ORGUEIL. —MÉDISANCE DISCRÉTION
L'homme orgueilleux se dévore lui-même.
L'orgueil est son miroir, son héraut, son historien, sou panégyriste; et toute belle action qu'il vante lui-même, il en détruit et anéantit le mérite par sa propre louange.
Ne méprisez personne, en quelque état de bassesse qu'il soit. La fortune peut l'élever et vous abaisser.
Je sais, je sais; propos d'enfant, qui revient 5 dire : J'ai de la vanité, donc je n'apprendrai rien.
La sottise et la vanité sont deux sœurs qui se quittent peu.
L'ambition, en portant toutes nos idées sur l'avenir, nous empêche de jouir du présent.
11 faut mériter les louanges et les fuir.
Crains plus la louange que la critique : la première te voile tes défauts; la seconde te les montre.
D'abord que l'on prend plaisir à entendre médire on est du nombre des médisants.
Rien n'éloigne davantage toutes sortes de personnes d'auprès de soi que la trop bonne opinion de soi-même.
La modestie est un voile transparent qui attire et fixe les regards.
Voulez-vous qu'on dise du bien de vous, n'en dites point; le moi est odieux.
Ii ne faut parler de soi-même ni en bien ni en mal.
Qu'un autre vous loue et non votre boucbe ; que ce soit un étranger et non vos propres lèvres.
11 faut savoir se faire pardonner ses succès.
Il n'est pas toujours permis de mépriser la médisance, mais on doit toujours mépriser la flatterie.
Vois toujours devant toi l'homme dont tu vas parler.
Tel vous semble applaudir qui vous raille et vous joue; Aimez qui vous conseille et non pas qui vous loue.
Ne portez point envie à l'injuste et n'imitez point ses voies.
On ne doit envier ni le mérite ni la fortune à personne.
Point de repos pour l'envieux
Ne vous réjouissez point quand votre ennemi sera tombé, et que votre cœur ne tressaille point de joie dans sa ruine.
Chercher à briller, c'est s'occuper de soi 3 chercher à plaire, c'est s'occuper des autres.
Briller fait des envieux, plaire gagne des amis.
On reconnaît aisément le sage à sa modestie et le sot à son orgueil.
L'homme d'honneur ne s'embarrasse ni des louanges ni des reproches.
Ne dire jamais du bien de soi ni du mal des autres.
La modestie ajoute au mérite et fait pardon ner la médiocrité.
Si tu es monté, fais en sorte qu'on ne désire point de te voir tombé.
La calomnie diffère de la médisance en ce que celle-ci publie le mal d'autrui, et que l'autre l'invente.
Le moyen de rembarrer la calomnie de ses ennemis, c'est de vivre d'autre façon qu'ils ne
sauraient dire, et meilleure qu'ils ne sauraient penser.
On guérit de coups de couteau, on ne guérit pas de coups de langue.
Ce qui manque en France en tout genre , c'est le sentiment et l'habitude du respect, et Ton y passe bien vite de l'examen qui peut éclairer à l'ironie qui réduit tout en poussière.
Être capable de respect aujourd'hui est aussi rare qu'en être digne.
Tout railleur est vain ou méchant.
Le ridicule est l'arme favorite du vice : c'est par elle qu'attaquant, dans le fond des coeurs, le respect qu'on doit à la vertu, il éteint enfin l'amour qu'on lui porte.
Ne riez ni longtemps, ni souvent, ni avec
excès.
Rien de plus sot qu'un sot rire.
Il ne fa.ut jamais hasarder la plaisanterie même la plus douce et la plus permise, qu'avec des gens polis ou qui ont de l'esprit.
Il est plus facile de jeter du ridicule sur une belle action que de l'imiter.
Le silence est la plus belle qualité de l'ignorant, et ce n'est pas être ignorant que de l'avoir.
Un homme indiscret est une lettre décachetée tout le monde peut la lire.
En tout temps et partout l'art le plus nécessaire N'est pas de bien parler, mais de savoir se taire.
Si tu veux qu'une chose soit secrète, ne la dis pas ; situ ne veux pas qu'on la sache, ne la fais pas.
Mon secret est mon esclave ; s'il m'échappait il serait mon maître.
La maxime la plus sage à l'égard des secrets est de n'en point écouter et de n'en point dire.
Le secret le mieux gardé est celui qu'on ne dit pas.
Souvent on se repent d'avoir parlé, jamais de s'être tu.
Vous ne pouvez pas garder votre secret; quelle raison avez-vous de vous plaindre qu'un autre à qui vous l'avez confié le publie?
Prenez garde à ce que vous dites, et en quel temps.
Toute révélation d'un secret est la faute de celui qui Ta confié.
ÉTUDE— INSTRUCTION
Éludiez* non pas pour savoir plus, mais pour savoir mieux que les aulres.
