TOM. IL
parfaites de son temps. S'il en avait entendu parler, 1l l’aurait certainement repoussée avec violence ; et si elle lui avait été avérée, 1l se serait trouvé dans une grande perplexité, à l’égard de tout ce qu’il a établi sur cette matière. Ce que j'ai déjà dit plus haut (1), je le répéterai ici : c’est que tout ce qu’Aristote a dit sur les choses sublunaires à une suite logique ; ce sent des choses dont la cause est connue et qui se déduisent les unes des autres, et la place qu’y tiennent la sagesse et la prévoyance de la nature est évidente et manifeste. Quant à tout ce qui est dans le ciel, l’homme n’en connaït rien, si ce n’est ce peu de théories mathématiques (%) ; et tu vois ce qu'il en est. Je dirai, en me servant d’une locution poétique : Les cieux appartiennent à l’Eternel; mais la terre, il l’a donnée aux fils d'Adam (Ps. CXW, 16), c’est-à-dire, que Dieu seul connaît parfaitement la véritable nature du ciel, sa substance, sa forme, ses mouvements et leurs causes ; mais, pour ce qui est au-dessous du ciel, 1l a donné à l’homme la faculté de le connaïtre, car c’est là son monde et la demeure où il a été placé et dont il forme lui-même une partie, Et c’est la vérité; car il nous est impossible d’avoir les éléments (nécessaires) pour raisonner sur le ciel, qui est loin de nous et trop élevé (5) par sa place et son rang; et même la preuve générale qu’on peut en tirer, {en disant) qu'il nous prouve (l’existence de) son moteur, est une chose à la connaissance de laquelle les intelligences humaines ne sauraient arriver (4). Mais,
(1) Voy. ci-dessus, chap. xx1r, p. 179.
(2) Littéralement : l’homme n’en embrasse rien, si ce n’est celle petile dose de mathématiques.
(3) Les verbes masculins 7ÿy23, et R5y, se rapportent au Ciel; le subst. NMDÔSR est du genre commun, et le plus souvent l’auteur met au féminin les ajectifs et les verbes qui s’y rapportent.
(4) La leçon de ce passage est uniforme dans tous les mss., excepté que les mots 35 "in manquent dans l’un des mss. de Leyde (n° 18). La version d Al-Hariîzi s'accorde parfaitement avec la leçon de nos mss. arabes; elle porte : Dpï 5p on nait n55197 NN) NON ON 12 MD D ND UN 27 NY. Ibn-Tibbon ajoute après
fatiguer les esprits avec ce qu'ils ne sauraient saisir, n'ayant même pas d'instruments pour y arriver, ne serait qu'un manque de bon sens et une espèce de folie. Arrêtons-nous donc à ce qui est en notre puissance; mais ce qui ne peut être saisi par le raisonnement, abandonnons-le à celui qui fut l’objet de la grande inspiration divine, de sorte qu'il mérita qu'il füt dit de lui : Je lui parle bouche à bouche (Nom. XIE, 8).
Voilà tout ce que je sais dire sur cette question; mais il est possible qu'un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui a été obscur pour moi. Le plus grand hommage que j'aie pu rendre à la vérité, c’est d’avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité (!) et que je n’avais ni entendu, ni connu de démonstration pour aucune d'elles.