‹ Le guide des égarés;Chapitre 53 sur 93 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Les commandements que renferme la deuxième classe sont tous ceux que nous avons énumérés dans le traité Aboda Zarâ (de l'idolâtrie). Il est évident qu'ils ont tous pour but de nous préserver des erreurs de l'idolâtrie et d'autres idées fausses que l'idolâtrie entraîne avec elle, comme les pronostics, les augures, la sorcellerie, Pincantation (4) et d'autres choses semblables. Quand tu auras lu tous les livres dont je t'ai parlé, tu verras clairement que ce que lu entends appeler magie, ce sont des pratiques exercées par les Casdéens et les Chaldéens (*), et qui étaient surtout fréquentes parmi les Égyptiens et les Cananéens. Ils voulaient faire croire, ou croyaient eux-mêmes que ces pratiques exerçaient une influence miraculeuse ou extraordinaire dans le monde, soit sur un individu, soit sur les habitants d'une ville; tandis que la logique et la raison ne sauraient admettre que les pratiques exercées par les magiciens produisent un effet quelconque <6>, comme, par exemple, quand ils cherchent

(1) Voy. Lévitique, chap. v, v. 5; chap. xvi, v. 21.

(2) C'est-à-dire , pour les péchés commis par erreur. Sur ces différentes espèces de sacrifices , voy. mes Réflexions sur le culte des aucuns Hébreux (Bible de M. Cahen, t. IV), p. 34 et suiv.; Palestine, p. 160 et saiv.

(3) C'est-à-dire, tout ce qui a été énuméré dans ce chapitre, (i) Voy. ci -dessus, chap. xxix, p. 228, note A.

(5) Cf. ci-dessus, p. 239, note 2.

(6) Plus littéralement : mais la logique ne juge pas et la raison ne peut croire que ces pratiques,... produisent quoi que ce soit.

à cueillir (elle plante dans tel moment, ou quand ils prennent telle quantité d'une certaine chose et telle quantité d'une autre chose. Ce sont des procédés très variés, que je résumerai en trois espèces : \° ceux qui se rattachent à un être quelconque, soit plante, soit animal, soit minéral ; 2° ceux qui se rattachent à un temps déterminé dans lequel telles pratiques doivent s'exercer ; 3' certaines actions exercées par les hommes , comme par exemple de danser, do battre des mains, de crier, de rire, de sauter sur une jambe <n, de se coucher par terre, de brûler une certaine chose, ou de faire une certaine fumigation, ou de prononcer certaines paroles intelligibles oti inintelligibles. Telles sont les différentes espèces d'opérations magiques.

Il y a certaines opérations magiques qui ne s'accomplissent quo par la réunion de tous ces actes à la fois. Ils disent , par exemple : On prendra telle ou telle quantité de feuilles de telle plante, au moment où la lune se trouve sous tel signe du zodiaque, à l'orient ou à l'un des autres points cardinaux W; on prendra aussi des cornes de tel animal, ou de ses excréments, ou de son poil, ou do son sang, telle quantité, quand le soleil se trouvera par exemple au milieu du ciel, ou à un autre endroit déterminé; enûn, on prendra tel métal, ou plusieurs métaux, qu'on fera fondre sous l'ascendant de tel signe, au moment où tes astres se trouveront dans telle situation (3); ensuite, on parlera, on dira telle chose, et on fera avec ces feuilles, etc., une fumigation à celte figure de métal, et, par suite de tout cela, il arrivera telle

• (1) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , il manque ici les mots : nriN 3lbin IN , qui se trouvent dans les mss. de cette

version.

(î) Le mot arabe im> clou , est employé quelquefois pour désigner les points cardinaux. Voy. Saumaise, De annis dimac/m'cw (Leyde, 1648), p. 440, et l'addition à cette page, à la fin du volume. Les rabbins emploient dans le même sens le mot

(3) Au lieu de situation, place, quelques mss. ont rap-

port, et de mémo Ibn-Tibbon : -p -py ty; Al-'Harizi traduit:

■p nnyra.

chose. Mais il y a d'autres opérations magiques qui, à ce qu'ils croient, s'accomplissent au moyen d'une seule de ces trois espèces d'actes. Dans la plupart de ces opérations magiques, ils mettent pour condition nécessaire qu'elles soient exécutées par des femmes. Ainsi, par exemple, ils disent que, pour obtenir que l'eau jaillisse, il faut que dix femmes vierges, ornées de bijoux et vêtues de robes rouges, dansent et s'abordent mutuellement, allant tantôt en avant, tantôt en arrière, et montrant le soleil, etc., etc.W; par ce moyen, à ce qu'ils s'imaginent, l'eau jaillira. Ils disent encore que, si quatre femmes, couchées sur le dos, lèvent les jambes en les écartant <*>, et si, dans cette position indécente, elles prononcent telles paroles et font tel acte, la grêle cessera de tomber en ces lieux. Il y a encore beaucoup d'autres de ces absurdités et de ces folies, dont la pratique, selon leur condition expresse, n'appartient qu'aux femmes. Dans toutes les opérations magiques, il faut aussi observer l'état des astres ; car ils prétendent que telle plante est échue en partage à tel astre, et de même ils attribuent chaque animal et chaque minéral à un certain astre W. Selon leur opinion aussi, les pratiques exercées par les magiciens (*) sont une espèce de culte rendu à tel ou tel astre, qui, trouvant plaisir à telle pratique, à telles paroles, ou à telle fumigation, fait pour nous ce que nous désirons.

Après cette observation préliminaire, que tu pourras vérifier en lisant leurs livres qui se trouvent maintenant entre nos mains

(1) Le texte dit mot à mot : et tachtvement de cette longue opération ; l'auteur veut dire qu'on énumère encore beaucoup d'autres actes que ces femmes doivent accomplir et qu'il serait trop long d'énumérer.

(2) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont mpBIDD; selon les niss. et conformément au texte arabe, il faut lire nipDlfîO.