Mon fils, dès votre premier âge aimez à vous instruire, et vous acquerrez une sagesse qui vous durera jusqu'à la vieillesse.
ETUDE. — INSTRUCTION
L'étude doit être ce qu'elle est pour l'homme sage et sensé, un moyen de devenir meilleur.
Consacrez votre temps à l'étude, et vous éviterez tout ennui, tout dégoût de la vie; vous ne serez ni à charge à vous-même, ni inutile aux autres.
Les lettres et les arts non seulement embel-
lissent la vie heureuse, mais soulagent toutes sortes d'infortunes , apaisent les douleurs de l'exil, de la prison.
L'étude est la nourriture des jeunes gens et la consolation des vieillards; elle est un sûr préservatif contre l'ennui, parce que le temps s'écoule agréablement avec elle. Elle nous empêche d'être à charge à nous-mème et inutile aux autres ; elle nous procure la compagnie des gens de bien et beaucoup d'amis.
L'ignorance est un état d'enfance perpétuelle; l'homme instruit peut bien n'être pas heureux, mais il sait, plus que l'ignorant, ce qu'il doit faire pour sortir du malheur.
L'éducation est comme une maîtresse douce et insinuante, qui s'applique à faire goûter ses instructions en parlant toujours raison , et qui ne tend qu'à rendre la vertu plus facile en la rendant plus aimable.
L'ignorance, mère de la paresse, conduit à la débauche, et de la débauche à la misère.
L'ignorance est une rosse qui fait broncher celui qui la monte et qui fait rire de celui qui la mène.
S'occuper c'est savoir jouir ; L'oisiveté pèse et tourmente.
L'âme est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
Il faut lire pour s'instruire, pour se corriger et pour se consoler.
Le corps s'engraisse à force de dormir, mais l'esprit augmente à force de veiller.
Écoule l'opinion des autres, mais ne renonce pas pour cela à la tienne, et fais ensuite ce que tu jugeras de plus utile.
A force de vouloir tout savoir, il arrive assez souvent qu'on ne sait rien.
11 faut , dans le savoir, préférer Futile au brillant.
Si vous ne vous levez matin, jamais vous ne ferez des progrès dignes de vous. Si vous ne vous réservez des heures pour la lecture, sans jamais souffrir qu'aucune affaire ou dissipation s'en empare , vous verrez vos jours se passer sans profit, et insensiblement s'éteindra en vous cette précieuse émulation par laquelle on peut obtenir les pures et constantes jouissances qui résultent de l'approbation de soi-même et des hommes de bien.
Une bonne tète vaut mieux que cent bras
Le vrai sage est celui qui apprend de tout le monde.
L'esprit ne donne pas de la raison; le bon sens donne souvent de l'esprit.
Les bons écouteurs ressemblent aux bons
ménagers, ils font leur profit de tout.
L'éducation devrait être regardée partout comme une partie principale de la législation. Les peuples modernes s'occupent assez de l'in-
struction qui ouvre l'esprit, et trop peu de l'éducation qui forme le caractère. Les anciens y pensaient plus que nous : aussi chaque peuple avait un caractère national qui nous manque. Nous livrons l'esprit à l'école et le caractère au hasard.
Qui apprend la science et ne pratique pas ce qu'elle enseigne, ressemble à celui qui laboure
et qui ne sème pas.
Il faut plutôt s'attacher à embellir l'âme que
le corps.
L'instruction est l'ornement du riche et la richesse du pauvre.
L'instruction fait tout ; c'est la source féconde De l'ordre , du repos et du bonheur du monde.
L'instruction , sans doute est un grand avantage ; Plût au Ciel qu'on en fit toujours un bon usage !
Apprenez comme si vous ne saviez rien , et craignez surtout d'oublier ce que vous avez appris.
11 faut chercher soigneusement à s'instruire pour n'être ni trop timide ni trop hardi par
11 ne faut pas avoir honte de demander ce qu'on ne sait pas.
A mesure qu'on avance en âge, on a plus besoin d'occupation pour éviter l'ennui. Ainsi il faut des jeux aux enfants, des plaisirs aux
jeunes gens i de l'étude ou des affaires aux hommes faits.
Ne méprisons pas le temps pendant que nous l'avons, pour le regretter éternellement quand nous ne l'aurons plus.
La vue des belles choses, l'admiration qu'elles excitent, les réflexions qu'elles produisent, les connaissances qu'elles donnent, la sensibilité qu'elles causent, les découvertes qu'on y ajoute, deviennent des sources intarissables de plaisirs.
Si nous négligeons de nous instruire nous nous condamnons à la triste société des hommes médiocres.
Parler c'est dépenser; écouter c'est acquérir.
Songez à faire un usage utile des premières années. Pendant que les caractères s'impriment aisément, ornez votre mémoire de choses
précieuses ; pensez que vous faites la provision de toute votre vie.
La bêtise est l'absence de l'esprit, comme la sottise est celle du jugement.
