CHAPITRE V
Le séminariste dissimulé.
Autant la franchise est aimable, autant la dissimulation est odieuse. L'une dilate et gagne les cœurs, l'autre les resserre et les rebute.
La dissimulation, blâmable chez tout le monde, l'est plus particulièrement encore chez le séminariste. En effet,
si quelqu'un a besoin d'être connu à fond , surtout de ses supérieurs, c'est assurément l'élève du sanctuaire qui marche vers le sacerdoce, sans savoir, bien souvent, l'immense étendue des engagements redoutables qu'il se dispose à contracter. Aussi croyons-nous devoir prier, supplier, conjurer instamment nos jeunes amis des séminaires de ne se point réfugier dans une mystérieuse dissimulation, mais de s'épancher hbrement et sans réticence sur l'importante affaire de leur vocation.
Au reste, ce n'est pas seulement pour cette grande affaire que nous voulons les prémunir contre les mauvais effets de la dissimulation j c'est aussi pour qu'étant mieux connus, on puisse leur donner des conseils plus appropriés à leurs besoins spirituels, et travailler plus efficacement à l'extirpation des défauts auxquels ils sont sujets. Cela dit, venons au fait.
Le séminariste dissimulé craint par-dessus tout d'être découvert et bien connu. Il ne manifeste que ce qu'il lui est impossible de cacher, et ce qu'il cache est précisément ce qu'il importerait le plus de faire connaître. Il passe un temps considérable au séminaire sans que ses supérieurs sachent un peu nettement ce qu'il est. Ils ne savent bien positivement qu'une chose, c'est qu'il est renfermé, cacheté, scellé à triple sceau, en un mot dissimulé.
Les autres élèves montrent dès les premiers jours leur fort et leur faible ; celui-ci ne laisse transpirer ni son fort ni son faible; il ne montre qu'un certain je ne sais quoi mixte, indécis, embarrassé, mystérieux, qui laisse toujours supposer un abîme recouvert.
Ses lèvres sont habituellement serrées , son regard craintif et sa démarche étudiée : on voit qu'il est perpétuellement en observation et sur la défensive comme en pays ennemi.
11 dépasse en prudence le serpe.iit le plus lusé. S'il dit un mot, c'est après en avoir pesé minutieusement toutes les conséquences possibles ; encore semble-t-il courir après (juand il l'a proféré, comme s'il crai^^nait de voir, par ce mot, son secret tiahi.
Quand on l'inierroge, il est sur les épines; la réponse se fait attendre, et en attendant qu'il l'ait suftisamment élaborée, il en fait une provisoire qui ne dit rien, sinon qu'il ne veut rien dire de net et de précis. On a beau revenir à la charge et le presser vivement de répondre ad rem-^ plus on insiste, plus il est sur ses gardes, croyant que l'ennemi le poursuit et le serre de près.
Ses actes sont calculés comme ses paroles : craignant toujours de se compromettre, il ne s'en permet aucun qui puisse révéhr ses dispositions intimes. S'il est, en apparence du moins, exact, pieux et régulier, on ne veut pas supposer l'hypocrisie et Ton tâche de se persuader qu'il est mystérieux par timidité : cependant, même alors, sa dissimulation ne laisse pas ses supérieurs sans quelque inquiétude. Mais si son exactitude, sa régularité et sa piété se démentent assez souvent; s'il ne donne que des signes équivoques de vocation , et si tous les moyens qu'on emploie pour obtenir des indices positifs laissent toujours subsister le mystère ; alors les supérieurs se trouvent à bout de voie -, leur zèle, leur charité, leur expérience et leurs pieuses industries restent sans effet, lis délibèrent entre eux sur cette vocation cachée, et chaque membre du conseil ne dit de lui que ces mots : Je ne le connais pas. Conçoit-on l'embarras qu'occasionne cette dissimulation?
La timidité peut être sans doute la cause originelle de ce défaut; mais l'hypocrisie peut tout aussi bien en être le principe; car enfin tout le monde sait que l'hypocrite est foncièrement dissimulé. De là des inquiétudes dans l'es-
prit des supérieurs de séminaires sur le point si grave de la vocation, où les lumières les plus vives sont parfois à peine suffisantes pour dissiper toute crainte.
