INTRODUCTION
Dans la région parisienne, le gypse se rencontre dans des conditions très différenles, également intéressantes au point de vue minéralogique, mais ayant au point de vue géologique une im[)ortanco inégale.
La craie senonieîine présente à Meudon des tubulures et des diaclases depuis longtemps décrites, le long des parois desquelles ont été observés autrefois de petits cristaux de gypse et de céleslite. On verra plus loin que ce gypse paraît dû en grande partie à la réaction sur la craie des produits de la décomposition de sulfure de fer.
A la base de l'éocéne, V argile plastique (sparnacien) est très riche en magnifiques cristaux transparents de gypse; eux aussi sont liés à la décomposition de la pyrite et de la marcasile qui en outre a donné naissance à de nombreux minéraux (webslerite, apalélile, sidérose, etc.).
Une petite quantité de gypse secondaire se rencontre dans les marnes miocènes.
Avec Véocène moyen^ apparaît toute une série de gisements gypseux qui ont une origine différente et qui fournissent non seulement des cristaux de gypse isolés au milieu de marnes ou d'argiles, mais encore des lits gypseux continus ; ceux de Vcocène supéineur^ possèdent une grande importance géologique et économique.
Depuis la fin du siècle dernier, on connaissait dans les assises supérieures du calcaire grossier (lutétien supérieur), désignées sous le nom de caillasses^ de curieuses pseudomorphoses de gypse, associées à des
cristaux de quartz, de fluorine, de calcile. M. Munier-Chaltnas, en utilisant les sondages effectués dans diverses parties de Paris ou de ses environs, a montré. que les niveaux renfermant ces pseudomorphoses représentent les affleurements de lits continus de gypse, qui ont persisté là où un puissant manteau sédimentaire les a préservés de la dissolution superficielle, accompagnée des phénomènes chimiques dont il sera question plus loin. Il paraît bien établi aujourd'hui que ces diverses formations gypseuses du hdétien supérieur^ de môme qu'un certain nombre de niveaux analogues du barto7iien [sables de Deaucliamp^ calcaires de Samt-Ouen) ont une origine lagunaire. 11 en est de môme, non seulement pour le gypse du ludien^ qui forme les puissantes masses exploitées dans la région parisienne, mais encore pour celui qui se trouve en cristaux épars ou en lits continus dans les assises de Voligocène inférieur [marnes supragypseuses^ marnes vertes et stampien).
La discussion de Thypothèse adoptée (1) et de celles qui ont été proposées autrefois pour expliquer le mode de formation des dépôts gypseux, pas plus que l'étude stratigraphique de ceux-ci, n'est Tobjet de ce travail, aussi je renvoie pour ce sujet aux nombreuses publications dans lesquelles il est traité. Ce mémoire, en effet, a pour but spécial de mettre en lumière les formes propres aux cristaux de gypse correspondant aux deux catégories de mode de formation indiquées plus haut, c'est-à-dire à la cristallisation directe par évaporation d'eau de mer s' effectuant dans des lagunes et à la formation par réaction secondaire des produits de décoinposition du sulfure de fer sur des assises renfermant du calcaire; j'y joindrai quelques observations sur les formes que prend le gypse déposé par les eaux qui se sont chargées de sulfate de chaux en circulant dans les gisements gypseux postérieurement à leur dépôt.
Dans chacun des trois chapitres qui vont suivre, un paragraphe est consacré aux minéraux qui accompagnent le gypse et sont liés d'une façon plus ou moins intime à la formation de celui-ci.
Afin d'éviter les redites, je donnerai ici l'énumération des couches
(1) Celle hypolhèse a été formulée d'une façon extrêmement nette dès 1780 par Pralon [Journal de Physique, p. 289), dans une description miuéralogique de la colline de Montmartre, fort remarquable pour cette époque.
gypseuscs dont ii sera question dans ce mémoire, avec l'indication dos minéraux qui seront étudiés plus loin.
L'ordre suivi et la nomenclature stratigraphique employée sont ceux qui ont été adoptés par MM.de Lapparent(l) et Munier Chalmas (2) dans leurs récentes publications.
L — Niveaux lacunaires renfermant du gypse d'origine primaihe. Olifjocène inférieur (lODgricn).
a. Slampîea.
Marnes à Ostrea cyalhula Gypse, moulages de sel marm.
b, Sannoisîen.
Marnes verles Gt/pse [et pseucL), célestite.
Marnes à Cyrena convexa Gypse^ célestite.
Marnes supragypseuses blanches, puis bleuâtres Gypse,
Éocène, a, Ludien.
AUernances de bancs de gypse et de marnes (formation lagunaire avec quelques retours de Télément marin).
Ces assises comportent les divisions suivantes :
Première masse du gypse (haute masse) non stratifiée, ayant de iO à 20 mètres d*épaisseur (gisement des ossements de mammifères : Palœotherium^ Anaplotherium, etc.) ;
Marne à ménilitc ;
Deuxième masse du gypse (alternance de lits de gypse saccharoïde et de marnes jaunes).
Marne marine jaune à Lucina inornala.
Troisième masse du gypse.
Marne à Pholadomya ludcnsis.
Quatrième masse du gypse (horizon restreint et peu constant) recouvrant les sables marins d'Argcnteuil.
(1) Traité de géologie , 1893.
(2) BulL Soc, géol.y XVII, 846, J889. — C. rendus, CX. 003, 1890.
Gypse {t't pseud, siliceuses et calcaires), célestite^ ménilite, calcitCf moulages de sel marin, pyrite, etc.
b. Bartonien.
Calcaire de Saint-Ouen, saumàlre à la base, lacustre au Gypse {pserid, siliceuses et cal-
sommet caires), ménilïte^ opale ncc-
tlque^ ma'inés'Ue.
Sables de Beauchamp (calcaire de Ducy, et horizon à Gypse {pseucL siliceuses et cal- Melanla hordacea) cairei).
c, Lutélien supérieur.
Caillasses (lits minces de marnes, de calcaires et de bancs Gypse {pseud. siliceuses et cal-
siliceux) caires), quartz, lutécite, cat-
cédoine,calcite^fluorinc^célestitCy moulages de sel marin,