Le jugement est la faculté qui nous fait discerner en toutes choses le bon et le mauvais.
Les sots admirent tout dans un auteur estimé.
L'esprit qui ne conduit pas à l'honnêteté est le plus pernicieux des présents.
L'esprit sans jugement est un flambeau dans la main d'un fou.
Le véritable esprit doit avoir les qualités du diamant; il doit être brillant et solide.
Le propre de l'esprit est d'enfanter aisément
des choses agréables ; mais il n'appartient qu'au génie d'en produire d'utiles.
L'ennui qui dévore les hommes, au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s'occuper par la lecture.
Une grande pauvreté d'action se trouve souvent jointe à la plus grande richesse de paroles.
Le silence est le parti le plus sûr pour celui qui se défie de soi-même.
Pour bien parler il faut parler peu,
Entendre d'abord et parler après.
Le talent le plus rare et le plus nécessaire, C'est de parler à temps et de savoir se taire.
On a souvent tort par la façon dont on a raison.
En général, les gens qui savent peu, parlent beaucoup; et les gens qui savent beaucoup parlent peu. *
Ceux qui veulent toujours avoir raison sont presque toujours des gens peu raisonnables.
Il ne suffit pas d'avoir raison ; c'est la gâter que de la soutenir d'une manière brusque et hautaine.
Ne répondez point avant que d'avoir écouté, et n'interrompez point une personne au milieu de son discours.
Ne disputez pas avec un grand parleur et ne mettez pas davantage de bois dans son feu.
Celui qui séduit un juge par les prestiges de
son éloquence, me paraît plus coupable que celui qui le corrompt à prix d'argent.
Une parole dite en son temps vaut mieux qu'un long discours dit trop tard.
La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à ne dire que ce qu'il faut.
Les anciens n'ont connu que l'éloquence judiciaire et politique : l'éloquence morale, c'està-dire l'éloquence de tout temps, de tout gouvernement, de tout pays, n'a paru sur la terre qu'avec la loi évangélique. Cicéron défend un client, Démosthènes combat un adversaire, ou tâche de rallumer l'amour de la patrie chez un peuple dégénéré. L'un et l'autre ne savent que rallumer les passions, et fondent toutes leurs espérances de succès sur le trouble qu'ils jettent dans les cœurs. L'éloquence de la chaire a cherché les siens dans une région plus élevée. C'est en combattant les mouvements de l'âme qu'elle prétend séduire • c'est en apaisant toutes les passions qu'elle s'en veut faire écouler.
Dieu et la charité, voilà son texte, toujours le même, toujours inépuisable. Il ne lui faut ni les cabales d'un parti, ni des émotions populaires , ni de grandes circonstances pour briller. Dans la paix la plus profonde, sur le cercueil du citoyen le plus obscur, elle trouvera ses mouvements les plus sublimes ; elle saura intéresser pour une vertu ignorée ; elle fera couler des larmes pour un homme dont on n'a jamais entendu parler. Incapable de crainte et d'injustice, elle donne des leçons aux rois, mais sans les insulter; elle console le pauvre, mais sans ilatter ses vices. La politique et toutes les choses de la terre ne lui sont point inconnues ; mais ces choses, qui faisaient les premiers motifs de l'éloquence ar.tiquc, ne sont pour elle que des raisons secondaires ; elle les voit des hauteurs où elle domine , comme un aigle aperçoit, du sommet de la montagne, les objels abaissés de la plaine.
Le meilleur compagnon pour passer le temps est un livre.
Un livre est une lettre écrite à tous les amis inconnus qu'on a dans le monde.
Les livres sont à l'âme ce que la nourriture est au corps.
Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui qu'on doit avoir en sa vie, contre des heures délicieuses.
En lisant pour la première fois un bon livre, on doit éprouver le même plaisir que si on faisait un nouvel ami ; relire un livre qu'on a lu, c'est un ancien ami qu'on revoit. '
Heureux celui qui sait ajouter de bons livres au petit nombre de ses amis ; qui souvent s'éloigne du monde pour jouir de leur paisible entretien, et toujours en rapporte plus de sérénité, de courage et d'espérance.
Un livre est un ami complaisant que Ton trouve et que Ton quitte quand on veut.
La lecture charme les maux ; elle console des malheurs.
Applique-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'instruction , en attendant que je vienne.
TEMPERANCE— MODERATION
La tempérance est la santé de l'âme et du corps.
La modération dans les plaisirs en fait le charme et la durée.
TEMPERANCE— MODÉRATION
La tempérance est un arbre qui a pour racine le contentement de peu , et pour fruit le calme et la paix.
Être sobre n'est pas une grande vertu , mais c'est un grand défaut que de ne l'être pas.
L'intempérance en a tué plusieurs , mais l'homme sobre prolonge ses jours.
Les pauvres ont la santé, et les riches les remèdes.
