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CHAPITRE m Gypse de redissolution

Je réunis dans ce chapitre tout d'abord les échantillons de gypse, produits par voie secondaire, dans les fentes des formations gypseuses, par recristallisation sur place du gypse dissous par les eaux d'infiltration. Je m'occuperai ensuite de quelques cas de cristallisation à distance de cristaux de gypse dans les conduites d'eau séléniteuse provenant do la région gypseuse qui fait l'objet de ce mémoire.

a. Cristaux distincLs.

Type L — Les cristaux de gypse qui se forment actuellement à la surface des affleurements des marnes vertes, des marnes bleues, sont de petite taille, ils offrent les formes du type I des cristaux de gypse de Targile plastique, les macles suivant A* (100) par accolement ou pénétration y sont assez fréquentes. Ces petits cristaux limpides et incolores sont généralement de très petite taille, ils ont parfois moins de un millimètre. Je les ai observés en abondance à Argenteuil; il est possible que ceux des marnes bleues proviennent en partie de la décomposition de la pyrite.

Ce sont des cristaux de ce môme type, presque tous maclés par accolement suivant h (100) qui constituent un bel échantillon de notre collection [52,380] ayant conservé la forme du tuyau de conduite d'eau dans lequel on Ta rencontré à Montmartre, ils sont colorés en jaunâtre, leurs faces de la zone prismatique sont très cannelées verticalement ; ils atteignent un centimètre suivant l'axe vertical. Ils sont implantés dans du gypse à cristallisation moins nette, de telle sorte que l'angle rentrant de la macle est toujours dirigé vers la cavité de la géode, aussi aucun pointement àangle saillant n'est-il visible. Beaucoup des cristaux de cet échantillon sont formés par accolement à axes parallèles d'un grand nombre d'individus de même forme, mais très minces. Cette structure polysynthétique est mise en évidence par des angles rentrants sur les faces m et «3.

La collection Haûy renferme un échantillon d'une concrétion formée

286 NOUVKLLKS AllGHIVES DU MUSI^IJM.

dans une chaudière d'une machine à vapeur de Chailiot. Il est consliluë par des croûtes fibreuses de gypse, brisées et ressoudées sur lesquelles sont implantés de petits cristaux transparents de gypse de la forme trapézienne. Type II. — J'ai décrit (1) un curieux échantillon de gypse trouvé à Saint-Denis dans le générateur de la chaudière d'une usine. Il est constitué par des cristaux de un centimètre qui sont uniformément maclés

suivant a'^^ (201). Ils sont limités extérieurement par les faces //*, m et des faces arrondies voisines de la zone a^'^ g^\ les angles de celles-ci étant voisins de ceux de a^,^ (549), j'ai indiqué par erreur cette forme dans le travail précité. De même que dans les macles du type III du

FiG. 19. — Projection 5ur ^\010) * ^ ^

d'unemaciesuivaiita»^(2bi)de gypse ludicu, les angles rentrants de la macle gypse (cristaiiisaiion acciden- ^^^^i^tent pas par suite du large développement des faces m. Ces cristaux ont la forme de coins à pointement aigu, à sommet quadrangulaire formé par les faces m très striées parallèlement à leur intersection avec (/ (010) : ils sont implantés sur la paroi par leur extrémité aiguë.

Type III, — Les cristaux transparents qui se forment parfois par recristallisation dans les fentes du gypse (Montmartre, Clignancourt, Belleville, Montreuil, etc.) sont généralement absolument incolores et transparents. Ils appartiennent à la forme lenticulaire avec d'ordinaire les faces m eig^ distinctes.

C'est à la même origine secondaire qu'il y a lieu de rapporter de fort jolis cristaux incolores que j'ai observés dans une géode de l'albâtre de Lagny, les cristaux sont des lentilles maclées suivante'' ^(macle du type II), leur particularité réside dans l'existence des faces «* ' (201), qui sont souvent creuses formant une profonde gouttière entre les faces a^. Ces cristaux atteignent 3 centimètres suivant Taxe vertical.

11 est possible que quelques-uns des cristaux lenticulaires simples ou maclés que l'on rencontre entourés par le gypse niviforme soient d'origine secondaire.

