PRODUITS DUS A DES RÉACTIONS SECONDAIRES
Produits directs.
Je rangerai dans cette catégorie les minéraux produits directement par l'action de l'acide sulfurique libre ou de la mélantérite, ou encore de ces deux produits réunis, sur la gangue des pyrites.
Gypse.
Le gypse secondciire de Meudon, ainsi que celui des marnes vertes et des marnes bleues de Romainville, résulte de l'action de l'acide sulfurique libre sur la craie ou sur le calcaire des marnes; il en est de même de celui de l'argile plastique : dans ce dernier gisement le calcium est formé par l'argile plastique elle-même et aussi par les eaux calcaires, apportées par les eaux superficielles qui arrivent dans l'argile plastique après avoir le plus souvent traversé un manteau de calcaire grossier. On verra plus loin, cependant, qu'une partie de ce gypse est le résultBt d'une réaction plus complexe.
Webslerite.
La websterilc a été rencontrée pour la première fois par A. Brongniart (I) dans les fausses glaises d'Auleuil, Elle y forme des rognons constitués par des grains globuleux d'un blanc de neige, à structure fibreuse. Ils sont pressés les uns contre les autres et ont été comparés inexactement à des oolithes. La figure 2 de la planche XVI est la reproduction de la photographie d'un échantillon du type de Brongniart.
Le même minéral se rencontre au môme niveau dans les carrières d'Issy (près la porte de Versailles). Dans le courant de 1896, un de mes élèves, M. Jccker, m'en a signalé une assez grande quantité dans ce gisement; nous avons constaté que la websterite y était localisée à la partie supérieure des fausses glaises; elle se présentait dans une zone blanche se fondant insensiblement, d'une part avec celle-ci et de l'autre avec un sphéroïde riche en sidérose globulaire dont il va être question plus loin.
L'examen microscopique des globules de websterite montre que ceux-ci constituent de véritables sphérolites, parfois remarquablement réguliers. Le minéral possède une faible biréfringence, les fibres des sphérolites sont trèsminccsettrès enchevêtrées, aussi l'étude détaillée de leurs propriétés optiques n'est-elle guère susceptible de précision. J'ai pu constater toutefois que le minéral est biaxe, le plan des axes optiques est parallèle aux fibres dont la direction est toujours de signe négatif. La complexité des fibres de websterite peut être mise en évidence en éteignant une fibre placée entre les niçois croisés. On voit apparaître alors de nombreuses ponctuations biréfringentes dues à des fibres présentant une autre orientation.
La websterite est généralement considérée comme monoclinique. L'examen optique n'est pas contraire à cette hypothèse, mais ne la démontre pas cependant; les fibres sont trop enchevêtrées pour que l'on puisse affirmer qu'elles présentent des extinctions obliques dans leur direction d'allongement. L'étude de la websterite de l'argile plastique du Mont- Bernon près Épcrnay est plutôt favorable à l'hypothèse du système orthorhombique : le minéral de ce gisement est formé par de petites
(1) Ann, Sciences natur., mars 1828.
aiguilles enchevêtrées et non groupées en sphérolites : leur extinction est longitudinale ; la bissectrice aiguë est positive et perpendiculaire h une face de la zone d'allongement, parallèlement à laquelle se trouve placé le plan des axes optiques.
L'analyse de la websterite d'Auteuil foite par J.-B. Dumas est voisine de celle qu'exige la composition théorique (1) (AIW, SO^, 9H-0).
Ualotrichilc.
L'action de l'acide sulfurique exercée sur l'argile plastique en présence de mélantérile donne naissance à de l'halotrichite [FeSO^ Al-(S0')S24H*O] ; je n'ai pas trouvé ce minéral isolé, mais j'ai constaté son existence à l'état de mélange mécanique dans les croûtes résultant de l'oxydation de la mélantérite et dont il sera question plus loin.
Sidérose.
C'est, selon toute vraisemblance, à la réaction simple (FeSO*, 711*0 + CaCO^ = FeCO' + (CaSO\2H*0) + 5H»0) de la mélantérite sur des eaux d'infiltration calcaires ou sur du calcaire existant normalement dans l'argile plastique, qu'il y a lieu de rapporter la formation de la sidérose qui se rencontre parfois en assez grande abondance dans l'argile plastique. Dans quelques cas (Issy) la sidérose s'est produite en même temps que la v^ebsterite, les deux minéraux étant voisins l'un de l'autre.