Il n'y a point de gens qui perdent plus tôt la santé que ceux qui ont trop soin de la conserver.
La santé est de tous les trésors le plus précieux ; il est souvent le plus mal gardé.
Les deux meilleurs médecins pour les gens aisés, sont la diète et l'exercice.
Celui qui mange peu aura un sommeil de santé ; il dormira jusqu'au matin et son âme se réjouira en lui-même.
La propreté est à l'égard du corps ce qu'est la décence dans les mœurs; elle sert à témoigner le respect qu'on a pour la société et pour soi-même.
La propreté est la coquetterie des gens sages.
Le défaut de propreté est une négligence qui n'admet point d'excuse. Partout où l'eau ne se paie pas, tout le monde a certainement le pouvoir d'être propre.
La propreté est la parure qui convient le mieux à la vieillesse.
N'excitez point à boire celui qui aime le vin car le vin en a perdu plusieurs.
L'ivrognerie est la peste de notre siècle.
Point d'excès à table ; l'intempérance et l'ivresse ruinent le tempérament, dégradent l'âme, obscurcissent l'intelligence.
Alexandre tua son ami Clitus dans un accès d'ivresse.
L'insomnie et les tranchées sont le partage de l'homme intempérant.
A quoi peut-on comparer un homme ivre?
A un noyé, à un fou et à un furieux : la première fois qu'il boit il devient fou; la seconde, il entre en fureur ; et à la troisième il est noyé.
Le vin pris modérément est la joie de l'âme et du cœur.
Le vin pris avec excès est l'amertume de Tâme.
L'ivrognerie inspire l'audace; elle fait tomber l'insensé, elle ôte la force et cause les blessures de plusieurs.
Si tu veux un remède pour l'ivrognerie, ouvre les yeux et regarde l'ivrogne.
Le fruit de l'ivrognerie est qu'elle flétrit
d'une honte perpétuelle en présence de tout le monde.
Les effets de l'ivresse sont souvent funestes; il n'est pas de poison qui tue plus certainement que les liqueurs fortes.
L'habitude de boire a réduit souvent les plus grands génies à un état d'imbécillité.
L'ivrognerie est non seulement un vice abominable, mais elle est encore la source de la plupart des autres vices. Il n'est point de crime que ne puisse commettre un ivrogne pour l'amour des liqueurs: on a vu des mères vendre les habits de leurs enfants, vendre leurs aliments pour acheter un malheureux verre de
liqueur.
Les ivrognes sont sujets à de fréquentes inflammations de poitrine, à des pleurésies qui souvent les emportent à la fleur de leur âge. S'ils y échappent, plus tard ils tombent , longtemps avant l'âge de la vieillesse , dans toutes
ses infirmités , et surtout dans l'asthme qui les conduit à l'hydropisie de poitrine. Heureusement la société ne perd rien en perdant des sujets qui la déshonorent et dont l'âme abrutie est, en quelque façon , morte longtemps avant le corps.
Quel triste spectacle nous donnent ces jeunes gens à peine sortis de l'enfance et qui ont déjà tous les défauts et les vices de l'âge mûr !
La paresse, la dissipation, le jeu, la débauche, et] une mauvaise santé, fruit de leurs funestes habitudes, se laissent voir dans tous leurs traits. L'usage immodéré du vin , des liqueurs, du tabac, leur ôte cet air de fraîcheur qui est l'attribut de l'adolescence.
Ces jeunes gens ont, en général, des physionomies particulières où se peignant des âmes blasées, sans énergie pour le bien, des cœurs froids, passionnés sans plaisir; indices qui annoncent le dépérissement de la race.
Et cependant la plupart ne manquent ni d'intelligence, ni de courage dans certaines occasions; mieux dirigés, ils auraient pu être
heureux, être utiles aux autres et honorer leur pays. En suivant de bons exemples, une belle carrière pouvait s'ouvrir devant eux. Mais qu'espérer de ces êtres déjà flétris , livrés à tous les désordres, et qui ont perdu, avec le goût de l'instruction, le sentiment du beau et du bon? Une vie honteuse, passée dans la misère, dans le libertinage, ne tarde pas à les conduire au tombeau : heureux quand ils ne terminent pas leur carrière dans les prisons ou par le suicide!
Comment concevoir que des êtres humains puissent s'adonner au vin et aux liqueurs fortes, au point de s'abrutir et de perdre la raison, le plus bel apanage de l'homme?
Des lois sévères , des peines corporelles devraient punir ceux qui se dégradent ainsi. Ne savent-ils pas qu'outre le mépris qu'ils inspirent , ils ruinent leur santé et laissent dans la misère leurs femmes, leurs enfants, leur famille?
11 y aurait un moyen de combattre cette
passion dangereuse : ce serait de repousser ceux qui s'y livrent et de donner, partout et toujours, la préférence sur ceux-ci aux domestiques, aux ouvriers, aux employés sobres, modérés, économes.
