CHAPITRE VE
Quant à l'existence des anges, c’est une chose pour laquelle il n’est pas nécessaire d’alléguer une preuve de l’Ecriture ; car la Loi se prononce à cet égard dans beaucoup d’endroits. Tu sais déjà qu'ÉLonm est le nom des juges (ou des gouvernants) @) ; p. ex. devant les Elohîm (juges) viendra la cause des deux (Exod. xx1r, 9). C'est pourquoi ce nom a été métaphoriquement employé pour (désigner) les anges, et aussi pour Dieu, parce qu'il est le juge (ou le dominateur) des anges; et c’est pourquoi aussi on à dit (Deut. x, 17) : Car l’Eternel votre Dieu, ce qui est une allocution à toutle genre humain; et ensuite: Il est le Dieu des dieux, c’est-à-dire le dieu des anges, et le Seigneur des seigneurs, c’est-à-dire le maître des sphères et des astres , qui sont les seigneurs de tous les autres corps. C’est là le vrai sens, et les mots élohim (dieux) et adonîm (seigneurs) ne sauraient désigner ici des êtres humains G) ; car ceux-ci seraient trop infimes pour
(4) Voy. le t. I, pag. 362, note 2.
(2) Voy. la Ire partie, chap. 11, pag. 37.
(3) Littéralement : Les ELOHIM et les ADONIM ne sauraient étre de l'espèce humaine, c’est-à-dire, en prenant ces mots dans le sens de juges et de dominateurs. -
cela (1); et d'ailleurs les mots votre Dieu ®) embrassent déjà toute l'espèce humaine, la partie dominante comme la partie dominée. — Il ne se peut pas non plus qu'on ait voulu dire par là que Dieu estle maitre de tout ce qui, en fait (de statues) de pierre et de bois, est réputé une divinité ; car ce ne serait pas glorifier et magnifier Dieu que d'en faire le maître de la pierre, du bois et d’un morceau de métal. Mais ce qu’on a voulu dire, c'est que Dieu est le dominateur des dominateurs, c’est-à-dire des anges, et le maître des sphères célestes.
Nous avons déjà donné précédemment, dans ce traité, un chapitre où l'on expose que les anges ne sont pas des corps (3). C’est aussi ce qu'a dit Aristote ; seulement il y a ici une différence de dénomination : lui, il dit /ntelligences séparées, tandis que nous, nous disons anges (). Quant à ce qu'il dit, que ces Intelligences séparées sont aussi des intermédiaires entre Dieu et
(1) C'est-à-dire : les êtres humains, même les personnages de distinction, sont d’un rang trop inférieur pour être mis directement en rapport avec Dieu, et pour qu'on croie glorifier Dieu en disant qu’il est leur juge et leur dommateur. :
(2) Le mot 55 dans plusieurs éditions de la version d’Ibn-Tibbon est une faute; il faut lire D5Y10N.
(3) Voy. la fre partie, chap. xLIx.
(4) Albert le grand, qui combat cette identification des anges avec les Intelligences séparées, dit que c’est là une théorie qui appartient particulièrement à Isaac Israeli, à Maïmonide et à d’autres philosophes juifs : « Ordines autem intelligentiarum quos non determinavimus quidam dicunt esse ordines angelorum, etintelligentias vocant angelos ; et hoc quidem dicunt Isaac et Rabbi Moyses et cæteri philosophi Judæorum. Sed nos hoc verum esse non credimus. Ordines enim angelorum distinguuntur secundum differentias illuminationum et theophaniarum, quæ revelatione accipiuntur et fide creduntur, et ad perfectionem regni cœlestis ordinantur in gralia et beatitudine. De quibus philosophia nihil potest per rationem philosophicam determinare. » Voy. De causis et processu universitalis, liv. I, tract. 1v, cap. 8 (opp. t. V, pag. 563 a). On a vu cependant que les philosophes arabes professent sur les anges la même opinion que Maïimonide. Cf, ci-dessus, pag. 60, note 3.