(3) Cf. ci-dessus, p. 226, et ibid., note 6.

(4) Dans quelques mss. ar. on lit inD^N DH^ b^SX* Nrôyfîa tANi par texerciee desquelles s'opère la magie ; et celle leçon a été suivie par les deux traducteurs hébreux ; lbn-Tibbon : ntPJT OnïN DfWJD "ItPN

ijwon anV, Ai-'Harfch rpt^n tojt Dirn*ya m

et que je t'ai fait connaître, écoute ce que je vais dire : Ce qui formait le but et pour ainsi dire le centre de la Loi, c'était la destruction de l'idolâtrie, dont elle voulait faire disparaître la trace; elle ne voulait pas qu'on s'imaginât qu'un astre quelconque pût exercer une influence, nuisible ou bienfaisante, sur rien de ce qui concerne les individus humains, car c'est celte opinion qui a conduit au culte des astres. En conséquence, tout magicien devait être mis à mort (*) ; car le magicien est indubitablement dévoué à l'idolâtrie, quoiqu'il suive des voies particulières et étranges, différentes de celles que suit la foule pour le culte des faux dieux. Or, comme on a mis pour principale condition, dans toutes ces opérations magiques, ou du moins dans la plupart, qu'elles fussent exercées par des femmes, il est dit : Tune laisseras vivre aucune magicienne (Exode, XXII, 17). Ensuite, comme une pitié naturelle empêche les hommes de tuer les femmes, on a dit expressément, en parlant de l'idolâtrie : un homme ou une femme (Deutér., XVII, 2), et on a répété les mots cet homme ou cette femme (ibid.t v. 5), expression qui n'est employée ni au sujet de la profanation du sabbat, ni au sujet d'aucun autre commandement. Ce qui en est la raison , c'est la grande pitié qu'inspirent naturellement les femmes. — Les magiciens attribuaient à leur art une telle efficacité, qu'ils prétendaient, par leurs opérations, pouvoir expulser des campagnes les animaux dangereux W, tels que les lions, les serpents, etc.

(1) Voici la traduction littérale de celte période un peu longue, que nous avons dû couper et dont quelques expressions ont été modifiées : Puisque la tendance de toute la Loi et le pôle sur lequel elle tourne était de faire cesser l'idolâtrie, d'en effacer la trace et (de faire") qu'on ne crût pas d'un astre quelconque qu'il pût être nuisible y ou utile, dans quoi que ce soit des circonstances qui existent pour les individus humains, — car c'était cette opinion qui conduisait au culte des astres, — il fallait nécessairement que le magicien fût mis à mort.

(2) Littéralement: comme les magiciens prétendaient que leur magie était efficace et qu'Us pouvaient par ces opérations expulser, etc. Le complément de cette phrase et des suivantes commence aux mots tiqn^ Pîin

ÏWn filintrO^N, à cause de ces opinions alors généralement répandues.

Ils prétendaient aussi pouvoir, par leur magie, garantir les plantes contre toutes sortes de dangers, et ils avaient par exemple des opérations par lesquelles ils prétendaient empêcher la grêle de tomber, et d'autres qui, disaient-ils, faisaient mourir les vers dans les vignes, afin que celles-ci ne fussent pas détruites. Les Sabiens, dans le livre de Y Agriculture nabatéenne, sont même entrés dans de longs détails sur la manière de tuer les vers des vignes, au moyen de ces usages amorrhéen&i*) dont nous avons parlé. De même, ils prétendaient posséder des opérations pour empêcher les feuilles des arbres et les fruits de tomber. C'est à cause de toutes ces superstitions, alors trèsrépandues, que dans les paroles de V Alliance W il est dit entre autres que le culte des faux dieux et ces opérations magiques, par lesquelles on croyait (3> éloigner ces dangers, deviendraient au contraire la cause de ces malheurs. Il est dit par exemple : Je lâcherai contre vous les bêtes des champs qui vous priveront de vos enfants (Lévit., XXVI, 22); Et y enverrai contre eux la dent des bêtes et le venin des serpents qui rampent dans la poussière (Deutér., XXXII, 24) ; Le grillon dévastera le fruit de ta terre (ibid.t XXVIII, 42}; Tu planteras des vignes, tu les cultiveras^ mais tu n'en boiras pas le vin et tu n'en recueilleras rien, car les vers les rongeront (ibid., v. 59); Tu auras des oliviers sur tout ton territoire, mais tu ne t'oindras pas d'huile, car ton olivier se flétrira (ibid.f v. 40). En somme, en présence de tous

(1) L'expression *ViDNn ^SVt, voies ou usage* des Amorrkiens, est très-usitée chez les rabbins, pour désigner en général les superstitions païennes. Voy., par exemple, MÎ8chnà, IIe partie, traité Schabbâlh,. chap. yi, § 10.

(2) Les mots rnsn nai , paroles de C Alliance, sont empruntés au Deuiéronome, chap. xxvm, v. 69, où ils désignent particulièrement les malédictions contenues dans ce chapitre.

(3) Le texte porte : vous croyez, et la phrase continue dans la forme du discours direct (M3 DDiy TJ>3n). Cf. t. I, p. 283, note 4; t. Il, note 2.

les artifices inventés M par les adorateurs des faux dieux pour en perpétuer le culte, en faisant croire aux hommes que, par ces moyens, on peut écarter certains malheurs et obtenir certains avantages, on a déclaré dans les paroles de V Alliance que, par suite du culte de ces dieux, ces avantages manqueront et ces malheurs arriveront. — Tu comprendras maintenant, ô lecteur! pourquoi l'Écriture a insisté sur ces malédictions et ces bénédictions toutes particulières, contenues dans les paroles de l'Alliance, et les a fait ressortir plus que les autres; tu en sauras donc apprécier la grande utilité