11 est peu de ces individus livrés à la boisson, dont l'intempérance n'abrège les jours ou n'occasionne des malheurs irréparables. Les journaux viennent, chaque jour, révéler à ce sujet des faits nouveaux : en voici quelques-uns qui pourront servir de leçon à ceux qui se laissent entraîner par ce funeste penchant.
Une femme encore jeune, accompagnée de deux petites filles , dont la plus âgée avait environ cinq ans, se promenait au bord du canal. Tout à coup elle y jette les deux enfants, et s'y précipite ensuite elle-même. Heureusement elle fut aperçue des surveillants qui parvinrent à la retirer de l'eau ainsi que les petites filles.
On ne tarda pas à reconnaître que cette femme était dans un état complet d'ivresse. C'est à cet état sans doute qu'il faut attribuer l'acte qu'elle a commis, car les deux enfants étaient les siens; ils ont été reconduits chez leur père.
Un ouvrier menuisier, employé aux travaux d'une maison en construction , s'enivra dans un cabaret du voisinage. Hors d'état de regagner sa demeure , il voulut passer la nuit dans son atelier, au troisième étage de la maison en construction ; mais, en essayant d'y parvenir, il est tombé, et cette chute a occasionné sa mort. Ses camarades, en se rendant le lendemain à leur travail, ont trouvé son cadavre. Un médecin, appelé aussitôt, a reconnu et constaté les causes de cet événement.
Arthur Wood a été exécuté à Dundee, pour
avoir assassiné son fils. Ce malheureux a protesté jusqu'au dernier moment de son innocence , en assurant qu'il n'avait pas la moindre connaissance du crime qu'on lui imputait ; mais les preuves étaient si évidentes, qu'on n'a pu lui faire grâce.
Monté sur l'échafaud , il a dit que son sort était le résultat de mauvaises habitudes contractées de bonne heure au cabaret, et particulièrement de la coutume qu'il avait prise dans sa jeunesse de se griser le samedi soir et le dimanche matin.
Il y avait à peine quelques jours qu'un jeune ouvrier paraissait en cour d'assises comme accusé d'avoir tué son frère à la suite d'une dispute de cabaret, que déjà le nommé Jean Coudy, Auvergnat, marchand de charbon de bois , était appelé devant le jury pour répondre d'un fratricide commis dans des circonstances semblables. A la suite de fréquentes libations par lesquelles on avait fêté le premier jour de
Tan, Jean Coudy se prit de dispute, chez un marchand de vin , avec sou frère Antoine , et lui asséna sur la tète un violent coup de battoir, dont le malheureux eut le crâne brisé. La victime expira à deux heures du matin. Jean Coudy a manifesté les plus sincères regrets.
Un ouvrier cordonnier, nommé Jean Ploifon , avait coutume de se livrer presque chaque jour à des excès qui , eu absorbant ses facultés, le mettaient dans l'impossibilité de se conduire, et d'avoir même la conscience de ses actions. Cet homme était demeuré veuf depuis quelque temps, et sa jeune épouse en mourant lui avait laissé un pauvre petit enfant qui avait atteint l'âge de vingt mois.
Pioifon aimait sa femme , et tant qu'elle avait vécu , il s'était efforcé de dominer sa funeste habitude; mais depuis sa mort, soit qu'il se trouvât plus libre et ne craignit plus une surveillance et des reproches de tous les instants, soit que, comme il le prétendait lui-même,
son but fût seulement de s'étourdir, il était rare que dès le matin il ne se trouvât pas dans un état de complète ivresse.
Alors, il abandonnait son domicile et parcourait les cabarets des environs, ne songeant pas à son enfant, dont les sourdes plaintes causées par la faim et le froid n'étaient entendues d'aucun voisin , dans une maison babitée tout entière par des artisans, quittant la plupart leur demeure dès l'aube pour se livrer à leurs travaux.
La nuit venue, cependant, Ploifon regagnait en trébuchant sa petite chambre , et là , l'instinct paternel aidant, il réchauffait de son mieux son pauvre enfant et lui faisait prendre quelque nourriture.
Mais un jour, son absence avait été plus longue qu'à l'ordinaire; l'intensité du froid avait redoublé, et le pauvre petit, débilité déjà par les souffrances du jour précédent, avait à peine poussé une plainte. Quand Ploifon rentra, il le trouva mort.
L'état d'ivresse de ce malheureux ne lui permit pas de reconnaître tout d'abord l'étendue de son malheur et de son crime ; mais le matin, les voisins, attirés à ses cris, virent, en
entrant dans sa chambre, un désolant tableau : dans ses bras il étreignait le cadavre violâlre et glacé de son enfant • il cherchait à le rappeler à la vie sous ses pleurs et sous ses baisers ; soins inutiles! la mort avait depuis douze heures raidi le cadavre.