Nous ne voulons pas croire que le séminariste à qui nous parlons ici porte cette habitude du déguisement jusqu'aux pieds de son confesseur. Toutefois il est à craindre que, glissant sur sa mauvaise pente, il ne retienne au fond de sa conscience certains doutes, certains embarras et même certains péchés graves et nombreux de sa vie passée qu'il importerait de faire connaître , se rassurant sur ce qu'il en a reçu l'absolution d'un confesseur du monde dont il connaissait l'excessive indulgence.
Le séminariste dissimulé ne l'est pas seulement à l'égard de ses supérieurs; il l'est encore à l'égard de ses condisciples. Eux-mêmes ne peuvent pas se flatter de le bien connaître : toujours engagé dans la voie des réticences, il les met à bout par son faux épanchement et ses demi-confidences. Aussi sa société est-elle pour eux sans attrait. Ce n'est pas pourtant qu'il suspecte famitié que quelques-uns lui témoignent, mais il craint de leur part des révélations imprudentes, et tout ce qui s'appelle révélation le fait frémir.
Le monde lui-même et quelquefois ses propres parents lui reprochent, comme on le fait au séminaire, ce mauvais fonds de dissimulation qui les rebute et qu'ils voudraient voir remplacé par un heureux ensemble d'aimable franchise et de naïve candeur, qui gagnerait sur-le-champ leur confiance et leur affection.
Nous n'osons pas affirmer que tout homme dissimulé soit un menteur; mais il en a souvent la réputation, et cette réputation, ce sont ses réponses évasives et entortillées qui la lui méritent. Du reste, rien ne touche de plus près au mensonge que la dissimulation; on pourrait
même diro qu'elle est une espèce de duplicité habituelle et permanente. Or il est bien rare qu'on ne blesse pas souvent la vérité quand on veut absolument et toujours la tenir cachée.
Mais c'en est assez sur les caractères de ce défaut; voyons-en maintenant les effets.
Vous croyez peut-être, jeune lecteur, que la dissimulation ne peut guère avoir de conséquences très-graves chez un prêtre engagé dans le saint ministère. Détrompez-vous en voyant l'avenir qu'elle vous réserve.
Si, d'abord, vous êtes appelé comme vicaire au sein d'une paroisse, au lieu de vous présenter à votre curé, avec prudence et quelque réserve sans doute, mais en même temps avec un air de franchise et de bonne simplicité, vous vous tiendrez renfermé dans votre mystère habituel, parlant peu, méditant beaucoup, regardant de côté, rarement en face, et craignant, en articulant chaque mot, de prononcer votre condamnation.
Le premier jour peut-être, votre curé attribuera vos réticences à la timidité ; mais quand il verra que le second jour est semblable au premier, et le troisième aux deux autres, alors il dira sans balancer : Je le vois, c'est un vicaire dissimulé qui m'arrive. Puis les idées de duplicité, d hypocrisie, de déguisement, de ruse et même de fourberie se croiseront péniblemeni dans son esprit et le mettront, lui aussi, sur la défensive envers vous.
S'il était par hasard dissimulé lui-même, vous seriez l'un devant l'autre comme deux statues voilées, ou, si nous osions employer cette autre comparaison , comme deux fioles enveloppées dont il est impossible de lire l'étiquette. Dès lors, point d'ouverture, point de confiance réciproque, point d'avertissements charitables, point d'épanchement
amical, et, par une suite nécessaire, ministère sans consolation, et souvent peu fertile.
Si, au contraire, votre curé est franc et ouvert, ne trouvant point chez vous ce retour de confiance qu'exige celle qu'il voudrait vous accorder, il restera sur son terrain et vous laissera sur le vôtre. Perpétuellement en état de défiance à votre égard , il vous fera payer cher la malheureuse dissimulation qu'il vous reprochera, et qui lui déplaira d'autant plus que la franchise sera sa vertu favorite. De Là encore, absence d'harmonie, de communications mutuelles, de conseils utiles, de cordiale entente, c'està-dire de tout ce qui assure le plein succès du ministère paroissial.