(1) Bull, Société minéndogique, \\\, 51 o, 1889.

LE GYPSE DE PARIS ET LES MINÉllAUX QUI L'ACCOMPAGNENT. 287

p. Gypse nivi forme.

Le nom de gypse niviforme a élé donné à la fin du siècle dernier (1) à une variété de gypse qui présente un aspect très caractéristique. Elle est constituée par le feutrage de lentilles extrêmement minces; ce feutrage est peu serré, de telle sorte que le gypse niviforme se laisse facilement entamer par Tongle et diminue de volume sous l'influence d'une pression peu intense.

La figure 6 de la planche X montre la structure microscopique du gypse niviforme. On voit que ces cristaux allongés rappellent au premier abord les microlites des feldspaths des roches volcaniques. La forme des sections parallèles à y^ (010) et de celles perpendiculaires aux bissectrices ne laisse pas de doute sur la nature lenticulaire de ces petits cristaux microscopiques. Ils sont parfois remarquablement contournés.

Le gypse niviforme remplit des cavités dans le gypse ludien et englobe parfois de gros cristaux de gypse (fig. 3 et 4 de la planche VIII) ; il n'y a pas de niveau spécial pour ce minéral que l'on trouve aussi bien dans la première masse que dans celles qui lui sont inférieures. A Argenteuil, on rencontre dans les marnes à Pholadomya ludensis des rognons formés par des épigénies de gros cristaux de gypse : ils sont constitués essentiellement par de petits rhomboèdres e^ (0221) jaunâtres de calcite, leur centre est occupé par du gypse niviforme.

L'origine secondaire de cette variété de gypse n'est pas douteuse.

y. Gypse fihrolamellaire.

On rencontre parfois dans les marnes intragypseuses et dans les marnes supragypseuses de petits lits ou filonnets de gypse blanc fihrolamellaire, offrant la plus grande analogie avec ceux qui sont si abondants dans les gisements de gypse triasique ; ils sont parallèles à la stratification des marnes ou inclinés sur celle-ci, leur origine secondaire est évidente. On en a trouvé notamment de fort beaux échantillons aux Buttes-Chau-

{{) Journal de physique, XVI, 295, 1780.

mont [o9.35] dans les marnes jaunâtres situées entre la deuxième et la troisième masse, dans les marnes à ménilitc (Montmartre, Pantin, etc.), etc. Co gypse fîbrolamellairo est parfois parfaitement transparent sous une faible épaisseur.

^. Gypse slalactifoimc et concrélionné .

Les cavités des assises gypseuses Indiennes sont fréquemment recouverles par des dépôts concrélionnés de gypse recristallisé, qui dans les échantillons que j'ai observés, ne présentent pas de particularités dignes d'être citées. J'indiquerai toutefois dos stalactites, signalées parPralon (1) à Clignancourt, remarquables par leur couleur jaune citron et leur aspect qui les faisaient ressemblera du sucre d'orge.

Les tuyaux de conduite alimentés par les eaux séléniteuses sont fréquemment tapissés par des enduits de gypse qui peuvent souvent les obturer complètement; la cassure de ces enduits montre des zones concentriques, souvent différemment colorées avec une structure plus ou moins régulièrement fibreuse.

La figure 5 de la planche X représente une lame mince taillée dans un échantillon de ce genre provenant du remplissage presque complet d'un tuyau de 4''",5 de diamètre (Montreuil) [35.15 14]. On voit que la structure microscopique est sensiblement la même que celle du gypse niviforme, avec cette différence toutefois que les éléments en sont de plus grande taille et souvent orientés. Les deux sections très éclairées qui se trouvent presque au milieu du champ font voir nettement le clivage g^ (010) et montrent que la forme de ces cristaux élémentaires est bien celle du gypse lenticulaire.

s. Minéraux néogènes divers de la formation gypseuse.

En outre du gypse recrîstallisé et des minéraux contituant les pseudomorphoses décrites plus haut, la formation gypseuse renferme divers minéraux de formation actuelle, qu'il me reste à signaler.

(1) Op, cit.

Calcile.