Un jeune garçon apprenti , âgé de dix ans et demi , avait contracté l'habitude de boire des liqueurs fortes, et souvent il y était excité par les ouvriers avec lesquels il travaillait.
Un jour, cet enfant alla faire une commission pour son patron : ayant pu économiser un sou , il résolut de ne pas rentrer à l'atelier sans l'avoir dépensé chez un épicier. Le garçon de boutique, qui connaissait l'enfant pour être du voisinage , lui servit pour un sou d'eau-devie , mais celui-ci se plaignit aussitôt de n'avoir pas bonne mesure. « A cela ne tienne, lui répond le garçon en lui servant une plus grande quantité de cette liqueur ; bois sans prendre haleine , tu en sentiras mieux le goût et la qualité. »
Le malheureux enfant avala tout ce que contenait le verre, c'était la seizième partie d'un litre; tout à coup il montra une gaîté folle; puis, peu après , il ressentit une chaleur intense dans l'estomac et se vit en proie à un violent délire. Transporté immédiatement à l'hôpital , il y mourut au milieu d'affreuses convulsions.
Les ouvriers d'une voiture de déménagement rentraient des meubles; un homme pris de vin s'était, pendant ce temps, installé dessous la voiture et s'arrangeait commodément dans la paille qui s'y trouvait amoncelée. Lorsque les ouvriers eurent fini, ils firent avancer la voiture sans avoir aperçu notre homme qui s'était endormi d'un profond sommeil. Malheureusement ses jambes se trouvaient sous la roue et elles furent écrasées.
VIH
Un malheureux ouvrier qui avait reçu à titr
d'étrennes une bouteille <f eau-de-vie, l'avait bue tout entière en quelques instants. Presque aussitôt il est tombé comme frappé de la foudre, et tous les efforts de la science ont été inutiles pour le rappeler à la vie.
W. Regan , marié depuis douze ans et père de six enfants, était rentré ivre chez lui. Non content d'exiger de sa femme le dernier sou qui lui restait, il avait emporté quelques effets de cette malheureuse afin de les mettre en gage, et de satisfaire sa passion pour les liqueurs. À son retour il l'accabla d'injures ; elle voulut le calmer, mais le misérable, hors de lui, s'empara d'un couteau et lui en porta un coup violent dans la tête.
Une catastrophe épouvantable est arrivée au village de Gentilly, près Paris. Un ouvrier carrier rentra chez lui vers dix heures du soir,
dans un état voisin de l'ivresse. Arrivé dans sa chambre , il voulut emplir une bouteille de poudre , pour s'en servir le lendemain à faire sauter la mine dans la carrière. Il prit à cet effet une chandelle, et l'approcha du baril de poudre que les ouvriers carriers ont toujours à leur disposition , et qui en contient de cinq à dix kilogrammes; il n'eut pas plus tôt découvert ce baril, qu'une étincelle tomba dedans et y mit le feu.
Alors une épouvantable détonation se fit entendre ; les habitants du village furent saisis de frayeur. La toiture de la maison était complètement enlevée ; le plafond du troisième étage était tombé sur le parquet du second , et le malheureux qui était la cause involontaire de cet accident était étouffé sous les décombres.
11 est constant qu'aux États-Unis, l'ivrognerie produit les trois quarts des crimes , et que ce vice entre pour plus des deux tiers dans les causes de la misère. Il y meurt chaque année 57,000 individus par suite d'excès de boisson.
On évalue, en Angleterre, à 95,000 le nombre des personnes poursuivies pour crimes et délits. Les quatre cinquièmes de ces crimes peuvent être imputés à l'habitude de boire avec excès. On emprisonne chaque année 45,000 hommes et 40,000 femmes par suite d'ivresse.
Sur 490 aliénés admis dans l'hôpital des fous à Liverpool , on a constaté que 257 s'étaient attiré cette terrible maladie par leur intempérance.
Le tabac procure un genre d'ivresse qui a de graves inconvénients. Ceux qui fument sont imprégnés de l'odeur du tabac; cette odeur se communique aux meubles, aux vêtements. Les fumeurs sont dans le cas de mettre le feu dans les magasins , dans les écuries, etc.
Quant à l'ivresse qu'ils se procurent ainsi , elle n'est que passagère ; il faut qu'ils la renouvellent sans cesse et qu'ils augmentent la dose de tabac.
Cette habitude pernicieuse fait naître une foule de maladies. Le tabac attaque la poitrine,
les poumons , le cerveau , mais surtout Testomac. On voit , par les registres des hôpitaux, qu'un grand nombre de malades périssent avant l'âge par l'usage abusif du tabac.
La dépense qu'entraîne la coutume de fumer n'est pas sans quelque importance. 11 en coûte, à un homme habitué au tabac, plus de 4 00 francs par an pour satisfaire ce seul besoin.