C'est Ch. d'Orbigny qui en 1837 découvrit à Vaugirard, à Vanves, à Arcueil et en diverses autres localités, de véritables lits constitués en grande partie par de petits globules cristallins de sidérose. Ces derniers étaient distribués dans une argile située entre l'argile sableuse et l'argile de la base. A Arcueil, ces globules entrent pour 45 p. 100 dans la masse argileuse qui les renferme. Ces globules ont, dans un même gisement, sensiblement le même diamètre (pouvant dépasser 2 millimètres).
Les nombreux échantillons de cette sidérose que j'ai examinés pro-
(1) S03=z23. A12O5=r30. H«0 = 41 (in Brongniart, op. cit.). La webslerite est faiblement décomposée par Teau, et peut à la longue être transformée en hydrate d'alumine.
viennent des récoltes de d'Orbigny; j'en ai recueilli moi-même l'an dernier dans les carrières d'Issy, Les meilleurs échantillons sont ceux de ce dernier gisement. La sidérose doit être étudiée au sortir de la carrière, car si ce minéral reste, même peu de temps, exposé à l'air, il ne tarde pas à se décomposer partiellement.
A l'état pur, la sidérose se présente sous la forme d'une masse grenue d'un blond clair, pénétrée d'un peu d'argile. L'examen de lames minces fait voir que les globules sont en réalité constitués par un grand nombre de petits rhomboèdres souvent arrondis et afîectant une forme de grains d'orge. Ils sont fréquemment groupés d'une façon quelconque pour constituer les granules macroscopiques, mais, souvent aussi, ils sont arrangés d'une façon régulière, le grand axe des sections étant placé tangentiellement à la périphérie du globule. Ces grains sont pressés les uns contre les autres sans ciment et peuvent être aisément désagrégés. Plus rarement, on rencontre des échantillons dans lesquels les cristaux de sidérose sont isolés et atteignent 0",5 de diamètre; ils se prêtent à un examen détaillé. La figure 6 de la planche XI reproduit la photographie d'une préparation taillée dans un échantillon de ce genre. La sidérose est englobée par de l'argile contenant quelques petits grains élastiques de quartz, elle a la forme de rhomboèdres très obtus ou de prismes hexagonaux terminés par le même rhomboèdre. Les sections perpendiculaires à l'axe vertical sont régulièrement hexagonales et montrent en lumière convergente un axe optique négatif. Le plus souvent, ces cristaux ne sont pas simples, mais sont constitués par le groupement en éventail, c'est-à-dire à axes imparfaitement parallèles, de plusieurs individus. Enfin, j'ai observé quelques groupements dans lesquels les axes principaux des deux composants font entre eux un angle très voisin de 90"* et qui correspondent à la macle suivant p (lOU), connue dans la calcite.
La figure précitée montre une particularité curieuse que présentent très souvent les cristaux de sidérose de ce gisement, leur centre est occupé par un rhomboèdre du même minéral, souvent en partie isolé au milieu d'une cavité, il a la même orientation que le cristal périphérique. r4'est généralement par lui que commence l'oxydation, de telle sorte
Nouvelles archives du mdséum, 3« série. — IX. 35
que les cristaux sont souvent colorés en brunâtre au centre, alors que leur périphérie est presque incolore en lames minces.
Quand la décomposition est plus avancée, le cristal entier est transformé en limonite, des veinules de ce minéral traversent le globule diamétralement ou obliquement, réunissant les cristaux élémentaires qui finissent par se souder et par être transformés entièrement en un globule homogène de limonite.
