‘Hésen désigne l’exagération ou l'excès, tant du bien que du mal. Comme exemple où le mot =Dn signifie excès du mal, les commentateurs Éphôdi et Schem-Tob citent le passage du Lévitique (xx, 17): Nin SON, où la glose d’Ibn-Ezra porte : n33 n5D\n. Cf. le Dictionnaire de David Kim’hi, à la racine Dñn.

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qui vient de Dieu est appelé "Héseo, comme il est dit : Je rappelle les bienfaits (son) de l'Éternel ({saïe, LXNT, 7). C'est pourquoi aussi tout cet univers, Je veux dire sa production par Dieu, est appelée ’Hésep, comme il est dit : C’est par la bonté divine (=on) que l'univers 4) à été construit (Ps. LXXXIX, 5), ce qui veut dire : la construction de l'univers est un bienfail. Dieu dit encore en énumérant ses attributs : =bn 21, plein de bienveillance (Exode, XXXIV, 6). — Quant au mot CEpaxa, il est dérivé de CéDEx (px), qui désigne l'équité. L'équité consiste à faire droit à quiconque peut invoquer un droit et à donner à tout être quelconque selon son mérite. Cependant, dans les livres prophétiques, on n’appelle pas CEbAKA, conformément au premier sens , l’acquittement des dettes qui l’incombent à l'égard d’un autre; Car si (u payes au mercenaire son salaire, ou si tu payes ta dette, cela ne s'appelle pas CEDAka. Mais ce qu'on y appelle CEDAKA, C’est l’accomplissement des devoirs qui t’incombent à l'égard d’un autre au point de vue d’une bonne morale, comme, par exemple, de soulager celui qui souffre d’un mal quelconque ©). C’est pourquoi il est dit, au sujet du devoir de rendre le gage (Deutér., XXIV, 13): FPT MIN 1, «et cela te comptera pour un acle d'équité; » car si tu marches dans la voie des vertus morales, tu es équitable envers ton âme rationnelle, puisque tu remplis ton devoir à son égard. Toute vertu morale étant appelée Cenara (6), il est dit (Genèse, XV, 6): Et il eut foi en l'Éternel, qui le lui compta comme CEepaxka (vertu), où on veut parler de la vertu de la foi. Il en est de même de ce passage : Ce sera pour nous une CEDAKA (veriu), Si nous avons soin de pratiquer, elc. (Deutér., VI, 25). — Pour ce qui est du mot Miscapar, 1l désigne

(1) L'auteur prend ici le mot b5iy, comme la version chaldaïque, dans le sens d’univers. Cf. 1.1, p. 3, note 2, et ci-dessus, p. 226, note 4, et p. #43, note 2.

(2) Sur l'expression vint 55 vu 23, cf. ci-dessus, p. 172, note 4, p. 276, note 2, et passim.

(3) Ibn-Tibbon traduit : 3 NTpn nt 9259); Al-Harîzi traduit plus exactement : ‘1 1DN 13 5h npaL NNIDI 7233 770 92 MIA.

la sentence convenable prononcée à l'égard de celui qui est jugé, n'importe que ce soit à son avantage ou à son détriment.

En résumé, le mot ’Hésep s'applique à ce qui est une libéralité absolue; CEDAKA se dit de tout bien que tu fais au point de vue de la vertu morale, par laquelle tu perfectionnes ton âme. Enfin, ce qu’on appelle MiscupaT a pour résultat tantôt une punition, tantôt un bienfait. Nous avons déjà exposé, en parlant de la négation des attributs (divins), que tout attribut qu’on donne à Dieu, dans les livres des prophètes, est un attribut d'action (). Ainsi, en tant qu'il donne l’existence à toutes choses . il est appelé Hassip @) (bienfaisant); au point de vue de sa tendresse pour les êtres faibles 8), c’est-à-dire en tant qu’il gouverne les êtres vivants au moyen de leurs facultés, il est appelé Çappik (équitable); enfin, au point de vue des biens relatifs et des grands malheurs relatifs 4 qui surviennent dans l'univers et qui sont un résultat du jugement émané de la sagesse (divine), il est appelé Scaopxer (juge). Ces trois mots se trouvent dans le texte du Pentateuque, par exemple : Est-ce que le 3uGE de toute la terre, etc. (Genèse, XVIIL, 25); il est ÉQUITABLE et juste (Deutér.., XXXII, #); plein de BENvEILLANCE (Exode, XXXIV, 6). En expliquant le sens de ces mots, nous avions pour but de préparer (le lecteur) au chapitre suivant.

(4) Voy. le t. 1, chap. Lui et Liv.

(2) C’est-à-dire, on lui attribue la qualité de Hésen, bonté ou libéralité.

(3) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent en général 5y Dyn, ce qui n’est qu'une faute d'impression pour o“iyn. AlHarîzi traduit plus exactement : pw9nn bp 1n95pn ‘ob.

(4) L'auteur appelle relatifs le bien et le mal qui arrivent dans le monde, parce qu’ils n’existent que relativement aux créatures et accidentellement (voir ci-dessus, chap. x1 et XI); par rapport à Dieu, 1l n’y a ni bien, ni mal, dans le sens absolu.

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