MOREAU DE Tours. — oc, cit, p
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de documents et nous entraïnerait trop loin.
Nous pensons d’ailleurs que cette conception reste une des meilleures de MorEau DE Tours et qu’il pourrait être très intéressant de la reprendre à notre époque, nos connaissances plus développées nous permettant une critique profitable.
La méthodologie de Moreau DE Tours en partant de ce principe que: « pour savoir comment déraisonne un fou, il faut avoir déraisonné soi-même » est l'exacte image des conceptions philosophiques de son temps. On sait qu’il y avait alors la psychologie des philosophes et la psychologie des médecins.
La psychologie des philosophes était, et était uniquement, une science d'observation introspective. A côté d’elle il y avait la psychologie des médecins, uniquement descriptive, faites de descriptions forcément incomplètes et qui s’en tenait à l'aspect des phénomènes. La psychologie introspective nous a laissé de précieuses analyses mentales ; mais des attaques justement victorieuses ont définitive- .ment démontré l’étroitesse de ses limites et
les nombreuses causes d’erreurs qu’elle renfermait. La médico-psychologie, simple recueil clinique, progressa; mais chacun de ses progrès montrait l'insuffisance de ses méthodes et les transformait. Ainsi se forma ladmirable école des aliénistes français du xrix° siècle. Enfin lorsque fut née, avec Lorze et FECHNER, la psycho-physique allemande, la psychologie contemporaine, dite expérimentale à cause de la méthodologie qui lui est propre, s’est constituce peu à peu de cette triple union, ceux-ci rejetant à peu près la méthode introspective, ceux-là dont nous sommes, lui reconnaissant une importante place parmi les méthodes psychologiques, mais la conditionnant aux données de l'expérience sous le nom de méthode de l’analyse mentale. N'oublions d'ailleurs pas que toute science est à l'image de notre pensée et qu’à leur tour toutes les méthodologies imaginables sont conditionnées par cette pensée elle-même.
Nous ne pouvons donc attaquer MoR£au DE Tours pour ce qu’il a voulu faire de la psychiâtrie introspective. Il obéissait en cela aux
meilleurs conceptions philosophiques de son époque. « Pour se faire idée d’une douleur quelconque, il faut Pavoir ressentie » disait-il excellemment, mais il oubliait que cela n’est pas suffisant, qu'il faut aussi en connaitre toutes les causes et tous les effets, savoir par quelles nécessités physico-chimiques et anatomo-physiologiques elle est conditionnée. Il oubliait surtout que nous ne concevrons ainsi de la douleur que le fait interne, lequel fait internesera encore très déformé par les imperfections de notre mémoire affective, et que nous ignorerons absolument le rapport si important entre le fait interne et le fait externe. C'est pour l'avoir méconnu, pour avoir voulu être introspectif à outrance, que MoR£au DE Tours a fait une systématisation évidemment exagérée.
Sa thèse favorite a d’ailleurs été reprise par des aliénistes contemporains. N'est-elle pas une de ces thèses populaires chères à la philosophie du sens-commun ? Tout récemment, MM. ANTHEAUME et DromarD la reprenait sous une forme moins absolue et quel-
que peu modernisée. Ces auteurs admettent une différence organique évidente entre le rèveur et l’aliéné, mais pensent que « les modifications subies par la faculté pensante »
(?) sont identiques dans ces deux états « quant à leur nature essentielle et purement psychique. »!
Nous avouons n'être pas du tout convaincu.
Car enfin qu’apportent de plus que Moreau DE Tours les deux aliénistes contemporains? Ils parlentcomme lui des hallucinations hypnagogiques, fort bien décrites, certes, par certains auteurs, mais sur la genèse psychologique desquelles nous ne pouvons risquer que des hy-
pothèses ? ; ils parlent naturellement aussi de
la folle du logis, dont tout le monde parle dupuis Pascaz, mais que les psychologues feraient bien de négliger un peu au profit de l’'émoti-vité qui la dirige et l’explique ou de l’émotion qui la provoque. Ils ajoutent aux arguments
de Moreau DE Tours les cas de délire onirique
4. ANTREAUME et DromanD, — Poésie et Folie. Paris, Doin, 1908, p. 119.