Les échantillons du gros sphéroïde de l'argile de la carrière d'Issy dont il a été question plus haut renferment des grains de sidérose à structure un peu différente : le centre des grains est formé par des rhomboèdres aplatis groupés en éventail ou en sphérolites ; ils sont entourés par une croûte fibreuse de sidérose en partie oxydée ; dans beaucoup de grains la partie centrale seule subsiste et Ton est ainsi conduit aux globules creux recueillis par d'Orbigny à Arcueil et qui dans les échantillons de notre collection [59. 192J ne renferment plus guère de carbonate; ils sont surtout constitués par de l'oxyde de fer hydraté à poussière rougeâtre. Les globules d'Issy renferment souvent à leur centre des octaèdres de pyrite et quand on examine des lames minces taillées dans les petits nodules encore pyriteux qui, çà et là, s'observent dans les blocs à sidérose, on ne doute plus que ce ne soit cette pyrite qui par oxydation leur ait donné naissance ; on voit dans ceux-ci que la pyrite en octaèdres épigénise les cloisons ou remplit les cavités de fossiles qui paraissent être des graines de chara. La sidérose globulaire constitue donc parfois, sinon toujours une épigénie d'origine organique, comme le supposait d'Orbigny, mais celle-ci a été d'abord pyriteuse avant d'être carbonatée.
On voit en résumé que la sidérose de l'argile plastique, pas plus du reste que de la websterite, ne mérite l'épithète d^oolithique sous laquelle on l'a désignée jusqu'à présent.
Produits d'aité?ritîon de la mélantérile.
La mélantérite s'oxyde à l'air avec une extrême facilité, elle donne ainsi naissance à un produit à aspect butyrique, concrétionné, dont la
couleur varie du jaune pâle au jaune de soufre ; il présente généralement une réaction nettement acide.
Ce produit abonde sur les parois de Targile plastique des carrières d'Issy, où il constitue des concrétions parfois épaisses de plusieurs centimètres. Ces concrétions se dissolvent complètement dans l'eau, celles qui sont de couleur pâle et par suite peu oxydées laissent déposer par cristallisation des aiguilles de mélantérite, mais le plus souvent, on n'obtient aucun produit cristallisé ; la liqueur, en se concentrant, devient sirupeuse, épaisse, puis donne un résidu jaune concrétionné, analogue à celui qui a servi de point de départ.
La coloration jaune de ces concrétions est due à la formation d'un sulfate de sesquioxyde de fer qui me semble voisin (sinon identique), de la copiapite (2Fe*0^ 5S0% 18H*0), mais que je n'ai pu parvenir à isoler, car il est mélangé non seulement à la mélantérite non oxydée, mais à de l'halotrichite, et à du gypse produit par la réaction dont il a été question plus haut.
Produits indirects.
Dans les carrières d'Issy^ sous l'influence des pluies, les concrétions complexes qui viennent d'être étudiées se dissolvent, ruissellent à la surface du sol et, en présence de fragments de calcaire éboulés des assises du calcaire grossier qui recouvrent l'argile plastique, subissent une double décomposition, donnant d'une part, un sulfate basique de sesquioxyde de fer, qui est Vapatélite^ et d'une autre, du gypse.
On peut dans les carrières recueillir des fragments de calcaire grossier, montrant les divers stades de cette transformation en gypse. C'est par une réaction de ce genre qu'il y a lieu d'expliquer l'association constante de l'apatélite aux beaux cristaux de gypse étudiés plus haut. Je ne m'occuperai plus ici que de l'apatélite.
Apatélite.
Le nom à' apatélite a été donné par Meillet (1) au sulfate basique de sesquioxyde de fer qui accompagne d'une façon presque constante les
(1) Re^ue scientifique j II, 255, in Afin. Miner., III, 808, 1843.
cristaux de gypse et la marcasite dans l'argile plastique. On trouve ce minéral en abondance dans l'argile plastique de Meudon, d'Auteuil, d'Issy, etc., sous la forme d'une substance jaune clair, à structure terreuse, constituant de petits nodules irréguliers ou des enduits friables : je l'ai rencontrée en très petite quantité, associée au gypse secondaire des marnes à Cyrena convexa et des marnes bleues de Komainville.
La composition correspondrait, d'après Meillet, à la formule (4Fe*0^ 6S0^ 3H*0). Je renvoie pour la discussion de cette composition et pour les rapports existant entre la raimondite^ la carphosidérite^ la pastréite et Vapatélite au tome III de ma Minéralogie de la France dans lequel ces diverses questions seront traitées en détail.
Il y a lieu de remarquer que l'apatélite se transforme avec la plus grande facilité en limonite par exposition à l'air humide : cette particularité, jointe à la difficulté de séparer mécaniquement le minéral intact de son produit d'altération, pulvérulent comme lui, rend difficile l'établissement de la formule définitive de Vapatélite.
