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CHAPITRE IV

Le fervent séminariste.

Ordinairement, avant d'entrer au séminaire , le séminariste fervent était déjà fervent. Dans le monde, dans sa famille, dans le petit séminaire, il édifiait par sa haute piété qui ne se démentait jamais^ et qui chaque jour, au contraire, se fortifiait au lieu de s'affaiblir : le titre de saint lui était généralement décerné.

L'origine de sa piété remonte souvent jusqu'à sa première enfance. Une mère solidement chrétienne cultiva soigneusement son âme, et d'heureuses dispositions à la piété favorisèrent cette culture.

Imitateur des saints, les frivolités du jeune âge eurent pour lui peu d'attrait; il se prêtait au jeu plutôt par complaisance que par inclination, et quand il pouvait suivre son goût, il se plongeait dans les livres ou allait au pied de Tautel épancher son cœur dans le cœur de Jésus , et édifier les âmes saintes qui ne se lassaient point d'admirer sa ferveur. C'était un autre Jean, l'apôtre vierge et le disciple bien-aimé du Sauveur.

Quelquefois cependant la haute piété du fervent séminariste ne date pas de si loin. Des orages ont précédé la sérénité de sa vertu. Victime des mauvaises compagnies, triste jouet d'une imagination bouillante , il a fait des écarts, et de fougueuses passions Font entraîné dans plus d'un précipice. Ces précipices, il s'en est arraché. Depuis longtemps il a reconnu sa misère; il l'a déplorée dans l'amertume de son cœur, et une éclatante conversion qui a frappé tout le monde, l'a rattaché à Dieu par des liens indissolubles. C'est Pierre après sa chute regagnant par la ferveur de son repentir les bonnes grâces de son divin Maître.

Mais n'y a-t-il de séminaristes fervents que ceux dont nous venons de parler? Une vertu, incomplète dans le monde, ne devient-elle pas quelquefois une vertu fervente au séminaire? Communément, ce n'est pas peut-être ce qui a heu ; mais pourtant cela n'est pas assurément sans exemple. Oui, l'on en voit qui n'étaient que bons dans le monde, et qui, dans le séminaire, deviennent excellents. Quand cela arrive , hâtons-nous de le dire , c'est presque toujours dès le début qu'on s'en aperçoit. Nous doutons fort que les plus anciens directeurs aient vu souvent cette heureuse transformation s'opérer dans la seconde ou la troisième année du séminaire. Nous le répétons, c'est au début que cela se remarque. Déjà bien disposé, quoique

n'ayant qu'une vertu ordinaire, un nouveau séminariste se sent parfois subitement frappé de la grâce et se livre à des réflexions sérieuses qu'il n'avait jamais faites. Le monde qui l'étourdissait^ des amis folâtres qui le dissipaient, de vains plaisirs qui attiédissaient son âme; tout cela le retenait dans l'étage inférieur d'une vertu médiocre. Mais quand la majesté imposante du séminaire Ta saisi; quand la solitude, faisant le vide dans son âme, Ta placé sous le regard de Dieu; quand il a entendu la parole grave et pénétrante de ses vénérables supérieurs; quand il a ftût connaissance avec de pieux condisciples , modèles achevés de vertus sans tache ; quand il a subi l'heureux joug d'un règlement salutaire , et que la chaîne des exercices spirituels l'a enlacé ; alors une vive lumière s'est faite autour de lui , il a vu les vérités éternelles sous un jour tout nouveau , et le sacerdoce lui apparaissant dans un avenir prochain avec son effrayante sublimité, il s'est dit à lui-même : Locus in quo stas, terra sancta est : puis-je être trop parfait pour devenir le ministre de Dieu et le dispensateur des mystères de Jésus-Christ? Non certes; jamais au contraire je ne serai aussi saint que je le dois être;

voguons donc à pleines voiles vers la perfection Et il a

quitté la nacelle des bons pour prendre place dans celle des parfaits.

Telles sont les dispositions préliminaires de ceux que nous appelons fervents séminaristes. Voyons maintenant le détail de leur conduite.

Nous ne parlerons point de la vocation de ces pieux élèves ni des mille moyens qu'ils emploient pour s'assurer qu'elle est ce qu'elle doit être. Si, comme nous l'avons vu, le bon séminariste se met en règle sur ce point si important, que ne doit pas faire celui qui puise ses lumières et ses inspirations dans une piété beaucoup plus avancée ?

S'il aborde le séminaire , c'est parce qu'il a la certitude morale que Dieu l'y appelle.

Le fervent séminariste aime le séminaire avec une sainte passion. Rien ne lui manque dans ce lieu de délices : de bons supérieurs, de pieux condisciples, l'éloignement du monde, la vie de retraite, la règle, le genre d'occupation, le mélange si bien combiné de l'étude et des exercices spirituels : tout est selon ses goûts, et jamais il n'a joui sur la terre d'une paix semblable à celle que Dieu lui procure.

Souvent son cœur déborde, et de douces larmes, furtivement répandues, trahissent l'ineiîable bonheur dont son âme est inondée. C'est à lui que s'appliquent ces belles paroles de l'Imitation : Ibi (in silentio et quiète) ïnvenit fluenta lacrymarum, quibus singidis noctibus se lavet et mundet , ut Conditori suo tanto familiarior fiat, quanta longiùs ab omni seculari turmdtu degit.

Nous avons connu un jeune homme qui entra au séminaire sans se laisser arrêter par la considération du brillant avenir que le monde lui promettait. Le jour de son entrée il était très-soufffrant, et cependant dès qu'il eut mis le pied dans son humble cellule, si diiïérente de sa chambre du monde , il ouvre sa fenêtre, tombe à genoux, regarde le ciel avec transport et s'écrie dans la ferveur de son enthousiasme : a 0 mon Dieu! me voici donc enfin » dans le séminaire!... Que je suis heureux. Seigneur, » que je suis heureux ! Soyez béni, mon Dieu, soyez éter- » nellement béni !.. . » Et des ruisseaux de larmes s'échappaient de ses yeux.

A la différence des mauvais , des tièdes et même des bons séminaristes, celui qui est fervent regrette chaque jour qu'il voit s'écouler, parce qu'il voudrait que l'heureux temps de son séminaire ne s'abrégeât jamais. Ce n'est pas

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