‹ Le guignol lyonnaisChapitre 5 sur 21 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

sonnage représentatif, d*un être qui incarne en lui, si le bois peut incarner quelque chose, les chimères, les aspirations, les gaîtés, la philosophie même, pour dire le mot, de toute une race. Il s'agit d'un acteur illustre de l'étemelle comédie humaine. Il s'agit de Guignol, le grand Guignol, le triomphant Guignol qui depuis tant d'années a amusé des générations successives et les amuse encore, qu'il se soit parisianisé sous les arbres des Champs Elysées ou qu'il reste le bon gône lyonnais, fidèle à ses canuts, sous le petit passage de l'Argue où je le cherchais encore il y a si peu de temps.

Car je l'aime ce bon drôle, naïf à la fois et narquois, que le fin et souriant Charles Monselet, dont M. de Visan ne cite pas le nom parmi les guignûléristes, ces moliéristes au petit pied, ne manquait jamais d'aller écouter, saluer, applaudir quand il revenait en la cité de Lyon. Je l'aime comme j'ai aimé Polichinelle amuseur éternel de l'enfance et des hommes aussi qui ont la bonne fortune de rester enfants. M. Tancrède de Visan nous apprend que le poète de la Mort du Chêne et de Psyché, Victor de Laprade avait en son salon un théâtre où Guignol, Madelon et Gnafron jouaient leurs rôles comme, à Nohant, les marionnettes de Maurice Sand. Il y a, àViroflay, dans des tiroirs, dormant là, l'hiver, comme les marmottes, de petites marionnettes de bois qui réapparaissent dans le jardin, lorsque vient l'été, — et

qui divertissent le petit j)ublic ami des chansons et des couj^s de bâton. Ce sont les compagnons de Guignol et Guignol lui-même, tous venus en droite ligne du pays de Pierre Dupont, le bon chansonnier.

M. Tancrède de Visan a voulu après avoir célébré le Centenaire de Guignol, étudier dans un livre durable les origines, le caractère, la philosophie de Guignol. Il a, avec beaucoup d'érudition et beaucoup de charme, élevé à son héros un monument qui en vaut un autre, qui vaut mieux et plus que d'autre car le livre vaut le marbre. Guignol, ce grand homme de bois, survivra à bien des grands hommes de plâtre. Et M. de Visan avec beaucoup d'art nous dit ce qu'il faut penser decet être, comme les garrikets bretons, qui, en sa petite personne, réunit toutes les qualités et aussi les originalités de ce l^euple de travailleurs qu'est le Canut lyonnais.

\ oilà un excellent ouvrage à ajouter aux volumes d'un Paul Sébillot, aux réunions de contes et de traditions du folk-lore français. Ce joli livre m'aurait causé un plaisir sans mélange s'il ne m'avait appris que Guignol renonce parfois, renonce souvent à ses traditions, et abandonne son répertoii» répertoire classique

dirai-je. Eh ! quoi ! au lieu du laineux Déménagement ou du Coq, au lieu des pièces de Mourguet, Guignol, le Guignol de Lyon, joue des revues, et comme nos music-halls de Paris ! Les habitués ne veulent plus du

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