J'ai pu constater que l'apatélite examinée en lames très minces avec de forts grossissements se montre constituée par de petits cristaux à contours vagues, nettement uniaxes, optiquement négatifs et très biréfringents ; ces propriétés sont celles que j'ai observées dans les trois sulfates hydratés de sesquioxyde de fer cités plus haut, ainsi que dans la cyprtmte.
Les caractères extérieurs de tous ces minéraux sont sensiblement les mêmes ; la raimondite, la carphosidérite et la cyprusite se montrent cependant parfois avec une structure macroscopique cristalline qui n'existe, ni dans l'apatélite, ni dans la pastréite.
Produits d'altération primaire (oxydation de la marcasite et de la pyrite. \\ -j tf r
(a. Action de H'SO^ sur la c a. Calcaire. . Gypse,
gangue. ( p. Argileuse. Webstet'ite.
I 1" Qirecis. \ à. Action de la mélantérite ( a. Calcaire. . Gypse^ sidérose. Produits \ I et de H'SO^ sur la]
d'altération j \ gangue. ( p. Argileuse. Haloirichite,
secondaire./ ( a. Produit de Toxydation de la mélantérite. Copiapiie.
\ ' l 6. Action de la copiapite sur le calcaire. . . Apatélite, gypse.
Le tableau ci-dessus résume les réactions qui ont donné naissance aux
produits d'altération de l'argile plastique ; il y a lieu de faire remarquer que tantôt ces réactions ont été effectuées isolément et que tantôt elles se sont enchevêtrées.
Généralité des faits concernant la genèse des minéraux dus à la décom-position des pyrites [pyrite et marcasite).
Les réactions qui, par la décomposition des pyrites, ont donné naissance aux minéraux qui viennent d'être étudiés, ont un caractère de grande généralité, mais il est peu de gisements dans lesquels il soit possible de les étudier en voie de formation dans leurs diverses phases successives et aussi facilement que dans Targile plastique parisienne. Dans la plupart des gisements en effet, une partie des produits formés ont disparu sous l'influence de diverses causes.
Ces phénomènes sont bien entendu indépendants de l'origine sédimentaire ou éruptive de la pyrite et ils sont notamment à comparer aux phénomènes du môme genre qui s'observent dans certaines fumerolles volcaniques; les minéraux qui nous occupent y résultent de l'action de l'acide sulfurique (produit par l'oxydation de l'hydrogène sulfuré) sur des roches variées de composition convenable. Lors d'une récente mission en Grèce, j'ai eu l'occasion d'observer les faits suivants, particulièrement intéressants au point de vue qui m'occupe ici :
Sur la côle occidentale de l'île de Naxos et à quelques centaines de mètres au Nord de la petite ville de Naxie, les falaises sont constituées par des sédiments gréseux tertiaires, recouverts par une argile, riche en pyrite cubique, puis par des conglomérats calcaires que surmontent des conglomérats granitiques. La falaise est par places très démantelée, les débris de sa partie supérieure (conglomérats granitiques et calcaires) s'éboulent sur ses flancs et s'amassent à son pied. Sur ces débris, ruissellent les eaux qui se sont chargées de mélantérite, en passant sur les couches argileuses dont les cristaux de pyrite sont souvent entièrement limonitisés aux affleurements. On retrouve toutes les particularités des enduits de mélantérite et de leurs produits d'oxydation jaunes décrits plus haut, mais dans ce gisement, grâce à la sécheresse du climat, la
mélanlérile peut se conserver mieux que dans la région parisienne et elle s'observe en cristaux nets et transparents. Le long des rigoles qui conduisent au pied de la falaise ces eaux acides, chargées de sulfate de fer, on voit se former des cristaux de gypse identiques à ceux de l'argile plastique d'Auteuil [cristaux simples, ou maclés suivante* (100)], partout où cette argile est riche en calcaire.
Les eaux minéralisées, produites par dissolution des concrétions de sulfates peroxydes, en suintant à la surface des blocs éboulés du conglomérat calcaire, subissent la môme décomposition qu'à Issy et l'on peut recueillir des blocs arrondis de calcaire, superficiellement transformés en gypse (1), mélangé d'apatélite qui les colore en jaune. Partout on voit l'association de ces deux minéraux et il est possible de suivre au microscope toutes les phases de cette sulfatisation progressive du calcaire ; quand elle est incomplète, un coup do marteau permet parfois de séparer la croûte sulfatée d'un noyau de calcaire intact.