Dans le xvie siècle , Pierre Columbell manifesta l'aversion que lui inspirait cette herbe sale et puanle , en léguant ses biens à son fils sous la condition expresse qu'en aucun temps de sa vie il ne prisera ni fumera du labac.
Le pape Urbain XI1Ï, par sa bulle de 4 604, prononçait l'excommunication de ceux qui prendraient du tabac en poudre dans l'intérieur de l'église.
Dans une ville d'Angleterre, les demoiselles se sont engagées à ne pas épouser les garçons qui auraient de mauvaises habitudes, et entre autres ceux qui feraient usage de tabac.
Dans une autre ville considérable , on a défendu de fumer dans les rues.
On refuse, dans plusieurs grandes fabriques, d'employer les ouvriers qui ont cette malheureuse habitude.
Un magasin renfermant \ ,200 balles de coton d'une valeur de 560,000 fr. a été incendié à Liverpool par l'imprudence d'un ouvrier qui a oublié ou laissé tomber sa pipe sur une balle de coton.
Deux ouvriers, fumeurs, ont mis le feu à une meule de foin ; ils ont été condamnés pour ce fait.
Un jeune homme du village de Chaussidoux , près Aubusson ( Creuse ) , étant venu en ville, acheta deux onces de poudre qu'il mit dans sa poche de côté. Quelques heures après, il eut la fantaisie de fumer; mais n'en ayant pas l'habitude, et s'apercevant sans doute que la pipe l'incommodait, il la mit dans la poche où était la poudre sans avoir eu la précaution
de l'éteindre. Quelques instants après cette imprudence, la poudre prit feu avec explosion.
Un grand malheur est arrivé à la houillère la Vieille-Espérance , à Seraing. Une explosion terrible , telle qu'on n'en a jamais vu, a eu lieu dans cette houillère ; cinquante-sept cadavres et vingt blessés au moins en ont été retirés. Ce malheur a été causé par l'imprudence d'un ouvrier qui fumait dans la mine.
Un accident sérieux est arrivé à Kimbolton à un jeune homme de \A à 45 ans. II parait qu'il avait ses poches remplies de poudre de chasse et de capsules de fusil à percussion , et qu'une étincelle de son cigare y a mis le feu. L'explosion a été terrible, et ce malheureux a été brûlé d'une manière affreuse.
Le sieur Duhaut, menuisier, était rentré, contrairement à ses habitudes, dans un état complet d'ivresse. Il se coucha et il paraît qu'il eut l'imprudence de garder dans son lit sa pipe
allumée. Le lendemain matin, un de ses voisins entendit des gémissements étouffés sortir de sa chambre ; la clef était à la porte ; il ouvrit et trouva Duhaut à demi consumé dans son lit. Les draps, les toiles des matelas, ainsi qu'une couverture en coton, étaient tout à fait embrasés et avaient grillé à petit feu ce malheureux, qui n'avait pu, sans doute, se soustraire à ce supplice à cause de la suffocation produite par la fumée. On Ta transporté à l'hôpital; mais il est mort presque aussitôt.
Deux personnes sont mortes à Londres à la suite d'ulcères à la gorge, causés par l'excès du tabac à fumer.
11 faut reconnaître que , si le tabac est utile à certaines personnes , il en est bien d'autres , en revanche, qui en usent sans nécessité, soit pour se conformer à la mode , soit pour se procurer, par ce moyen., une distraction qui pourrait être , on en conviendra sans peine , beaucoup mieux choisie.
L'incendie du théâtre du Vaudeville a été
causé par des ouvriers qui fumaient et avaient jeté leurs cigares par terre.
Un fumeur anglais a été condamné au paiement de 40 liv. st. pour consommation excessive de cigares. Il a été prouvé que ce fumeur en usait pour 8 schillings (\0 fr. ) dans un jour.
Les jeunes gens , et particulièrement ceux d'une complexion délicate, ne devraient jamais fumer. L'usage du tabac donne des maux de tète, des vertiges, des nausées, des diarrhées; il occasionne des crachements fréquents , et amène en définitive la phthisie.
Le tabac est quelquefois utile dans les lieux humides et malsains; mais il fait toujours du mal aux personnes d'un tempérament sec et nerveux , qui ont un estomac faible et une constitution délicate, particulièrement aux jeunes gens pléthoriques et asthmatiques.
Nous ferons observer, à l'appui de ces remarques , que quelques gouttes de l'huile distillée des feuilles de tabac sont un poison violent.
Le tabac est un poison pour les gens de lettres , surtout le tabac pris en fumée.