Pour nous éloigner de toutes les opérations magiques, on nous a défendu (en général) de pratiquer quoi que ce soit des coutumes des idolâtres, même de celles qui se rattachent aux pratiques agricoles et pastorales W et à d'autres semblables ; je veux parler de tout ce qu'ils prétendent être utile et qui, selon leur opinion, est seulement du ressort de certaines forces occultes P\ sans être exigé par l'étude de la physique. C'est de cela que l'Écriture dit : Vous ne suivrez point les coutumes de la nation, etc. (Lévit., XX, "23) , et c'est là ce que les docteurs appellent usages des Amorrhéens. En effet, ce ne sont là que les branches de certaines pratiques des magiciens ; car ce sont des

(1) Le verbe (Ve forme), qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, est dérivé de rt^n» ruse, artifice, et signifie inventer un artifice. Le m8s. n° 63 du suppl. hébr. a seul (pour ^j^Xlig, et de même Al-'Harizi : mt nTûy Hniy ntPIVff HO ba, « toui ce que les adorateurs des faux dieux ont imaginé. » Dans ce qui suit, les mss. de la version d'Ibn-Tibbon portent, plus exactemeut que les éditions:

• "m Dicrib di« N»aoi -îyb n-noyn^ nmnjr prnS. Au lieu

de sWi ... yS"D, quelques mss. portent: — yfiin NTON; de

môme Ibn-Tibbon : DW2D1 ••• OTTH DHP.

(2) Il manque ici, dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, le mot njnom qui se trouve dans les mss. el dans l'édition pr inceps.

(3) Le mot VNlibN signifie particularités ou propriétés, et désigne ici les prétendues forces secrètes que les magiciens faisaient agir; ce mot a été rendu dans la version d'Ibn-Tibbon par nVinVOM niPDril niVuDi"!.

choses qui ne ressorlent point du raisonnement physique, et qui conduisent aux opérations magiques, lesquelles, s'appuyant nécessairement sur l'astrologie, aboutissent à faire glorifier les astres et à leur faire rendre un culte <f). Les docteurs disent expressément : « Tout ce qui se pratique comme remède médical n'est pas considéré comme usage des Amorrhéens ($) ; » ce qui veut dire : Tout ce que l'élude de la physique exige est permis, mais les autres pratiques sont défendues. C'est pourquoi, après * avoir dit; « L'arbre dont les fruits tombent, on le charge de pierres et ou le marque de craie rouge, » on fait à cette pratique l'objection suivante : « Quant à le charger de pierres, c'est afin que sa séve diminue W ; mais pourquoi le marquer de craie rouge? rte. » Il est donc clair par là qu'il serait défendu de le marquer de craie rouge, ou de faire toute autre chose semblable dénuée de raison parce que ce seraient là des usages amorrhéens. De môme, au sujet du « fœtus des animaux sacrés qui doit être enterré W, » on dit : « Il n'est pas permis de le suspendre à un arbre, ni de l'enterrer dans un carrefour, parce que ce sont là des usages amorrhéens. » De là, on peut conclure sur d'autres cas analogues <6). Tu ne seras pas choqué

(1) Il faut effacer, dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, le mot oODYlbï qui est de trop et qui ne se trouve pas dans les mss. de cette version.

(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Sckabbath, fol. 67 a.

(3) Car, comme le dit la glose de Raschi, sa trop forte sévo est cause que ses fruits tombent. Voir les Additions et Rectifications.

(4) Mot à mot : que le raisonnement n'exigerait pas. Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, on a ajouté le mol ^Jjaisn, qui ne se trouve pas dans les mss. de cette version.

(5) Voy. Mischnâ, Ve partie, traité 7/u//w, chap. iv, § 7. Les commentateurs disent que les magiciens avaient coutume d'enterrer le fœtus dans un carrefour, croyant par là préserver l'animal d'un nouvel avortemenl.

(6) Dans les mss. de la version d'Ibn-Tibbon, on lit ici, conformément au texte ar.ibe, les mots pp^n niryn HT bjn, qui manquent dans les éditions. Al-'Harizi a -i^D rvnn m bjfl.

de certaines choses qu'on a permises , comme par exemple le clou du pendu et la dent du renard car dans ces temps-là on considérait ces choses comme éprouvées par l'expérience. Elles entraient donc dans la catégorie des médicaments, delà même manière que, chez nous, on suspend la pivoine sur l'épileplique, ou comme on emploie les excréments d'un chien contre les enflures du gosier, et les fumigations de vinaigre et de " marcassite W contre les tumeurs dures des tendons '3) ; car tous les remèdes qui, comme ceux-ci, sont éprouvés par l'expérience, quoiqu'ils ne soient point rationnels, il est permis de les employer, et ils entrent dans la catégorie des médicaments au même titre que les remèdes purgatifs (*). Il faut le bien pénétrer,

(1) Voy. Mischnâ, traité Schabbath, chap. vi, § 10, et Talmud de Babylone, môme traité, fol. 77 a. On croyait, par superstition, que le clou qui avait servi à la pendaison pouvait servir de remède contre la fièvre tierce, ou contre une enflure. La dent d'un renard vivant était considérée comme remède pour éveiller l'homme d'un profond assoupissement; la dent du renard mort, au contraire, passait pour remède contre l'insomnie. C'est pourquoi les talmudistes permettaient de sortir avec ces objets le jour du sabbat.

(2) Encore maintenant, on attribue dans certaines contrées des propriétés médicales à la marcassite ou pyrite. Voy. Déterville, Dictionnaire d'Histoire naturelle , art. Marcassite. Les Arabes paraissent aussi désigner par ce nom le bismuth, anciennement nommé ttain de glace.