les (autres) êtres et que c’est par leur intermédiaire que sont mues les sphères, — ce qui est la cause de la naissance de tout ce qui naît(1) , — c’est là aussi ce que proclament tous les livres (sacrés) ; car tu n’y trouveras jamais que Dieu fasse quelque chose autrement que par l'intermédiaire d’un ange. Tu sais que le mot maLAKH (ange) signifie messager ; quiconque donc exécute un ordre est un maldkh, de sorte que les mouvements de l’animal même irraisonnable s’accomplissent , selon le texte de l’Écriture, par l'intermédiaire d’un maläkh, quand ce mouvement est conforme au but qu'avait Dieu, qui a mis dans l’animal une force par laquelle il accomplit ce mouvement. On lit, p.ex. : Mon Dieu a envoyé son ange (MALAKHEH) et a fermé la gueule des lions, qui ne m'ont fait aucun mal (Daniel, vi, 22) ; et de même tous les mouvements de l’ânesse de Ralaam se firent par l'intermédiaire d’un MALAKH. Les éléments mêmes sont nommés MALAKBIM (anges où messagers); p. ex. : Îl fait des vents ses messagers (MALAKHÂW) et du feu flamboyant ses serviteurs. (Ps. civ, 4). Ilest donc clair que le mot MALaAKK s'applique : 4° au messager d'entre les hommes, p. ex. : Et Jacob envoya des MALAKHÎM ou des messagers (Gen. xxx, 3); 2° au prophète, p. ex. : Et un MALAKH de l'Eternel monta de Guilgal à Bokhîm (Juges n, 1); Il envoya un MALAKH et nous fit sortir d'Egypte (Nom. xx, 16); 5° aux Intelligences séparées qui se révèlent aux prophètes dans la vision prophétique ; enfin 4° aux facultés animales, comme nous lexposerons. Ici, nous parlons seulement des anges, qui sont des Intelligences séparées ; et certes notre Loi ne disconvient pas que Dieu gouverne ce monde par l'intermédiaire des anges. Voici comment s'expriment les docteurs sur les paroles de la Loi : Faisons l’homme à notre image (Gen. 1, 26), Eh bien, descendons (1bid. x1,7), où on emploie le
(1) C'est-à-dire, des choses sublunaires qui naissent et périssent : Pour les mots nb 1ND, ce qui est, on lit dans les éditions d’Ibn-Tibbon. N°7 OMDAN SUR, dont le mouvement est; les mss. portent N\7 Lo ce qui est conforme au texte arabe.
pluriel: «Si, disent-ils, il est permis de parler ainsi, le Très-Saint ne fait aucune chose qu'après avoir regardé la famille supérieure (), » Le mot regardé est bien remarquable (2); car Platon a dit, dans ces mêmes termes, que Dieu ayant regardé le monde des intelligences, ce fut de celui-ci qu'émana l’être 6). Dans quelques endroits, ils disent simplément : «le Très-Saint ne fait aucune chose qu'après avoir consulté la famille supérieure (4). » Le mot R‘595 (familia) signifie armée dans la langue grecque (5). On a dit encore dans le Beréschith rabbä, ainsi que dans le Hidrasch Kohéleth, (sur les mots) ce qu’ils ont déjà fait (Ecclésiaste 1, 12) : « On ne dit pas ici wnwy, d l'a fait, mais smwy is l'ont fait; c'est que, s’il est permis de parler ainsi, lui (Dieu) et son tribunal se sont consultés sur chacun de tes membres et l'ont placé sur sa base, ainsi qu’il est dit : à l’a fait, et il l'a établi
(1) Voy. ci-après, note 4. Le mot 55nbt (ayant regardé), sur lequel l’auteur insiste ici particulièrement , ne se trouve ni dans les passages talmudiques que nous indiquons ci-après, ni dans les passages analogues du Beréschîth rabbâ, sect. 8; peut-être cette leçon existait-elle autrefois dans quelque Midrasch qui ne nous est pas parvenu. |
(2) Littéralement : étonne-loi de ce qu'ils disent : ayant REGARDÉ. SÏyN est ici l'impératif, et c’est à tort qu'Ibn-Tibbon a rendu ce mot par l’aoriste NN, je m'étonne. Al-Harizi traduit : MN ty), à faut s'étonner; Ibn-Falaquéra met l'impératif tn (Moré ha-Moré, pag. 86).