Le tabac occasionne des polypes à l'estomac,
Il s'est fait, dans la société moderne, un étrange renversement de toutes les idées les plus simples. Autrefois nos pères travaillaient six jours de la semaine , et le septième , après avoir rendu au Créateur le culte auquel l'homme est obligé , ils le consacraient aux plaisirs innocents , aux jouissances de famille et de société. Aujourd'hui une multitude d'ouvriers travaillent le dimanche et prennent le lundi un repos qui se prolonge souvent jusqu'au mercredi. Ils s'inquiètent fort peu de
leurs devoirs religieux ; l'heure des offices les trouve accoudés sur leurs métiers , et tel ne pense au dimanche que parce que c'est la veille du lundi. Ce jour-là , tout change : les ateliers sont vides , les métiers délaissés ; les cabarets , les caves s'emplissent; le vin coule à longs flots, et le soir on ne peut faire un pas sans entendre hurler à tue-tête autour de soi des chants bachiques et obscènes. Les patrouilles ne peuvent suffire à ramasser ceux que leurs jambes affaiblies ont laissés sur la voie publique. On est réveillé la nuit par les cris : à la garde ! et les hurlements et les jurements ne cessent que quand les assaillants se sont endormis côte à côte dans la fange du ruisseau , ou ont été péniblement traînés au violon. Très souvent il arrive qu'un malaise , suite inévitable de ces orgies , empêche l'ouvrier de reprendre sa besogne le mardi matin , et alors on recommence à boire le soir, parce que ce n'est plus la peine de se rendre à l'atelier, et voilà comme on se dispose au travail du mercredi. Et ceci n'est point un tableau inventé à plaisir. Quel est le chef de maison qui , pressé par des commandes importantes et nombreuses , ne vous a point répété cent fois : « Je suis au désespoir de
vous faire attendre; mais je n'ai personne sous mes ordres aujourd'hui : mes gens sont répandus dans les cabarets depuis avant-hier. Demain peut-être j'aurai du monde et je penserai à vous. » C'est vraiment déplorable 1
Et quels sont ces hommes qui usent si largement de la vie , qui prodiguent ainsi des jours précieux , qui jettent si facilement l'argent par les fenêtres ? Je vais vous les faire connaître. Cet ouvrier qui vient de boire en deux jours le fruit de son travail de la semaine, a une femme qui gémit à la maison et des enfants déguenillés qui demandent du pain et qui grelottent près d'un feu non alimenté. Cet autre que vous voyez rentrer aviné, après deux jours de débauches , va battre sa femme qui se permettra quelques reproches, et brisera le peu de meubles de son habitation. Celui-ci laisse mourir sur la paille ses vieux parents. Celui-là est couvert de dettes et sera au premier jour mis à la porte par son propriétaire , lassé d'attendre le prix de son loyer. Pour tous viendront bientôt les mauvais jours. Leur corps miné par les excès se refusera au travail ; une vieillesse prématurée les affligera , et alors il faudra tendre la main. Peut-être en rencontrerons-nous plus
d'un sur les bancs de la police correctionnelle. Que leur reste-t-il de cette vie animale? Des remords, d'inutiles regrets. Puisse ce tableau, crayonné d'après nature, arrêter quelques bommes sur le penchant de leur ruine I
Les Lacédémoniens , pour détourner leurs enfants de l'ivrognerie , faisaient exposer un esclave ivre sur la place publique. Quoi de plus propre, en effet, pour inspirer l'horreur de ce vice , que de mettre sous les yeux le triste spectacle d'un homme que le vin a privé de sa raison , de faire remarquer toute la laideur d'un état où l'on ressemble pins à une bête qu'à un homme, de rendre témoin de toutes les extravagances dont alors on est capable!
Le tort que se font les ouvriers en chômant le lundi est très considérable ; la plupart de ceux qui ne travaillent pas ce jour ne se doutent pas de l'étendue du dommage qui en résulte pour eux. Voici quelques calculs qui leur en donneront une idée.
L'ouvrier qui gagne \ fr. 50 c. par jour et qui ne travaille pas le lundi, perd donc 52 jours
qui auraient du lui procurer 78 fr
Si on ajoute à cette somme la dépense extraordinaire qu'il fait chaque lundi et qui peut bien être évaluée, pour toute Tannée, à la même somme de 78
on trouvera une perte annuelle de. . . >I56 fr.
Mais cela ne se borne pas à cette somme : la perte des effets et les excès élèvent bien la dépense à 200 francs.
Il ne s'agit ici que des célibataires. Les pères de famille perdent bien davantage, parce que leur absence de la maison fait naître quelquefois chez eux des désordres dont les suites sont incalculables.
Si ceux qui consacrent le lundi à un repos dont ils n'ont pas besoin voulaient travailler ce jour et mettre à la caisse d'épargne la somme qu'ils gagneraient et celle qu'ils auraient dépensée, ils verraient bientôt (tous sont à même de faire ce calcul) qu'au bout de quelques années , il leur resterait une somme suffisante pour doter une fille ou pour exempter du service militaire le fils qui est destiné à devenir leur soutien.
L'exposé suivant pourra donner une idée des pertes que de mauvaises habitudes occasionnent à un ouvrier.