(3) Le mot ruorY^M, que non» traduisons par tendons, est trèsdouteux. Plusieurs mss. ont nfcOrt^N (pluriel de pustula parva, tuberculum), et c'est probablement cette leçon qu'avait Ibn-Tibbon, qui traduit ce mot par rvODH, et dans quelques mss. par rYDJyn, mot qui, comme l'arabe t/^i*. signifie également pustule, tumeur (cf. Buxtorf, lex. talmud., au mot tfrojy). Le ms. n° 18 de Leyde a

pubes, muliebria, ou plur* de genou) ; c'est cette leçon qu'avait Al-'Harîzi, qui traduit: COI^n n0î6 NrVffplMI fOiru WpnVl

(4) Plus littéralement : et se rattachent à la manière de purger par les purgatifs. Ibn-Tibbon a ainsi paraphrase ces mots : bltfbtP jnjD amil D^fftoDn pODTT; AI-'llariii : mtoteon nuwin huwv

ô lecteur ! des observations remarquables que je viens de faire, et les garder dans ta mémoire : car elles seront un bandeau gracieux autour de ta tête et un collier autour de ton cou (Proverbes, 1, 9).

Quant à la défense de se raser les coins de la chevelure et de la barbe, nous avons déjà exposé dans notre grand ouvrage que c'était là une coutume des prêtres idolâtres (*>. C'est par la même raison qu'on a défendu les tissus de matières hétérogènes ; car c'était la coutume des prêtres idolâtres de réunir, dans les étoffes qui leur servaient de vêtement, les matières végétales et animales, et de porter en même temps dans la main un sceau fait d'un minéral quelconque. Tu trouveras cela textuellement dans leurs écrits.

C'est encore pour la même raison (d'idolâtrie) qu'il est dit : La femme ne portera pas d'armure d'homme, et l'homme ne mettra pas de vêtement de femme (Deutér., XXII, 5). Tu trouveras cela dans le livre de Tomtom t*), qui prescrit qu'un homme, en se présentant devant la planète de Vénus, soit vêtu d'un habit de femme bariolé, et qu'une femme se couvre d'une cuirasse et d'armes de guerre en se présentant devant Mars. Celte défense,

(1) Voy. Mischné Torâ ou Abrégé du Talmud, liv. I, traité Abodâ Zara, cbap. xn, § 7.

(2) Voy. ci-dessus, p. 840, note 1. Maimonide, comme on voit, explique le mot ^3 du texte du Deutéronome dans le sens d'armure, suivant en cela l'opinion d'Onkelos, dont la version cbaldaîque porte pt ppn, et qui est aussi celle de Josèphe (Antiquités, liv. IV, chap. vm, § 43) et de certains docteurs du Talmud (traité Naztr, fol. 59 a) ; cf. Mischné Torâ y traité de l'Idolâtrie, cbap. xn, § 10. Voy. aussi Selden, De Diis Syrw, Syntagma II, chap. îv; Spencer, DeLeg. rilual. hebrœorum, lib. II, chap. xvn (édit. de Cambridge, in-fol., p. 406 et suiv.). Milius, Dùsertationes selectœ (Lugd. Bat., 1743, in-4°), dissert. De Commutalione vestium, p. 202 et suiv., prend le mot dans le sens de vêtement. Quoi qu'il en soit, il s'agit ici d'un usage idolâtre. Voy. Macrobe, Salurnalia, \. III, chap. vm : « Philocborus quoque in Athide eanidem (venerem) affirmât esse luoam, et ei sacrificium facere viros cum veste muliebri, mulieres cum virili, quod eadem et mas îesiimatur et lemina. »

je crois, a encore une autre raison : c'est qu'une telle action excite les passions el conduit à toutes sortes de débauches.

Quant à la défense de tirer un profit quelconque des idoles, la raison en est très-claire ; car quelquefois, en les prenant pour les casser, on pourrait les conserver et elles pourraient devenir un piège. Lors même qu'on les aurait brisées et fondues, ou qu'on les aurait vendues à un païen, il serait défendu de faire usage du prix qu'on en aurait retiré. Ce qui en est la raison, c'est que souvent le vulgaire voit dans les choses accidentelles des causes essentielles; ainsi, par exemple, tu trouveras souvent tel homme qui dit que, depuis qu'il habite (*î telle maison, ou depuis qu'il a acheté telle béle de somme, ou tel meuble, il s'est enrichi et a acquis une grande fortune, cl que ces objets ont été pour lui une cause de bénédiction. 11 pourrait donc se faire qu'une personne, dont le commerce, par hasard, serait devenu florissant, ou qui aurait gagné beaucoup d'argent par ce prix (des idoles), vit dans ce dernier une cause, s'imaginant que la bénédiction attachée au prix de cette statue vendue a produit ce résultat. Elle professerait, par conséquent, une croyance que la Loi tout entière s'est efforcée de combattre, ainsi que cela résulte de tous les textes du Pentateuque. C'est encore pour la même raison qu'il est défendu de tirer profit des ornements qui couvrent un objet de culte ainsi que des offrandes ou des vases de l'idolâtrie^, afin que nous soyons préservés de celle

(1) Les versions d'Ibn-Tibbon et d'AI-'Harizi ajoutent ici le mol 'yibfii de sorte qu'il faudrait traduire : « depuis qu'un tel habile, etc. » Le lexte arabe, conforme dans tous les mss., n'admet pas cette traduction.

(2) Par exemple , des ornements d'un animal auquel il est rendu un culte. Voy. Deutéronomc , chap. vu, v. 25, et Talmud de Babylone, traité Temourâ, fol. 28 b; traité Aboda Zarâ, fol. 51 b. Cf. Maïmonide, Sépher miçwoth, préceptes négatifs, n° 22.