Le ravin de Susaki, situé à quelques kilomètres à Test de l'entrée orientale du canal de Corinthe, est connu par une solfatare qui se trouve au contact d'argiles et de conglomérats calcaires pliocènes et d'une serpentine. Cette solfatare dégage de la vapeur d'eau, accompagnée d'acide carbonique et d'hydrogène sulfuré. Celui-ci par décomposition donne non seulement du soufre, mais encore de l'acide sulfureux, lui-même transformé en acide sulfurique ; c'est ce dernier qui en attaquant toutes les roches avoisinantes produit les minéraux qui vont nous occuper.
Depuis longtemps, M. Fouqué avait signalé la transformation en gypse des conglomérats calcaires, j'ai étudié récemment (2) les curieux produits transformés aux dépens de la serpentine. On voit celle-ci se couvrir d^epsomitej puis la magnésie, le fer, la chaux disparaître à l'état de sulfates solubles pour ne laisser que de l'opale, offrant encore la structure
(1) Le gypse produtl par la transformation de ces calcaires est constitué par des aiguilles enchevêtrées et ne ressemble en rien, au point de vue de la structure, au gypse parisien. Ce pourrait être là un argument contre Torigine épigénique de ce dernier, s*il était encore nécessaire de discuter cette vieille hypothèse. A ce point de vue, il y a lieu de faire remarquer que les ossements des mammifères du gypse parisien ont conservé leur structure originelle et n*ont subi aucune des transformations minéralogiques, certainement fort curieuses, qui se seraient produites dans des assises métamorphisées par un mécanisme quelconque.
(2) C. Rendus, CXXIV, 513, 1897.
LE GYPSE DE PAlilS ET LES MINÉRAUX QUI L'ACCOMPAGNENT. 279
microscopique de la serpentine intacte. Elle est généralement imprégnée de gypse résultant en grande partie du ruissellement des eaux superficielles qui ont traversé le conglomérat gypsifère recouvrant localement la serpentine.
En un point du ravin, j'ai observé en outre un curieux accident minéralogique : le fer, au lieu d'avoir été éliminé à l'état de mélantérite, soluble par les eaux superficielles, a été réduit et transformé en marcasite qui imprègne Topale, tapissant même ses cavités de belle masses mamelonnées. Cette marcasite s'altère aisément sous l'influence de la vapeur d'eau acide qui traverse la roche, elle se décompose, donnant ainsi naissance à de la mélantérite dont j'ai pu recueillir de beaux échantillons, généralement riches en magnésie.
Alors, aux dépens de cette mélantérite, se produit tout le cycle de décompositions, étudié plus haut; comme le conglomérat calcaire supérieur s'éboule constamment, à la surface de blocs calcaires qui, au bas du ravin, arrivent en contact avec les produits d'altération, dont il vient d'être question, on voit se produire encore du gypse etdel'apatélite.
Ce gisement est fort remarquable à ce point de vue, car il permet de saisir sur le fait la formation actuelle du gypse pur, s'eff'ectuant par deux voies différentes, bien qu'en réalité elles soient dues à la même action de l'acide sulfurique sur du calcaire. Dans un cas en eff*et, cet acide provient directement d'une fumerolle volcanique, alors que dans l'autre il a passé par diverses combinaisons dont la dernière est un sulfate ferrique.
Le gypse de Susaki est aussi intéressant à étudier, car de même qu'à Naxos, il est facile de suivre pas à pas la gypsification des blocs calcaires qui s'effectue par leur périphérie.
Quant au gypse produit dans les argiles, associées aux conglomérats, il affecte la forme de beaux cristaux, identiques comme forme à ceux d'Auteuil.
Enfin, sur la côte sud-est de l'île de Milo, j'ai observé des faits du même ordre que ceux qui viennent d'être passés en revue: les fumerolles de Piromeni se font jour à travers des assises constituées par une alternance de micaschistes et de calcaires, les vapeurs sulfurées ne
laissent guère subsister dans les micaschistes que le quartz et le calcaire est transformé en gypse ; les sulfates ferrifères offrent les oxydations étudiées plus haut et à la surface de blocs de calcaire, j'ai recueilli, là encore, du gypse et un sulfate analogue à l'apatélite.