(3) Cf. Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 100-102 et p. 253-254.
(4) Voy. Talmud de Babylone, traité Synhedrin, fol. 38 b, et Talmud de Jérusalem, même traité, chap. I. Selon Moïse de Narbonne et d’autres commentateurs, la différence consisterait dans la suppression de la formule 5595, s’il est permis de parler ainsi; mais je crois qu’elle consiste plutôt dans l’emploi du mot consulté, qui n’a pas la même portée que le mot regardé, et qui ne donnerait pas lieu à une comparaison avec les paroles de Platon.
(3) L’auteur veut dire que par les mots ny by nb%5 le Talmud entend l’armée supérieure ou céleste; c’est probablement en faveur du rapprochement qu'il a fait avec certaines paroles de Platon qu’il aime à donner au mot mb une origine grecque, tandis que c’est évidemment le mot latin familia.
(Deutér. xxxir, 6) (1). » On a dit encore dans le Beréschith rabbà: « Partout où il a été dit: ET l'Eternel, c’est lui et son tribunal @).» Tous ces textes n’ont pas pour but, comme le croientles ignorants, (d'affirmer) que le Très-Haut parle, ou réfléchit, ou examine, ou consulte, pour s’aider de l'opinion d’autruiG); car comment le Créateur chercherait-il un secours auprès de ce qu’il a créé? Tout cela, au contraire , exprime clairement que même les (moindres) particularités de l’univers, jusqu’à la création des membres de l’animal tels qu’ils sont, que tout cela (dis-je) s’est fait par l'intermédiaire d’anges; car toutes les facultés sont des anges. De quelle force 4) est l’aveuglement de lignorance, et combien est-il dangereux! Si tu disais à quelqu'un de ceux qui prétendent être les sages d'Israël que Dieu envoie un ange, qui entre dans le sein de la femme et y forme le fœtus, cela lui plairait beaucoup; il l’accepterait et il croirait que c’est attribuer à Dieu de la grandeur et de la puissance, et reconnaître sa haute sagesse &)., En même temps il admettrait aussi que l’ange est un
(4) Voy. Beréschîth rabbâ, sect. 12 (fol. 10, col. b), et le Midrasch de Kohéleth, ou de lEcclésiaste (fol. 65, col. b), où, dans les paroles obscures de l’Ecclésiaste, on considère Dieu comme sujet du verbe smwy, ils l'ont fait.
(2) Voy. Beréschüth rabbä, sect. 51 (fol. 45, col. d). — Le sens de ce passage est celui-ci : toutes les fois que dans l’Écriture sainte on lit (NN) el l'Éternel, sans qu’on puisse rigoureusement justifier l'emploi de la conjonction 1, et, celle-ci indique que l’action est attribuée à la fois à Dieu et aux anges qui composent son tribunal.
(3) Littéralement : qu'il y a là (c.-à-d. auprès de Dieu) langage, — combien est-il au-dessus de cela! — ou réflexion, ou examen, ou consultation et désir de s’uider de l'opinion d'autrui. La traduction d’Ibn-Tibbon, O5 noyn 15 we, n’est pas tout à fait littérale. Les mots n323932n7 58 doivent être placés avant nuy n5Nw N, comme l'ont en effet les mss.