Si. vous avez un autre vicaire pour collègue , ce sera la même chose. S'il est dissimulé comme vous , vous vous rendrez peu de services et vous encourrez tous les deux la désaffection de votre curé. Mais si votre collègue est aussi franc que vous le serez peu , c'est sur lui que s'épancheront les faveurs et les prédilections de votre curé, ce qui vous inspirera des sentiments d'aigreur contre l'un et de jalousie contre l'autre. Ne concevez-vous pas l'inconvénient qu'il y a à exercer le saint ministère, quand on est en désaccord avec ceux qui en supportent le poids?
Plus tard, devenu curé vous-même, vous mettrez vos vicaires à la torture ; vous leur cacherez, quelquefois sans motif, une foule de détails qu'il serait important de leur faire connaître pour la bonne administration de la paroisse; vous leur refuserez vos charitables conseils; vous les laisserez en mille circonstances dans l'embarras de savoir s'ils ont bien ou mal agi ; vos avertissements euxmêmes, si vous en hasardez quelques-uns, seront équivoques, embarrassés et incapables d'opérer le bien qu'ils produiraient s'ils étaient donnés avec rondeur et clarté. Pas
«l'iianiioiiie, pas de cuncert , pas de sympatliie réciproque, et par conséquent, ministère restreint et peu fécond en fruits de salut.
Si vous êtes membre d'une administration dont le per- ?«.onnel soit plus nombreux que celui d'une cure, d'un collège, par exemple, d'un petit ou d'un grand séminaire, les mêmes inconvénients se reproduiront encore. Si vous êtes membre subalterne, vous serez dissimulé à l'égard de votre chef, et peut-être fomenterez-vous des coteries contre lui avec vos collègues : au lieu de l'éclairer sur des mesures qu'il aura tort d'adopter, vous le critiquerez dans l'ombre et vous vous réjouirez de ses échecs. Si vous êtes chef vous-même , vous isolerez vos collègues par le peu de confiance que vous leur témoignerez ; vous les dégoûterez par votre excessive réserve; vous assumerez sur vous-même et sur vous seul la responsabilité dune administration à la gestion de laquelle il serait souvent trèsavantageux d'employer le concours de tous les membres qui la composent.
Mais revenons au ministère ordinaire.
Jouirez -vous, du moins, d'une pleine confiance parmi les paroissiens? Nullement. S'il est une vertu que le monde estime, surtout chez ses pasteurs, c'est la franchise, c'est l'affabilité , le tendre épanchement d'un père dans le sein de ses enfants chéris. Otez ces qualités au bon François de Sales, et vous lui ôterez par là même la source la plus abondante de ses succès. Quand donc, au lieu d'être franc, affable, ouvert et paternel, vous vous montrerez habituellement défiant, mystérieux et dissimulé, vous n'attirerez personne et vous rebuterez tout le monde. La dissimulation a toujours pour compagnes la froideur et la sécheresse.
Si, quoique habituellement on vous évite, on vient
pourtant vous trouver pour vous entretenir de quelque affaire, vous outre-passerez les bornes de la prudence; vous craindrez à l'excès de vous compromettre, vous hésiterez, vous biaiserez , vous flotterez avec indécision entre deux avis opposés, et au lieu d'éclaircir les choses, vous les embrouillerez davantage, faisant dire de vous cette phrase banale : Vraiment , avoc cet homme-là on ne sait ce qu'on pêche.
Vos pénitents eux-mêmes se plaindront de vos réticenc'es. Au lieu de répondre franchement à leurs consultations : Est , est; non, non, selon le conseil de Jésus qui aimait tant la simplicité, vous ne direz ni est, ni non, et vous laisserez les consciences dans un état pénible^ dangereux même au point de vue du salut.
Dans les rapports sociaux ordinaires, votre dissimulation se fera sentir encore. Pour être, autant que possible, de Tavis de tout le monde, vous cacherez la vérité comme vous pourrez pour ne point la violer rigoureusemerit parlant; et avec ces précautions, vous laisserez croire, sur la même affaire, aux uns que vous êtes pour, aux autres que vous êtes contre, selon le goût de chacun; ce qui, venant h être connu, vous fera une triste réputation de finesse et de duplicité.