(3) Voy. le Sépher miçwoth ,/.<:., n° 25, et Mùchné Torâ, liv. I, trailé AbodaZarâ, chap. vu, § 2. Cf. Talmud de Babylone, traité Maccôlh, fol. 22 o.

opinion erronée, car, grande était en ces temps-là la croyance aux astres; on croyait qu'ils faisaient vivre ou mourir, et que tout bien et tout mal venaient d'eux. C'est pourquoi la Loi, pour Aire plus sûre de faire cesser une pareille opinion, a employé les symboles d'Alliance W, l'invocation de témoins W, les adjurations énergiques et les imprécations dont nous avons parlé (3) ; et Dieu nous a averti de ne rien prendre de ce qui appartient aux idoles, ni d'en tirer aucun profit, et il nous a fait savoir que, si la moindre chose du prix qu'on en retirerait se mêlait à la fortune d'un homme, elle amènerait la perle et la ruine de cette fortune. Tel est le sens de ces paroles : Tu n'introduiras pas d'abomination dans ta maison, afin que tu ne sois pas, comme celle-ci, un objet iïanathhne, etc. (Deulér., VII, 26); à plus forte raison, ne doit-on pas croire qu'il y ait dans cette chose une bénédiction. Si donc tu jKwrsuis en détail tous les commandements relatifs à l'idolâtrie, tu trouveras qu'ils ont évidemment pour raison de faire cesser ces opinions pernicieuses et de diriger ailleurs nos pensées (*).

Ce que nous devons encore faire remarquer, c'est que les auteurs de ces opinions fausses, sans fondement, ni utilité, cherchent (5) à les faire admettre et à les affermir, en répandant

(0 Allusion à la circoncision souvent appelée Alliance (cf. Talraud, traité Nedartm, fol. 32 a), au sang de l'Alliance (Exode, xxiv, 8), aux paroles de l'Alliance (Deutéronome, xxvni, 69, et xxix, 8).

(2) Allusion au passage où le ciel et la terre sont invoqués comme témoins des menaces prononcées contre Israël. Voy. Deutéronome, iv, 26, et xxxi, 28.

(3) Voy., par exemple, Deuléronome, xxix, 18 à 20, cl les passages déjà cités par l'auteur (ci-dessus, p. 281).

(4) Mol à mot : et de s'en éloigner y vers un autre côté. Tous nos mss. porlenl : i5h *pD ^Nî la version d'Ibn-Tibbon, jnriNn nypTt "TJ?, correspondrait, en arabe, aux mots rptàx ^N.

(5) Le verbe NlbKniV signifie proprement : ils emploient une ruse ou un moyen; Ibn-Tibbon le traduit par deux verbes : nbunn Iffjn ID^JT. La particule (yH, qui précède le verbe, est explétive, et a ici le sens de l'adverbe lutin ulique,- Ibn-Tibbon n'a pas rendu celte particule.

parmi les hommes que celui qui n'accomplirait pas tel acte servant à perpétuer telle croyance, serait frappé de tel ou tel malheur. Cela peut par hasard arriver un jour accidentellement à quelque individu, de sorte que celui-ci voudra accomplir l'acte en question et admettra la croyance dont il s'agit. On sait qu'il est dans la nature des hommes, en général, d'éprouver la plus grande crainte, la plus violente terreur, de la perte de leur fortune et de leurs enfants. C'est pourquoi, dans ces temps-là, les adorateurs du feu proclamèrent que celui qui ne ferait pas passer par le feu son fils et sa fille (*), verrait mourir ses enfants. Cette croyance absurde eut indubitablement pour effet que chacun s'empressait d'accomplir l'acte en question, à cause de la grande commisération et de la crainte qu'il éprouvait pour le sort de ses enfants ; d'autant plus que cet acte était peu de chose et très-facile , car on ne leur demandait autre chose que de les faire passer par le feu W. Ajoutons à cela que le soin des jeunes enfants est confié aux femmes, et on sait combien cellesci se laissent promptement impressionner (3), et quelle est en général la faiblesse de leur intelligence. C'est pourquoi la Loi s'est élevée fortement contre cet acte et l'a flétri avec plus d'énergie que les autres espèces d'idolâtrie, (en employant ces mots) : Pour souiller mon sanctuaire et pour profaner mon nom

(1) Voy. Deutéronome, chap. xvm, v. 10.

(2) Selon Maïmonide, le culte de Moloch consistait, non pas i brûler les enfants, mais seulement à les faire passer entre deux feux, comme cérémonie de luslration; voy. son commentaire sur la Mischnà, IV* partie, traité Synhédrin, chap. vu, § 7, et MUchné Tort, liv. I, traité de ['Idolâtrie, chap. vi, § 3. L'interprétation de Maïmonide est d'accord aveo celle du Talmud, traité Synhédrin, fol. 64 b. Cependant, il y a des rabbins qui disent qu'on brûlait les enfants en les jetant dans les bras d'une statue de bronze rougi e par le feu. Voy. Yatkout, sur Jérémie, vu, 31 (t. Il, n° 277), et cf. Palestine, p. 91.

(3) Le mot qu'a ici le texte arabe, est inexactement rendu, dans la version d'Ibn-Tibbon , par ^yi bïb D^ttOn TOKH; Al- •Harwi traduit plus exactement : ïDI b& mtyfij OnVH niYHDV

saint (Lévit., XX, 3); ensuite le (prophète) véridique a fait savoir, au nom de Dieu, que bien qu'en accomplissant cet acte ils croient prolonger la vie de leurs enfants (*), Dieu fera périr ceux qui agissent ainsi et détruira leur race : Moi, dit-il, je mettrait) ma face contre cet homme et contre sa famille, etc. (tbid., v. 5). Sache que les traces de cet acte, si répandues dans le monde, se sont conservées jusqu'à ce jour. Tu peux voir les sages-femmes prendre les petits enfants dans les langes, jeter dans le feu de l'encens d'une odeur peu agréable et agiter les eufants sur cet encens, (en les tenant) au-dessus du feu. Cela est indubitablement une manière de faire passer par le feu, dont la pratique n'est point permise. Tu vois, par conséquent, combien les auteurs de cette idée ont usé de malice en la perpétuant à l'aide d'une chimère W, de manière que, malgré l'opposition que lui fait la Loi depuis des milliers d'années, sa trace ne s'est pas encore effacée.