(4) Au lieu de sw, Ibn-Tibbon et Al-Harizi ont lu Sun (avec resch), car ils traduisent l’un et l’autre : ÿ "N1 "9; Ibn-Falaquéra traduit : nwp "ND 7 (Moré ha-Moré, pag. 87).
(5) Plus littéralement : et il y verrait une grandeur et une puissance à l'égard de Dieu et une sagesse de la part du Très-Haut, Dans plusieurs mss.
corps (formé) d’un feu brûlant, et qu'il a la grandeur d'environ un tiers de l’univers entier; et tout cela lui paraîtrait possible à l'égard de Dieu. Mais, si tu lui disais que Dieu a mis dans le sperme une force formatrice qui façonne et dessine ces membres, et que c’est là l’ange, ou bien que toutes les formes viennent de l’action de l’intellect actif et que c’est lui qui est l'ange et le prince du monde dont les docteurs parlent toujours , il repousserait une telle opinion 4); car il ne comprendrait pas le sens de cette grandeur et de cette puissance véritables, qui consistent à faire naître dans une chose des forces actives, imperceptibles pour les sens. Les docteurs ont donc clairement exposé, pour celui qui est véritablement un sage, que chacune des forces corporelles est un ange, à plus forte raison les forces répandues dans l'univers , et que chaque force a une certaine action déterminée, et non pas deux actions. Dans le Beréschîth rabb& on lit: «lla élé enseigné : un seul ange ne remplit pas deux missions, et deux anges ne remplissent pas la même mission @); » — et c’est là en effet une condition de toutes les forces (physiques). Ce quite confirmera encore que toutes les forces individuelles, tant physiques que psychiques, sont appelées anges, c’est qu’ils disent dans plusieurs endroits, etprimitivement dans le Beréschith rabb& : « Chaque jour le Très-Saint crée une classe d’anges, qui récitent devant lui un cantique ets’en vont). » Comme on a objecté à ces paroles un passage qui indiquerait que les anges sont sfables , -— et en effet il a été exposé plusieurs fois que les anges sont vivants et stables, — il a été fait cette réponse, qu'il ÿ en a parmi eux qui
on lit F7p fty sans la conjonction , de même dans les versions d’Ibn-Tibbon et d’Ibn-Falaquéra n5s OU, la grandeur de la puissance, tandis que celle d’Al-Harizi porte DINEN 197.
(1) Littéralement : il fuirait de cela.
(2) Voy. Beréschîth rabbâ, sect. 50 (fol. 44, col. d).
(3) Voy. ibid., sect. T8 (ol. 68, col. a); cf. Ekhû rabbathi, où Midrasch des Lamentations de Jérémie, au chap. HE, v. 22 (fol. 56, col. b), et Talmud de Babylone, traité "Haghigä, fol. 14 a.
sont stables, mais qu'il y en a aussi de périssables 4). Et il en est ainsi en effet; car ces forces individuelles naissent et périssent continuellement , tandis que les espèces de ces forces sont permanentes et ne se détériorent pas (2). — On y dit encore 6), au sujet de l’histoire de Juda et de Tamar : «R. To’hanan dit : Il (Juda) voulut passer outre; mais Dieu lui députa un ange préposé à la concupiscence, » c’est-à-dire à la faculté vénérienne. Cette faculté donc, on l’a également appelée ange. Et c’est ainsi que tu trouveras qu'ils disent toujours : Un ange préposé à telle ou telle chose ; car toute faculté que Dieu a chargée d’une chose quelconque () est (considérée comme) un ange préposé à cette chose. Un passage du Midrasch Kohéleth dit : « Pendant que l’homme dort, son âme parle à l’ange et l’ange aux chérubins 6) ; » ici donc, pour celui qui comprend et qui pense, ils ont dit clairement que la faculté imaginative est également appelée ange et que l’intellect est appelé chérubin (6). Cela paraîtra bien
(1) Voy. Beréchth rabbä, L. c.: n9yn 5w pv ne Susan 582 nt roSnnn nù TANT o9nnt 915; c’est-à-dire, que Micael et Gabriel sont du nombre des princes supérieurs, ou les anges de [re classe, qui ne sont pas passagers comme les autres et qui récitent des cantiques tous les jours.