B. — Minéraux divers de la craie et de l'argile plastique.
a. Ce lest lie.
La célestite se rencontre dans la craie sénonienne (1) et à deux niveaux de Téocène inférieur dans le conglomérat ossifère de Meudon ainsi que dans l'argile plastique.
il est à noter que les formes dominantes de la célestite sont les mêmes dans ces divers gisements et en outre que ce sont celles qui ont été indiquées plus haut dans les marnes vertes oligocènes.
Craie sénonienne. — La célestite a été rencontrée vers 1817 en fort beaux cristaux dans les fentes des silex de la craie de Meudon et dans les tubulures plus ou moins cylindriques que présente celle-ci. Ces minéraux sont introuvables aujourd'hui.
Cuvier et Brongniart (2) en décrivant ce minéral font remarquer que son origine secondaire n'est pas douteuse, que dans les silex notamment, les cristaux de célestite soudent les fissures d'un même échantillon et ne se trouvent pas dans des cavités primordiales de ceux-ci.
La figure 1 de la planche XIV représente un fragment de silex de ce gisement dont une cassure est couverte de délicates cristallisations de célestite. La figure 2 est la reproduction de la photographie d'une Ananchyies ovata dont le test calcifié a été en partie soulevé pour
(1) M. Munier-Chaimas vient d'indiquer [Bull, Société géologique, XXV, 88, 1897) l'existence de petits amas de célestite dans le calcaire pisolitique d'Auteuil et dans les marnes blanches de Meudon. D'après ce géologue, ces marnes résultent de la décalciQcation de calcaires moniiensk Cerithiwn inopinatum, etc. C'est dans les blocs calcaires d'une argile de ce niveau que M. Jannettaz a signalé autrefois [Bull. Société géologique, XXIX, 41, 1871) l'existence du carbonate de slrontiura, d'où le nom de marnes strontianiféres souvent donné aux marnes de Meudon. Je n'ai pas eu entre les mains de céleslite de ce gisement..
(2) Cuvier et Brongniard, op, cit., 74. ^
montrer une cavité laissée entre celui-ci el le milieu du fossile transformé en silex. Celte cavité est tapissée de cristaux du môme minéral.
Les échantillons de célestite des tubulures de la craie étaient beaucoup plus rares que les précédents. Notre collection en possède de bons exemplaires [il. 162]; les cristaux sont implantés sur un revêtement de limonile scoriacée qui semble indiquer que la cavité étudiée était originellement constituée par un rofi;non allongé de célestite.
La forme de tous les cristaux de Meudon est uniformément celle qui a été étudiée page 237 dans les marnes vertes, c'est-à-dire la combinaison de e^ (OH) avec la pyramide ^ (133) [célestite apotome d'Haûy), et parfois a^ (102); ce sont les cristaux de cette localité présentant celte dernière forme qui ont constitué le type de la célestite dioocynite (1) d'Haûy.
Dans ceux des cristaux de la craie que j'ai étudiés, la pyramide ^ est très développée, souvent même presque seule, elle est fréquemment terminée non seulement par a* (102), mais encore par des facettes A* (100), w(llO), ô*^* (111)- Toutes ces faces terminales sont très petites et très brillantes, alors que les faces e^ et \ sont le plus souvent ternes, mais non arrondies; le minéral est blanc, souvent taché de rouille.
Dans les cristaux tapissant les fentes des silex au contraire, toutes les faces sont généralement brillantes ; les cristaux transparents sont incolores ou légèrement bleuâtres.
Les cristaux qui recouvrent l'oursin figuré dans la planche XIV offrent une forme un peu différente des précédents : tandis que ceux qui sont implantés sur le noyau siliceux du fossile présentent la combinaison e^ ^ a*, avec les faces p généralement peu développées : ceux qui sont fixés à l'intérieur du test calcaire au contraire affectent la forme de tables e^ (011), a* (102), très aplaties suivant la base : il existe parfois des petites faces m.
Eocène inférieur. Conglomérat ossifère de Meudon. — Un second gisement de célestite a été trouvé par Cuvier et Brongniart à Bougival dans le conglomérat dit de Meudo?i. Celui-ci est formé en partie par
(1) Cuvier et Brongniart, op. cit., et Haûy, Minéralogie^ II, 33, 1822.