Vous vous obstinerez à ne pas reconnaître que la finesse et la franchise se combattent, et vous vous applaudirez secrètement d'être fin, quand on vous blâmera de l'être beaucoup trop.
En somme, vous n'aurez point ces allures franches, nettes, précises et bien dessinées que tout le monde estime, et, sans être heureux vous-même, vous mécontenterez tout votre entourage.
Comment méditer ces considérations et ne pas se dé-
terminer à suivre les règles qui vont être tracées pour détruire la dissimulation et acquérir la franchise?
— La première de ces règles consiste à se bien connaître et à se dire franchement, si réellement il en est ainsi : Oui la dissimulation règne en moi. Malheureusement on a peine à se faire cet aveu. L'homme dissimulé, qui se cache à tout le monde , se cache souvent à ses propres yeux. Étudiez-vous donc, mon enfant, étudiez-vous à fond et priez Dieu qu'il vous éclaire.
— Pour que celte étude vous soit profitable, rappelez vos souvenirs et demandez-vous si quelquefois et souvent même on ne vous a pas reproché de manquer de franchise. Jamais on ne fait ce reproche à celui qui a un caractère ouvert. Voyez donc si Ton ne vous a pas dit en diverses circonstances : Vous biaisez, vous louvoyez, on ne peut rien vous arracher, ou autres choses équivalentes. Si cela est, soyez sûr que la franchise n'est pas chez vous une vertu dominante et que vous avez, sur ce point, plus d'une réforme à opérer.
— Voyez aussi comment vous traitez une affaire, surtout quand elle est un peu délicate. Examinez si vous n'allez pas au delà de ce que demande une prudence raisonnable, et si, dans ces circonstances, votre esprit n'est pas continuellement occupé à trouver des expédients, à exagérer ce qui est vrai, à dissimuler ce qui ne l'est pas, à échapper aux embarras par des subtilités et des fauxfuyants, et môme à tendre des pièges aux personnes qui traitent avec vous. Rien de tout cela ne se trouve chez l'homme franc et loyal; il n'en a pas même la pensée : d'où vous devez conclure que la franchise et la loyauté ne sont pas probablement vos qualités distinctives, si vous agissez habituellement comme il vient d'être dit.
— Considérez encore comment, en général^ vous traitez la vérité. Avez-vous horreur de tout ce qui la blesse? Le mensonge, même léger, vous semble-t-il odieux? Vous rendez-vous le témoignage que, en dehors des considérations de la foi , la simple pensée de commettre un mensonge fait violence au principe de droiture naturelle que vous sentez en vous? Puissiez-vous répondre affirmativement à ces questions! Mais, au lieu de cette exquise délicatesse en ce qui touche la vérité , ne la violez-vous pas sans scrupule? Un léger mensonge n'est-il pas à vos yeux une bagatelle? N'êtes-vous pas du moins dans l'habitude de cacher, de déguiser, d'entortiller, d'exagérer ou d'atfaiblir la vérité selon vos petits intérêts, vous applaudissant comme d'une victoire d'avoir parfaitement suivi votre fil dans le labyrinthe de vos inextricables stratagèmes ? Tous ces tours et détours, n'en doutez point, sont les enseignes de la dissimulation.
— Ce défaut reconnu, vous devez vous appliquer à le combattre. Pour cela, convainquez-vous profondément de cette vérité , que vous gagnerez le respect, l'estime et l'affection des peuples par la franchise et la loyauté; ce qui n'aura jamais lieu, quelles que soient d'ailleurs vos autres qualités , si vous méritez qu'on vous reproche la ruse, la finesse et la dissimulation.
— Renoncez à tous vos petits mystères sur des bagatelles; et quand la prudence et la discrétion n'y mettront pas obstacle, révélez-vous hardiment et sans contrainte.
— Quand vous avez la tentation d'employer un mot obscur ou de donner un certain tour équivoque à ce que vous allez dire, évitez ce déguisement et allez droit au fait sans artifice et sans ambages.