(2 Sur le mot 5nSn, cf. t. I, pag. 77, note 5.
(3) C'est-à-dire, dans le Beréschîth rabbâ; voy. sect. 85 (fol.75, col. a).
(4) C'est-à-dire, que Dieu a destinée à une fonction physique quelconque.
(5) Voy. le Midrasch Kohéleth (fol. 82, col. a) sur les mots ny ‘2 #5 DWA, car l'oiseau du ciel emportera la voix et l'ailé redira la parole (Ecclésiaste, X, 20): nw235 0 nn jU DINNE HP N2 1 SON NT VD DD25 529 nom 220 SN RS wo w53d own DIN NN ONE 1 D 7 27 ph qu uw nt. CR. Boun dit: Pendant que l’homme dort, le corps parle à l'âme sensible, celle-ci à l’âme rationnelle, celle-ei à l’ange, celui-ci au chérubin, et ce dernier à l'être aïlé, qui est le séraphin; celui-ci enfin emporte la parole et la redit devant celui qui a ordonné, et le monde fut. » Cf. Wayyikra rabbà, ou Midrasch du Lévitique, sect. 32 (fol. 172, col. b).
(6) Selon l’auteur, le Widrasch aurait désigné par l’âme les sens en
beau à l’homme instruit, mais déplaira beaucoup aux ignorants (1),
Nous avons déjà dit ailleurs que toutes les fois que l'ange se montre soûs une forme quelconque, c’est dans une vision prophétique ©). Tu trouves ©) des prophètes qui voient l'ange (4) comme s’il était un simple individu humain; p. ex. : Et voici trois hommes (Gen. xvr, 2). À d’autres, il apparaît comme un homme redoutable et effrayant; p. ex. : Et son aspect était celui d'un ange de Dieu, très redoutable (Juges, xnr, 6). A d’autres encore il apparait comme du feu; p. ex. : Et l'ange de l'Eternel lui apparut dans une flamme de feu (Exode, 11, 2). On a dit encore au même endroit (%): « À Abraham, qui avait une faculté excel-
général, ou, si l’on veut, le sens commun ; celui-ci transmet à l'imagination, appelée ici ange, les impressions reçues, et l'imagination, à son tour, les transmet à l'intelligence, désignée sous le nom de cherubin. Cependant, l’ensemble du passage cité dans la note précédente nous parait peu favorable à cette interprétation , et il est plus probable que les mots ange, chérubin et séraphin désignent ici des êtres supérieurs, intermédiaires entre Dieu et l’homme, Voy. le Yephé loar, ou commentaire de Samuel Yaphé sur le Wayyikrà rabbà, sect. 32, $ 2.
(1) Littéralement : Combien cela est beau pour celui qui sait, mais combien ce sera laid pour les ignorants ! L'auteur veut dire que l’explication qu'il vient de donner du passage du Midrasch sera fortement approuvée par les hommes instruits, mais déplaira beaucoup aux ignorants, qui aimeront mieux prendre les mots ange et chérubin dans le sens littéral et croire à un entretien mystérieux de l’âme avec les êtres supérieurs.
(2) C'est-à-dire, que la forme que le prophète voit n’existe que dans son imagination et n’a point de réalité objective. Voy. la Fr° partie, chap. xLiIx.
(3) Au hieu de MR, quelques mss. portent +3N CS)
(4) Tous les mss. portent D'5N5MÔR au pluriel, et n3N3 avec le suffixe singulier; de même Ibn-Tibbon : w°R NT 19N9 DNA INT.