Les fentes du gypse sont fréquemment recouvertes par des enduits, des croûtes fibreuses ou des stalactites essentiellement constitués par de la calcite. L'examen microscopique montre que celle-ci est fréquemment mélangée de lames de gypse.

Epsomile.

Vepsomite (MgSO*, 711*0) a été indiquée par Vauquelin (1) en efflorescences à la surface des bancs de gypse de Ménilmontant et des marnes intragypseuses. Ce minéral paraît être peu abondant, il résulte de la réaction du sulfate de chaux dissous parles eaux superficielles sur les marnes magnésiennes. L'échantillon de notre collection est constitué par de petites aiguilles incolores recouvrant une marne blanchâtre. Le minéral dissous dans l'eau recristallise sous forme de prismes orthorhombiques identiques au sel artificiel.

Soufre.

De petites masses de soufre pulvérulent d'un blanc jaunâtre ont été rencontrées dans les marnes gypseuses de Montmartre: elles proviennent de la réduction du gypse par des matières organiques et sont probablement en parlie de formation actuelle, bien qu'il ne soit pas possible de l'affirmer. M. G. Dollfus m'a communiqué un intéressant échantillon de soufre très cristallin de Châtillon englobé dans du gypse laminaire transparent.

Ce mode de formation du soufre si fréquent dans certains gisements triasiques ou tertiaires a été souvent observé dans le sol de Paris où le minéral s'est produit aux dépens de plâtras, on l'a trouvé notamment en 1778 à la porte Saint-Antoine (2), et en 1881 dans le sous-sol de la place de la République (3).

(i) Hauy, BulL Soc. philom., 440, 1798.

(2) Mém. Acad. Sciencis, 1780, lOo.

(3) Daubréb, C. RendtiSy XCH, 101 et UiO, 1881, et A. Lacroix, MinéraL de la France et de ses colonies, H, 371, 376, 1897.

Nouvelles akciiives du muséum, 3* série. — IX. 37

APPENDICE (gisement d'albâtre de thorigny).

Au moment du tirage de cette feuille, j'ai pu, grâce à l'obligeance de M. Taté, visiter en détail la carrière souterraine d'albâtre de Thorigny dont il a été question page 230. J'indiquerai ici les principaux résultats obtenus par cette étude, renvoyant pour le détail à un prochain mémoire.

L'albâtre forme un banc d'environ deux mètres d'épaisseur, au-dessous de la deuxième masse du gypse : il a pour toit une marne magnésienne, pour mur des marnes et des lits de gypse h structure normale, renfermant beaucoup de grandes lentilles en banc continu.

La partie supérieure de l'albâtre est irrégulière, concrétionnée, creusée de cavités remplies par la marne. C'est là surtout que se trouvent les grandes masses laminaires de gypse (p. 230), elles se terminent souvent dans la marne par des pointemcnls cristallins.

Le quartz est disséminé non seulement dans l'albâtre, mais dans la couche inférieure du gypse normal, et jusque dans les grandes lentilles gypseuses de celle-ci. En dissolvant dans un acide les agrégats miarolitiques de calcite et de quartz (p. 248), j'ai trouvé mélangée au quartz une petite quantité de cristaux de célestite. Ce nouveau gisement de céleslite est à comparer à celui des caillasses de Trilport (p. 248) : il montre que le sulfate de strontium existe normalement en proportion infinitésimale dans le gypse ; grâce à sa faible solubilité, il se concentre par la dissolution de ce dernier.

Enfin, dans la masse de l'albâtre se trouvent des cavités de corrosion sur les parois desquelles sont implantées de magnifiques lentilles transparentes et incolores de gypse, riches en faces brillantes, et offrant tous les types du gypse Indien : elles me permettront sans doute de préciser les formes de celui-ci. Quand ces cavités de corrosion sont creusées dans Talbâtre laminaire, les cristaux néogènes sont orientés comme celui-ci. Ces cristaux drusiques sont parfois de grande taille ; ils atteignent un décimètre, ils sont jaunâtres et ne se distinguent pas des grandes lentilles ludiennes. Leur origine secondaire étant indiscutable, l'hypothèse que j'ai émise page 286, sur la possibilité de l'origine secondaire des lentilles ludiennes implantées dans le gypse en roche, devient à mes yeux presque une certitude.

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