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SUE LE STYLE DIPLOMATIQUE. O

viction; enfin, on doit soutenir l'attention en sachant se restreindre et conclure. En un mot, bien dire dnnf! l'ordre convenable tout ce qui doit être dit, et rien an delà, tel est le grand art du diplomate.

Nous répéterons à satiété qu'on ne saurait trop recommander aux rédacteurs d'actes et offices diplomatiques d\tnir à la précision des idées la propriété des termes et la concision du style. Les circonlocutions, les épithètes oiseuses, les expressions ambitieuses ou recherchées, les longues périodes, les hors-d'œu\Te, les lieux communs, sont plus particulièrement malvenus dans les écrits de ce genre, où tout étant grave et important doit marcher simplement et directement au but. 1)

Il semble inutile de faire observer que des fautes contre la langue non seulement jetteraient du ridicule sur le rédacteur, mais pourraient nuire plus ou moins gravement à l'objet traité. (Voy., chap. iv. Correspondance ministérielle et diplomatique.)

De la langue employée dans les relations diplomatiques.

Tous les États souverains jouissant d'une indépendance et d'une égalité mutuelles, on ne peut contester à aucun le droit de se servir, dans les relations politiques, de la langue indigène, ou d'une langue étrangère, à son choix, ni même jusqu'il un certain point de ])rétendre qu'on l'emploie pour traiter avec lui. Cependant,

') Par cette même raisou, il faut se résigner aussi à sniiprimcr les mots spirituels, qui seraient applaudis dans les salons, mais qui feraient tort à la gravité des communications officielles.

poui' éviter les contestations ou oppositions qu'aurait fait indubitablement surgir cette prétention, et échapper aux inconvénients sans nombre qui eussent résulté de cette diversité d'idiomes si aucune d'elles n'eût voulu se relâcher de son droit, on convint de se servir d'une langue neutre, et Ton choisit à cet effet la langue latine ^). Cet usage fut suivi jusqu'au dix-huitième siècle; mais déjà, sous le règne de Louis XIV, la langue ù-ançaise, s'imposant peu à peu à la société poUe européenne, devint l'idiome des cours, et se substitua presque généralement à la langue latine clans les actes et offices diplomatiques. 2)

>) Les traités de paix de Nimègue, de Ryswyk, d'Utrecht; le traité de Bade, de 1714; de Vienne, de 1725 et de 1738, ainsi que la Quadrui)le-Alliauce de Londres, de 1718, furent encore rédigés en langue latine. En 1752, un plénipotentiaire autrichien harangua même en latin le roi de Naples. Les bulles du pape sont aujoiu-d'hui encore écrites dans cette langue. — Quoique le traité de Lunéville, en 1801, ait été dressé jen français seulement, et même sans clause préjudicielle, la ratification de l'empereur d'Allemagne fut donnée en latin, ainsi que c'était l'usage à la chancellerie impériale de Vienne.

^) Depuis cette époque, dans la plupart des traités conclus avec la France, on a soin d'insérer un article séparé pour déclarer que la langue française a été employée sans tirer à conséquence pour Tavenir. — Dans l'acte final du congrès de Vienne, l'art. 120 porte ce qui suit: «La langue française ayant été exclusive- '. ment employée dans toutes les copies du présent traité, il est «reconnu par les Puissances qui ont concouru à cet acte que «remploi de cette langue ne tirera point à conséquence pour )< l'avenir; de sorte que chaque Puissance se réserve d'adopter, » dans les négociations et conventions futures, la langue dont elle » s'e&t servie jusqu'ici dans ses relations diplomatiques, sans que ))le traité actuel puisse être cité comme exemple contraire aux » usages établis.»

SUE LE STÏLE DIPLOMATIQUE, i

Il n'y a que TAngleterre et les États-Unis, qui se soient émancipés de cet usage depuis le commencement du siècle présent, les ministres de ces deux puissances écrivent en anglais aux autres gouvernements, qui leur répondent généralement en français; néanmoins les négociations avec ces états se poursuivent presque toujours en français ^).

La diète de la Confédération germanique à Francfort, dans sa séance du 12 juin 1817, a arrêté que, pour ses relations extérieures, elle ne se servirait que de la langue allemande, en ajoutant une traduction française ou latine, à charge de réciprocité. Quant à ses relations intérieures, les actes et offices qui lui sont adressés doivent être rédigés en allemand.

Il va sans dire que dans des négociations entre des états qui ont une même langue, on s'en serve à l'exclusion de tout autre idiome.

Lorsque les parties intéressées ne peuvent tomber

') En 1800 Lord Grenvillc tomba d'accord avec le roi George III, qu'il n'était pas conforme à la dignité de l'Angleterre d'être dépendant de la France eu ce qui regardait la langue des communications diplomatiques. On commença d'abord à écrire en anglais aux ministres étrangers accrédités à Londres, plus tard Lord Castlereagh accompagnant les armées alliées, adressa ses communications aux Souverains et à leurs ministres eu anglais. En 1823 et 1826 Mr. Canning prescrivit aux ministres britanniques à Lisbonne et à Berlin de se servir de la langue anglaise pour leurs communications officielles, tout en leur permettant d'ajouter une traduction. Cette traduction fut supprimée pai' ordre de Lord Aberdeen en 1851, parce que les dépêches du gouvernement devant être soumises au Parlement devaient être écrites dans la langue dans laquelle elles sont présentées.

8 ' CONSIDÉEATIONS GÉNÉBALES

d'accord sur le choix de la langue, et que chacune s'obstine à vouloir se servir de la sienne, tant pour les relations ordinaires que pour la rédaction des traités, on rédige de ceiLX-ci deux instruments originaux.

Cette manière de procéder rend toutefois les négociations plus longues et plus difficiles *), et les actes et les traités en souffrent quelquefois, quant à la clarté et à la précision.

Un ministre qui sait la langue du pays obligera en s'en servant toujours le gouvernement avec lequel il traite, mais pour ne pas perdre à cette courtoisie, il faut savoir manier parfaitement la langue étrangère'^).

A Constantinople, les communications écrites se font la plupart du temps en français; elles sont traduites ensuite en langue turque par le drogman de la Porte, pour l'usage des ministres ottomans. Dans les conférences à protocole, ce dernier, rédigé en turc par

') Lors des négociations de Rastadt, en 1797 et 99, les ministres de la députation de l'Empire germanique, ainsi que les envoyés de France, correspondirent chacun dans sa langue, sans y joindre de traductions. Le même mode fut encore suivi eu 1802 et 1803, à l'assemblée de la députation de l'Empire à Ratisbonne. A la diète, les ministres des puissances étrangères ajoutaient des traductions latines à tous les actes et offices diplomatiques qui étaient rédigés dans la langue de leur pays. — Au congrès de Yieiuie, toutes les affaires, à l'exception de celles qui concernaient exclusivement les intérêts des États de l'Allemagne, furent traitées en français.

^) Sir Hamilton Soymour demandé, s'il conseillait à un diplomate de son pays de traiter eu anglais avec un ministre étranger sachant cette langue; répondit: ('Certainement, je préfère me battre avec mon épée.»

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