Nouvelles archivbs du muskum, 3« série. — IX. 30
282 NOUVELLES ARCHIVES DU MUSÉUxM.
des blocs d'un calcaipe dur, jaune, avec fossiles du calcaire de Mons. Dans un de ceux-ci, les auteurs précités ont trouvé une géode tapissée de cristaux de céieslite, atteignant 2 centimètres de plus grande dimension, ce sont eux qui ont constitué le type de la célestile apolome d'Haùy (i). Notre collection renferme les originaux de Cuvier et Brongniart et ceux d'Haiiy. On voit que dans ceux-ci, la célestite non seulement est implantée sur le calcaire, mais encore Timprégne sous forme de longs cristaux mesurant 1 centimètre à partir de la paroi de la géode ; la formation de la célestite a été accompagnée de celle do calcite concrétionnée. Ces cristaux sont fortement translucides, leurs faces sont peu réfléchissantes. L'un d'eux a pu être taillé perpendiculairement à la bissectrice aiguë positive, c'est-à-dire parallèlement à h^ (100), et m'a donné pour l'écarfement des axes optiques la valeur suivante pour la lumière du sodium :
2Eii:i87% d'où 2V=:50^9 environ.
en prenant pour la valeur n^ la valeur 1,624 donnée par Arzruni.
La célestite s'est aussi trouvée dans le même conglomérat à Meudon en masses grisâtres concrétionnées à structure fibrolamellaire : elles remplissent des cavités de corrosion, creusées à la surface de blocs de calcaire [37. 47].
Ai^gile plastique. — Dans l'argile plastique, C.-A. Becquerel (2) a également trouvé la célestite sur des échantillons de lignite. 11 l'a observée en cristaux pouvant atteindre 2 centimètres de longueur, ils étaient parfois implantés dans le lignite comme si on les avait enfoncés avec un coin.
Les échantillons que possède notre collection sont constitués par une sorte de sable ù gros éléments à peine cohérents ; la célestite y forme de très petits cristaux brunâtres, accolés à axes parallèles ou enchevêtrés. Ils présentent les mômes formes que dans la craie de Meudon.
La célestite a été trouvée aussi a Auteuil sous la forme de nodules aplatis, formés par l'enchevêtrement de grandes lames spathiques
(1) CuviER Cl Brongniart, op. cxL^ 17, et HaOy, Miner, y H, 33, 1822.
(2) Ann, chim, et p/ij/s., XXII, 348, 1823.
LIi) GYPSE DE PAIUS ET LES MINÉRAUX QUI L'ACCOMPAGNENT. 283
atteignant 0^"',5 de diamètre, elles sont de couleur variée, jaune ou rouge. La surface de ces nodules présente des faces cristallines distinctes qui montrent que les individus élémentaires de célestite ne possèdent pas la môme forme que dans les échantillons précédents ; leurs formes dominantes sont p (001) et m (110) avec généralement aplatissement suivant />; de nombreuses autres facettes se rencontrent en outre a* (101), a'{i02), ^»(Oil), b'' {ll\).
p. Phosphorite. — Vwianile.
C.-A. Becquerel signale dans l'argile plastique d'Auteuil des nodules terreux, happant à la langue et rappelant l'apparence de la ménilite. Ces nodules avaient de 2 à 3 centimètres de diamètre; d'après une analyse de Laugier, ils seraient constitués par de \h phosphorite.
Je n'ai eu entre les mains aucun échantillon de ce minéral, pas plus que de la vivianite bleue terreuse, signalée par Becquerel, puis par M. Stanislas Meunier (1) à la surface d'échantillons du minéral précédent provenant du même gisement. M. Dollfus m'a signalé l'existence de la vivianite dans l'argile plastique des Moulineaux.
y. Blende.
La blende a été observée pour la première fois par C.-A. Becquerel dans l'argile plastique d'Auteuil. Ses petits cristaux nets du type dodécaédrique ont été retrouvés dans plusieurs gisements analogues de rOise : ils ne constituent qu'un accident minéralogique intéressant, comparable à celui que l'on observe dans de nombreux gisements sédimentaires primaires ou secondaires.