CHAPITRE XVI
Voici un chapitre dans lequel je t’exposerai ce que je pense sur celte question , et ensuite j'alléguerai des preuves sur ce que nous voulons (établir). Je dis donc, au sujet de tout ce que débitent ceux d’entre les Motécallemin qui prétendent avoir démontré la nouveauté du monde, que je n'accepte pas ces preuves et que je ne veux pas m’abuser moi-même en décorant les méthodes sophistiques du nom de démonstrations. Si un homme prétend démontrer une certaine question par des sophismes, il ne fortifie point, selon moi, la croyance à cette chose qu’on cherche, mais, au contraire, il l’affaiblit ct donne lieu à contester la chose ; car . la nullité de ces preuves étant devenue manifeste , l’âme se refuse à croire 4) ce qu’on a cherché à prouver. Mieux vaut encore que la chose sur laquelle il n’y a pas de démonstration reste simplement à l’état de question, ou qu’on accepte (traditionnel lement) ® l’un des deux termes de la contradiction. J'ai déjà rapporté les méthodes par lesquelles les Motécallemin établissent la nouveauté du monde (), et j'ai appelé ton attention sur la critique à laquelle elles donnent lieu. De même, tout ce qu’Aristote et ses successeurs ont dit pour prouver l’éternité du monde n’est point, selon moi, une démonstration rigoureuse; ce ne sont, au contraire , que des argumentalions sujettes à des. doutes graves, comme tu l’entendras (plus loin).
(1) Littéralement : l'âme s’affaiblit dans la croyance de, etc.
(2) Au lieu de 22p", l’un des deux manuscrits de Leyde (n° 18) porte poU ; l’autre (n° 221) a 350
(3) Voy. la [re partie, chap. LXXIV.
Ce que je désire faire, moi, c'est de montrer que la nouveauté du monde, conformément à l'opinion de notre Loi que j'ai déjà exposée, n’est point impossible, et que toutes ces argumentations
‘philosophiques, desquelles 1l semble résulter qu'il n’en est pas
comme nous avons dit (1), — que tous ces raisonnements (dis-je) ont un. côté par lequel on peut les détruire et empêcher qu’on les emploie comme arguments contre nous. Cela étant avéré pour moi, et cette question, — à savoir si le monde est éternel ou créé, — restant indécise ?), j'accepte la solution donnée par la prophétie 6), qui explique des choses auxquelles la faculté spéculative ne saurait arriver ; car nous exposerons que la prophétie n'est pas une chose vaine, même selon l'opinion de celui qui admet l’éternité (du monde).
Après avoir exposé que ce que nous soutenons est possible, je chercherai également, par une preuve spéculative, à le faire prévaloir 4) sur l'autre (opinion); je veux dire, à faire prévaloir l’opinion de la créalion sur celle de l'éternité. J'exposerai que, si nous sommes conduits à quelque conséquence absurde en admettant la création, on est poussé à une absurdité plus forte encore en admettant l'éternité. Et maintenant j’essayerai de présenter une méthode pour détruire les preuves de tous ceux qui argumentent en faveur de l'éternité du monde.