Les partisans de l'idolâtrie en ont agi de même à l'égard des biens (4). Ils ont prescrit de consacrer à l'objet de leur culte <5) un certain arbre, à savoir Vaschérâ (6>, et d'en prendre les

(1) Littéralement : cette chose que vous faites, afin que, par cet acte, les enfants vivent, etc. Sur l'emploi de la conjonction jn avec la phrase directe, cf. ci-dessus, p. 281, note 3. Au lieu de nilbysn, quelques mss. ont ntttyfîS à la 3» personne. De même, Ibn-Tibbon (dans les mss.) TTTW3T et Al-'Harizi : ton.

(2) Au lieu de UN TIDVÏ, plusieurs mss. ont incorrectement Tinil UN; Ibn-Tibbon et Al-'Harizi : WUV Cf. ci-dessus, p. 132, note 1.

(3) Littéralement : Regarde par conséquent la malice de l'auteur de cette opinion, et comment il Va perpétuée par celle chimère; c'est-à-dire, eu faisant croire que cette pratique superstitieuse est nécessaire pour la conservation de la race.

(4) C'e&t-à-dire : ils ont prescrit d'autres observances superstitieuses, sous prétexte qu'elles contribuaient à la conservation des biens.

(5) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent : fV'M 7VTVV "1T1N ; il faut lire comme l'ont plusieurs mss., conformément au texte arabe : TOyD1^. Al-'Harizi traduit : HTN HVW

(6) Voy. ci-dessus, p. 234, note 4.

290 TfiOISlfe*E PARTIE. — CHAP. XXXVII.

fruits, dont une partie serait employée en offrandes, et dont le reste serait mangé dans le temple de l'idolâtrie, ainsi qu'ils l'ont exposé dans les rites de Vaschérâ. Ils ont prescrit d'en agir de môme des premiers fruits de tout arbre dont les fruits servent de nourriture, je veux dire d'en employer une partie en offrandes, et d'en consommer une autre partie dans le temple de l'idolâtrie; et ils ont aussi répandu celte croyance que tout arbre, dont le premier produit n'aurait pas été employé à cet usage, se dessécherait, ou perdrait ses fruits, ou produirait peu, ou serait frappé de quelque autre malheur, de môme qu'ils ont répandu l'idée que tout enfant qu'on n'aurait pas fait passer par le feu mourrait. Les hommes donc, craignant pour leurs biens, s'empressaient d'en agir ainsi. Mais la Loi (divine) s'éleva contre une pareille idée, et Dieu ordonna de brûler O tout ce que l'arbre fruitier produirait dans l'espace de trois années ; car il y a des arbres qui produisent au bout d'une année, d'autres qui portent leurs premiers fruits après deux ans, et d'autres enfin qui ne produisent qu'après trois ans. C'est là ce qui arrive le plus fréquemment quand on plante, comme on a généralement coulume de le faire, de l'une des trois manières connues, qui sont la plantation, le provignement et la greffe W. On n'a pas prévu le cas où quelqu'un aurait temè un noyau ou un pépin ; car les dispositions de la Loi ne se rattachent qu'aux cas les plus fréquents (3), et la plantation, en Palestine, donne les premiers produits, au plus tard, au 1>out de trois ans. Dieu nous a donc promis que, par suite de la perte et de la corruption de

(1) Le texte biblique (Lévitique, xix, 23) ne dit pas précisément qu'il faille brûler ce que l'arbre produit dans les trois premières années. Mais, selon la tradition, il est ordonné de détruire complètement ce produit et il est défendu de l'employer à un usage quelconque. Voy. Taltuud de Babylone, traités PettCMm, fol. 22 b; Baba Kamma, fol. 101 a. Dans la Miscbnâ (V* partie, traité Temourâ^ chap. vu, § 5), ce produit, appelé nViy, est compté parmi les choses qu'il faut brûler.

(2) Cf. Miscbnâ, 1" partie, traité Schebitth, chap. n, § 6.

(3) Voy. ci-dc.-sus, chap. xxxiv.

TR0IS1EMK PARTIR. — CHAP. XXXVII. Î9i

ce premier produit, l'arbre produirait (Taillant plus, comme il est dit : Afin qu'il vous multiplie son produit (Lévit., XIX, 25) ; et il nous a ordonné de consomner le fruit de la quatrième année devant l'Éternel (•), par opposition à l'usage de consommer les premiers fruits W dans le temple de l'idolâtrie, comme nous l'avons exposé.

Les anciens idolâtres rapportent encore, dans l'Agriculture nabatéenney qu'on laissait tomber en putréfaction certaines substances qu'ils énumèrent, en observant l'entrée du soleil dans certains signes de l'écliptique et en se livrant à de nombreuses opérations magiques. Ils prétendaient que chacun devait faire ces préparatifs, et que chaque fois qu'on plantait un arbre fruitier, on devait répandre autour de l'arbre, ou à la place même qu'il devait occuper, une portion de ce mélange putréfié; parce moyen (disaient-ils), l'arbre pousserai! promptement et porterait des fruits dans un délai beaucoup plus court que de coutume. C'est là, ajoutent-ils, un merveilleux procédé, du genre talismanique (3>, et un des procédés magiques les plus etïicaces pour hâter la production des fruits dans tout ce qui peut en produire. Je t ai déjà exposé combien la loi a eu horreur de toutes ces opérations magiques; c'est pourquoi elle a interdit tout ce que les arbres fruitiers produisent pendant trois ans, à partir du jour do leur plantation. Il n'est donc pas nécessaire d'en hâter la production, comme ils le prétendent; car, en Syrie, la plupart des

(1) Voy. Lévitique, chap. xix, v. 24. Le terme yyi désigne, chez les lalmudistes, le fruit d'une plantation dans la quatrième année; voy. Mischnâ, 1" partie, traité Maaser Schéni, chap. v, § 4 etsuiv. Dans le verset que nous venous d'indiquer, les mots i*^ D^lbn î£Hp» un objet sacré de louanges à C Éternel % sont expliqués par les rabbins dans ce sens, que le fruit de la quatrième année doit être consommé, comme la seconde dime, dans le lieu ou se trouve le sanctuaire central.