— Si l'on vous interroge , faites une réponse précise et catégorique. Habituez- vous même à ne la pas faire trop
longtemps attendre, comme un homme qui cherche des expressions propres à déguiser sa pensée.
— Soyez rond en affaires; dites nettement : Cela est ou cela n'est pas; sacrifiez pUitot vos intérêts que la vérité; ne l'immolez pas surtout au vain plaisir de triompher plutôt par la finesse que par le bon droit.
— Cultivez l'humilité, et ne craignez pas d'avouer naïvement quelques-unes de vos petites misères. C'est très-souvent la vanité qui fait le fond de la dissimulation.
— Si quelquefois, malgré l'emploi de ces moyens, vous vous surprenez encore dans la feinte et le déguisement et que l'on vous en fasse un reproche, ayez le courage d'en faire l'aveu. Cet acte d'humilité sera béni de Dieu et contribuera puissamment à la destruction de votre défaut.
— Corrigez même, s'il se peut, votre extérieur. Donnez à votre regard quelque chose de fixe et d'assuré ; qu'il ne soit jamais faux, oblique ou embarrassé, mais direct et décidé. Que l'ensemble de vos traits soit calme, ouvert et remarquable par un air bien prononcé de candeur et d'épanchement.
— Consultez quelques condisciples, vrais modèles de franchise; ouvrez-vous à eux sans réticence; dites leur ce que vous êtes et ce que vous voulez ne plus être, et priezles de vous aider de leurs bons conseils et de ne vous rien passer.
— Adressez-vous surtout à vos supérieurs, non pas seulement en confession ou en direction, mais dans des entretiens particuliers. Révélez-vous à eux avec confiance et abandon. Armez-vous de courage et dites-leur sans crainte ce que naturellement vous auriez le désir de leur laisser ignorer : cet acte de franchise sera, n'en doutez pas, une victoire éclatante remportée sur la dissimulation.
— Pas de mystère surtout en ce qui touche, directemnjl
ou indirectement, à la vocation. Dites-vous à vous-même : Je veux que mes supérieurs me connaissent, et je ne veux pas qu'ils m'admettent aux saints ordres si je ne mérite pas d'y être admis, vous rappelant ces mots terribles du di\in Sauveur : Qui non intrat per ostium^ sed ascendit albmde, ille fur est et latro.
— Faites pendant longtemps votre examen particulier sur la dissimulation, et punissez-vous sévèrement des. fautes dont vous \ous reconnaîtrez coupable à cet égard.
— Prenez pour modèles Jésus, iMarie, Joseph, saint Vincent de Paul et saint François de Sales qui étaient si simples, si candides, si ouverts et si communicatifs dans leurs paroles, leurs actes et toute leur conduite.
— Enfin gardez-vous de confondre la dis>imulation avec la prudence. La prudence est une vertu, trop souvent violée sans doute par les ecclésiastiques; mais la dissimulation, de Taveu de tout le monde, est un défaut et même un vice. Elles diffèrent donc essentiellement l'une de Fautre.
L'homme prudent et franc tout à la fo^s, retient ce qu'il ne peut pas dire; l'homme dissimulé déguise ce qu'il pourrait révéler sans le moindre danger ou même avec avantage.
L'homme prudent dit nettement : Je ne puis pas m'expliquer à cet égard, et l'on respecte son secret; Ihomme dissimulé a l'air de vouloir s'expliquer, quoique, parle tait, il ne s'explique point, et chacun dit : Il manque de franchise.
L'homme prudent souffre d'être obhgé de taire quelquefois ce que naturellement il voudrait pouvoir dire; 1 honnno dissimulé se réjouit d'avoir parfaitement enveloppé sa pensée.
L'homme prudent est franc par habitude^ et réservé par l'xception : l'honimo dissimulé l'est toujours: et lors même
que, par exception, il doit être réservé, on ne lui sait aucun gré fie sa réserve, habitué que l'on est h. le voir constamment dans les voies tortueuses de la dissimulation.
A l'œuvre maintenant, mon enfant; gagnez désormais les cœurs par la franchise et la sincérité, comme vous les avez resserrés jusqu'ici par la feinte et l'artifice. Amen,