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CHAPITRE III

L'IVRESSE HACHICHIQUE

L’ivresse résultant de l’intoxication aiguë par le hachich présente, d’une façon très générale, deux états : une grande excitation suivie d’une extrême dépression. L’apparente contradiction de ces résultats toxiques ne doit pas nous surprendre puisqu’elle est commune à un grand nombre de substances toxiques :

l'alcool, le chloroforme, la morphine par exemple. Nous venons d’ailleurs de voir que les effets de cette ivresse sont variables selon les doses absorbées, selon les modes d’absorption, selon les préparations choisies, selon la résistance individuelle du hachiché, selon son contenu mental conscient ou subconscient. Essayons cependant de préciser ct de poser scien-

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tifiquement, les caractéristiques de l'ivresse hachichique selon les plus typiques analyses que possède la littérature physiologique, psychologique et médicale.

Cest à Moreau pe Tours que nous demanderons la première description des effets du poison. On sait qu'il avait réalisé des expériences pour savoir, par lui-même, comment déraisonnait un fou. Il partait en effet de ce principe que l’intoxication par le hachich détermine un véritable état de folie provoquée. Nous diseuterons par ailleurs le bien ou mal fondé de cette théorie. Ne retenons en ce moment que les caractéristiques de livresse hachichique, magistralement décrite par l’illustre médecin de Bicêtre, sans oublier cependant, que, dans son plan général, le hachich n'est que le moyen qui lui sert à défendre une thèse de psychologie générale : l'identité du rêve et de la folie.

Le premier effet produit par lPingestion du hachich est, selon Morkau ve Tours, un sentiment de bonheur tout psychique auprès duquel les voluptés les plus spiritualisées sem-

blent matérielles. « Cest un sentiment de bien-être physique et moral, de contentement intérieur, de joie intime, bien-être, contentement, joie indéfinissable que vous cherchez vainement à comprendre, à analyser, dont vous ne pouvez saisir la cause. Vous vous sentez heureux, vous le dites, vous le proclamez avez exaltation, vous cherchez à l’exprimer par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, vous le répétez à satiété; mais pour dire comment, en quoi vous êtes heureux, les mots vous manquent pour l’exprimer, pour vous en rendre compte à vous-mêmes !, » C’est ce sentiment d’euphorie qu'on retrouve assez souvent en pathologie mentale.

Le second phénomène est l'excitation, Phypoproséxie, la dissociation des idées qui est, pour Moreau DE Tours, le phénomène fondamentale de tout délire, ce qu’il a appelé le fait primordial. & Un des premiers effets appréciables de l’action du hachich, c’est laf-

1. Moreau De Tours, — Du hachisch et de l’aliénation mentale. Etudes psychologiques. Paris, Librairie de Fortin- Masson et Cie, 1845, 1 vol. 431 p.

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faiblissement gradué de plus en plus sensible du pouvoir que nous avons de diriger nos pensées à notre guise, là où nous voulons et comme nous voulons » ‘. La volonté fléchissant sous l’action du hachich « la mémoire ct l’imagination prédominent, les choses présentes nous deviennent étrangères, nous sommes tout entiers aux choses du passé et de l’avenir..… nous nous endormons en révant » *. C’est pourquoi les luxurieux orientaux cherchent à lancer les rêves du hachich par des voies voluptueuses en se plaçant dans le milieu choisi. « C’est au fond de leur harem, entourés de leurs femmes, sous le charme de la musique et des danses lascives exécutées par des almées, qu'ils savourent l’enivrant dawamese, et, la superstition aidant, en voilà assez pour qu'ils soient transportés au sein des merveilles sans nombre que le Prophète a rassemblées dans son paradis » ÿ.

Vient ensuite, en troisième lieu, l’altération

4. MOREAU DE Tours. — Loc. cit,, page 60, 2. Moreau DE TOURS. — oc. cit, pages 63 et 64, 3. MOREAU DE Tours. — loc. cit., page 61.

des notions de temps ct d'espace, résultat de la dissociation des idées. Le temps semble d’abord étonnamment long; puis les minutes deviennent des heures et les heures des journées; enfin « d’exagération en exagération, toute idée précise de durée nous échappe, le passé et le présent se confondent » !.

L’hyperacousie apparaît alors. La musique ‘agit de la façon la plus intense sur l'individu hachiché. Cela tient d’une part à l’action physiologique du poison sur la sensibilité auditive, d'autre part aux multiples associations d'idées dont les résultats sont intensifiés par Pintoxication. « C’est ici vraiment que les expressions manquent pour peindre les émotions de toute sorte que peut faire naître l’harmonie. La musique la plus grossière, les simples vibrations des cordes d’une harpe ou d’une guitare vous exhaltent jusqu’au délire ou vous plongent dans une douce mélancolie.

Suivant même la disposition d’esprit où lon se trouve, l’ébranlement moral se communi-

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