(2) Sur le sens du mot nbiy, prépuce, voy. p. 204, note 4.

(3) Littéralement : qui suit le cours des talismans, c'est-à-dire qui apparlient au genre des talismans; car ce procédé est en rapport avec les constellations et en réclame l'influence. Cf. le t. I, p. 281, note 1.

arbres fruitiers, selon le cours de la nature, produisent parfaitement leurs fruits au bout de (rois ans, sans qu'il faille avoir recours à celle fameuse opération magique qu'ils employaient. Pénèirc-toi bien aussi de celte observation remarquable.

Une autre opinion , très-répandue dans ces temps-là et que les Sabiens ont perpétuée, c'est qu'au sujet de la greffe des arbres de différentes espèces, ils prétendaient qu'en opérant sous l'ascendant de telle constellation, en faisant telle fumigation et en prononçant telle invocation, au moment de greffer, le produit de cette greffe sera très-utile à divers égards. Ce qu'il y a de plus notoire sous ce rapport, c'est ce qu'ils ont dit, au commencement de r Agriculture, au sujet de la greffe de l'olivier sur le citronnier. Pour ma part, je ne doute pas que le Livre des médicament», supprimé par Ezéchias (f\ n'ait renfermé des choses semblables. — Ils disent encore que, si l'on veut greffer une espèce sur une autre espèce, il faut qu'une jeune Bile, en tenant dans sa main la branche qu'on veut greffer, se livre à un homme d'une manière honteuse dont on donne la description, et qu'au moment où ils accomplissent cet acte, la femme greffe la branche sur l'arbre (*). Cet usage était sans doute très-

(1) L'auteur fait allusion à un passage du Talmud de Babylono (traité lierakoth, fol. 10 6, traité Pcsa'htm, fol. 56 a), où il est question de plusieurs mesures prises par le roi Ézéchias et approuvées par les sages, et notamment de la suppression d'un certain Livre de Médicaments. Ailleurs, Maïmonide parle plus explicitement de ce livre, qui, selon lui, renfermait des remèdes talismaniques. Voy. le Commentaire sur la Mischnà, II» partie, traité Pesa'htm, chap. iv, § 9, où l'auteur combat aussi l'opinion de quelques commentateurs, qui prétendent que ce livre fut supprimé parce qu'on lui accordait une tiop grande confiance et qu'on u'invoquait plus le secours de la Providence. Voy. la glose de Raschi sur les deux passages lalmudiques, et le commentaire de Kimchi au IIe liv. des Rois, chap. xx, v. 4, où le livre en question est attribué à Salomon. Cf. Josèpbe, Antiquités, liv. VIII, chap. 2, § 5.

(2) Ce singulier procédé est aussi indiqué par Ibn-al-Awam, d'après Ibn-Wa'bschiyya. Voy. le Livre de C Agriculture dlbn-al-Awam , traduit de l'arabe par M. Clément-Mullet, 1. 1 (Paris, 1864), p. 464 Dans une .

répandu, de sorte que personne n'en agissait autrement; d'autant plus qu'on y trouvait la volupté de l'amour jointe à l'appât des bénéfices (*). C'est pourquoi on a défendu le mélange de deux espèces, c'est-à-dire la greffe d'un arbre sur un arbre d'une autre espèce afin de nous tenir éloignés de tout ce qui peut donner lieu (3) à l'idolâtrie, ainsi que de leurs amours abo-

note, p. 467, le savant traducteur s'exprime en ces termes : « La citation d'Ibn-al-Awam n'est pas complète, mais elle est plus étendue que celle de Malmonide. Nous l'avons trouvée, croyons-nous, complète dans le ms. de la Biblioth. imp., n° 884, fol. 82 r°, oii elle est donnée sous la rubrique d'IbnVYahschiah, c'est-à-dire d'après l'Agriculture nabaléenne. Nous pensons intéresser nos lecteurs en reproduisant ce passage tel que le donne le ms.; mais à cause des détails qu'il contient, il nous a paru convenable de le donner en latin. « Dixit Ibn- Wuhschiah : Qui arborem « in aliénant inserere voluerit, for m osa m et eximiae pulchritudinis vir- « ginem adeat. Hanc manu adductam, juxta arborem quam in anirao « est inserere, consistera jubeal. Ramoque insitionis abscis<o, et ad « inserendam arborem allato, virgineque juxta hanc semper stante, « fissuram aperial. Tune virginem togâ exuens, suoque ipse vestimento « rejecto, temporis puncto eodem cum recta stante muliere coeat; ita « ut rami insitio et actus venereus una congruant, neenon cura m « habeat ille ut seminis emissio in ipsa insitionis fine fiât, nec virginem « nisi peracla insitione relinquat. Quse si praegnans evaserit, arborem « aiunl, alieni rami suavem odorera et eximium saporem integros obti- « nere, sin minus nil nisi parum ex istis. Eodem modo agere debuerit, < qui pi ru m in citrum inserere lentaverit ut cilri colorem eximiumque « saporem obtineat. Virgo libente sit animo assenliens vique nulla « coacta. »

(1) C'est-à-dire , des avantages qu'on espérait retirer de la greffe.— Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , le mot nitymn est évidemment une faute ; plusieurs mss. ont rtmnn , ce qui correspond mieux au mot arabe yntô^N, le désir, la concupiscence. La version d'AI-

'Harizi porte: onn mtyirû m«nn oy.

(2) Selon la tradition rabbinique, comme on va le voir, la défense de la greffe est comprise dans ces mots du Lévilique, chap. xix, v. 19: lu nememenceras pas ton champ d'espèces diverses. Voy. Malmonide, Séphtr Miçivôth, préceptes négatifs, n°* 215 et 216.