(5) C'est-à-dire, dans le Beréschüth rabbà; voy. sect. 50 (fol. 44, col. d), où l’on explique pourquoi les messagers célestes apparurent à Abraham comme des hommes (Gen., xvinr, 2), et à Lot, comme des anges (Ibid. REY k:
lente, ils apparurent sous la figure d'hommes; mais à Loth, qui n'avait qu’une faculté mauvaise, ils apparurent sous la figure d’anges. » Il s’agit ici d’un grand Ba 0 relatif au prophétisme, dont on dira plus loin ce qu’il convient (1). — On y a dit encore :
« Avant d'accomplir leur mission, ue se montrèrent comme) des ne : après lavoir accomplie, ils reprirent leur nature d’anges (2 » — Remarque bien que de toute part on indique clai-
(4) Littéralement : et (plus loin) le discours tombera (ou reviendra) sur le prophétisme par ce qu'il convient (d'en dire). — Le mystère qui, selon notre auteur, serait indiqué dans le passage du Midrasch, paraît être celui-ci : que les visions n’ont pas de réalité objective et ne sont que l’effet de l'imagination, et que, plus la faculté imaginative est forte et parfaite, plus les objets qu'on croit voir quittent leur forme vague ét incertaine et s’approchent de la réalité. Abraham donc, vrai prophète et doué d'une grande force d'imagination , voyait devant lui les messagers divins sous une forme humaine bien distincte, tandis que L.oth ne les voyait que sous la forme vague et nébuleuse de ces êtres redoutables et fantastiques , créés par une imagination malade. Les commentateurs font observer que le sens que l’auteur attribue ici au passage du Midrasch paraît être en contradiction avec ce qu’il dit plus loin, au chap. xLv, où, en énumérant les différents degrés des visions prophétiques, il place les visions d’anges au-dessus des visions d'hommes. On peut répondre avec Joseph ibn-Kaspi qu'ici il s’agit d’une distinction dans la nature même de la vision, qui peut survenir à l’homme ou dans l’état de veille, ou dans un songe. Pour Abraham la vision était claire et distincte, tandis que pour Loth elle était confuse : l'un était éveillé, l’autre rêvait ; mais, dans chacune des espèces de visions, l'apparition d’une figure humaine est inférieure à celle d’un ange; c’est-à-dire, la perception d'un être sublunaire est au-dessous de la perception des Intelligences supérieures , appelées anges.
(2) Littéralement : «ils se revêtirent d’angélité. » Dans notre texte nous avons reproduit ce passage du Midrasch tel qu'il se trouve dans tous les mss. ar. et hébr. du Guide. Dans les éditions de la version d’Ibn- Tibbon, on lit Dix D ND. Dans les éditions du Midrasch (L. e.), le passage est ainsi conçu: JW DIN 1N7p pmnow wy Nôw y DNS nb. L'auteur, qui citait ren de mémoire, paraît avoir pris les mots M5N5h ee d’un autre passage, qui, dans le Midrasch, précède le nôtre.
rement que par ange il faut entendre une action quelconque, et que toute vision d'ange n’a lieu que dans la vision prophétique et selon l’état de celui qui perçoit. Dans ce qu’Aristote a ditsur ce sujet, il n’y a rien non plus qui soit en contradiction avec la Loi. Mais ce qui nous est contraire ()dans tout cela, c’est que lui (Aristote), il croit que toutes ces choses sont éfernelles et que ce sont des choses qui par nécessité viennent ainsi de Dieu ; tandis que nous, nous croyons que tout cela est créé, que Dieu a créé les Intelligences séparées et a mis dans la sphère céleste une faculté de désir (qui l’attire) vers elles, que c’est lui (en un mot) qui a créé les Intelligences et les sphères et qui y a mis ces facultés directrices ®). C’est en cela que nous sommes en contradiction avec lui. Tu entendras plus loin son opinion, ainsi que l'opinion de la Loi vraie , sur la nouveauté du monde.