(3) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, il faut lire rfl2DO, au lieu de rvUDD, qui n'est qu'une faute d'impression.

iiM TROISIÈME I>AKT1E. — CHAP. XXXVII.

minables et contre nature. C'est à cause de la greffe (fî qu'il est défendu de réunir ensemble deux espèces, n'importe de quelle plante, et môme de les approcher l'une de l'autre. Si tu examines ce que la tradition talmudique dit sur ce commandement tu trouveras que, selon la loi écrite, la greffe est en tout lieu punissable du châtiment corporel (3), car c'est elle que la défense a eu principalement en vue, tandis que les mélanges de semences hétérogènes, je veux dire leur rapprochement, n'est défendu que dans la Terre-Sainte (*>.

Il est aussi dit expressément, dans cette Agriculture, qu'on avait coutume de semer ensemble l'orge et le raisin ; car on croyait que ce procédé pouvait seul faire prospérer la vigne. C'est pourquoi la Loi a défendu le mélange de la vigne (avec d'autres plantes), et a ordonné de brûler le tout(5) ; car toutes les coutumes des gentils, auxquelles on attribuait certaines propriétés occultes, étaient interdites, lors môme qu'elles ne renfer-

(1) C'est-à-dire , à cause des usages abominables qui, chez les païens, avaient lieu pour la greffe.

(2) La version d'Ibn-Tibbon porte : niîîOn DNT CHTM ^ntrntt'S. Al-'Harîzi traduit plus exactement : "ïiobro nONBf HO p13nn8f31 niSÎQn. Sur le mot npB, voy. t. I, p. 7, note 1.

(3) Par le terme pplb (vapulant), les talmudistes désignent ceux qui sont passibles de la peine des coups de lanière (mp^D), pour avoir transgressé les défenses légales de certaines catégories exposées dans la Mischnà, traité Maccoth, chap. m.

(4) Voy. Talmud de Babylone, traité Kiddouschin, fol. 39 a; et Maïmoitide, Mischnè Tord, liv. VII, Irailé Kilaïm , chap. i, §§ 1 et 5.

;5) Voy. Deuléronom", chap. xxn, v. 9; Mischnà, lre partie, traité Kilaïm, chap. vin, § 1; Talmud de Babylone, traité Kiddouschin, l. c.\ Maïmonide, Misehné Torâ, liv. V, traité Maakhaloth asourôlh , chap. 10, § 6. Dans le passage du Dcutéronome, les mots tflpn jS» afin que {le tout) ne soit prohibé, sont expliqués par quelques docteurs, en jouant sur les mots, par ipin ffî, c'est-à-dire, «atin que le tout ne soit condamné à être brûlé dans le feu, comme tout ce qu'il est défendu «remployer à un usage quelconque. » Voy. Talmud de Babylone, traité Kiddouschin, fol. 50 b; Maïmonide, Misehné Torà, liv. VII, traité Kilnitn, chap. v, § 7. Cf. Mischnà, traité Temourâ, chap. vu, § 5.

niaient aucune trace d'idolâtrie, comme nous Pavons exposé au sujet de ce passage des docteurs : « 11 n'est pas permis de le suspendre à un arbre, etc. (f). » Toutes ces coutumes, appelées usages des Amorrhéens, ont élé interdites, parce qu'elles entraînent à l'idolâtrie. Si (u examines leurs coutumes relatives à l'agriculture, lu trouveras que dans telle culture ils se tournenl vers telles étoiles, et dans telle autre vers les deux, luminaires (le soleil et la lune). Souvent ils fixent, pour les semailles, le moment des ascendants (do certaines constellations), font des fumigations, et celui qui plante ou sème se promène en cercle; il y en a qui croient devoir faire cinq tours pour les cinq planètes (2), d'autres croient en devoir faire sept pour les cinq planètes M et les deux luminaires. Ils prétendent qu'il y a dans tout cela des vertus particulières, très-utiles pour l'agriculture, afin d'attacher les hommes au culte des astres. C'est pourquoi on «i interdit en général toutes ces coutumes des gentils, comme il est dit: Vous ne suivrez point les lois de la nation, etc. (Lévil., XX, 23); et ce qui était très-connu ou très-répandu, ou ce qui était expressément désigné comme une espèce de culte idolâtre, a été l'objet d'unedéfenso particulière, comme par exemple les premiers produits des arbres, le mélange de semences hétérogènes et le mélange de la vigne (avec d'autres plantes). Ce

(1) Voy. ci-dessus, p. 283, et ibid., note 5.

(2) Par le mot c^l>à (p'- ^e on désigne en général des étoiles scintillantes , qui se distinguent des autres par leur grand éclat. Ici, il s'agit évidemment des cinq planètes, en dehors du soleil et de la lune. Ibn-Tibboo traduit : DniKOn W "ote DTTWDn D^DH ntraib. Le même mot est employé aussi au commencement du livre Khozari, dans le sens de planète : jrQ^pVi nKTlbMI "JN^fîNbN *lp , les forces des sphères, des planètes et des signes du zodiaque ; la traduction de R. Juda ibn-Tibbou, o^Tim mbtom D^Aan ITTO, n'est pas d'une exactitude rigoureuse.

(3) Au lieu de ftODDb^i un seul de nos mss. (ancien fonds hébr., ir* 230) a ftyaoW; Ibn-Tibbon : w "U?N OTTOOn nyDffb

obbzi onworr.

qu'il y a d'étonnant, c'est l'opinion de rabbi Yoschiâ relative au mélange de la vigne, et qui est admise comme décision doctrinale, à savoir « qu'on n'est coupable qu'à condition d'avoir semé, d'un seul jet, du froment, de l'orge et des pépins de raisin (*>. » Sans doute, il avait lu quelque part que ce procédé avait pris son origine dans les usages des Àmorrhéens.

Il est donc clair et hors de doute que les tissus de matières hétérogènes, les premiers produits des arbres et le mélange de semences diverses, n'ont été défendus qu'à cause du paganisme, et que lesdiles coutumes païennes ont été interdites parce qu'elles entraînent à l'idolâtrie, comme nous l'avons exposé.

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