‹ Le héros de la Monongahéla [microforme]Chapitre 3 sur 3 · D DS · texte numérisé non relu

D DS

“ Braddock, écumant de rage, galopait au milieu de cette foule désespérée, l'imprécation et la menace à la bouche, traitant ses soldats et les miliciens qui fesaient le coup de feu derrière les arbres, de Tâches et de misérables, tout en s'efforçant à coups de plats d'épée, de les réformer en compagnies pour les faire donner contre les bataillons ennemis qu'il ne voyait pas luimême,

“ Déjà il avait eu quatre chevaux tués sous lui, Il venait de se remettre en selle pour lu cinquième fois et donnait le signal de la retraite quand un coup de feu l’étendit sur le sol, blessé à mort ; une baile lui avait traversé le bras gauche et les poumons,

“ Deux capitaines des milices virginiennes l'enlevérent à la hâte, quoiqu'il les suppliât de le laisser mourir sur le champ témoin de sa défaite, et l'ayant placé sur le dos d'un cheval, l'entrainèrent malgré lui, dans leur fuite.

“Ce ne fut pas, en effet, une retraite ; ce ne fut pas une déroute ; ce fut une fuite éperdue, haletante, désordonnée, presque sans exemple dans l’histoire.

# Dans cette armée qui quelques heures auparava:. :archaït, musique en tête, comme à un triomphe, toute trace de discipline avait disparu.

“Officiers, sous-officiers et soldats, tous fuyaient pêle-mêle, dans un épouvantable désordre.

“ La plupart avaient jeté leurs armes et leurs accoutre. ments; quelques-uns même, pour courir encore plus vite, s'étaient dépouillés d’une partie de leurs vêtements.

“ Une cinquantaine de sauvages, poursuivant ces fuyards éperdus en assommèrent plusieurs à coup de tomahawk et laissèrent une partie des autres se noyer dans la Monongahéla que l’arrière-garde avait retraversée à la hâte après avoir abandonné les bagages.

“ Le capitaine Dumas, sachant que le colonel Dunbar se trouvait à quelques lieu :s de l’autre côté de la Monongahéla, avec un corps de sept à 1 tit cents réguliers, ne fit pas pour-suivre l'ennemi au-delà de la rivière,

“ Le vendredi, 11 juillet, Braddock arrivait mourant au camp de Dunbar avec quatre-vingts soldats ralliés par Gage, triste débris d’une armée qui paraissait invincible. Il expira le 13 qui,était un dimanche, à huit heures du soir et fut enterré à la hate près du fort Nécessity, au pied d'un chêne que l’on peut encore voir aujourd'hui.

“D’après ses ordres, Dunbar qui se croyait poursuivi, détruisit tous les magasins de l'armée, encloua ou enterra ses canons, fit sauter une grande quantité de bombes et jeter dans un cours d’eau cinquante mille livres de poudre, brûla 150 chariots contenant des provisions de toute espèce, ne se réservant que ce qui était absolument nécessaire pour nourrir les restes de l’armée fugitive, qu'il ramena ensuite, à marches forcées, jusqu’à Philadelphie, où elle prit ses quartiers d'hiver.

“ Ainsi se termina cette sanglante bataille de la Monongahéla qui fit perdre aux Anglais, tant dans l’action que par leur fuite plus de 1,700 soldats. Sur 86 officiers 63 furent tués ou blessés.

“ Du côté des Français, il n’y eut que trois officiers de tués ; M. de Beaujeu, (1) le lieutenant de Carqueville (2) et le‘chevulier de la Pérade (3).

(1) Sépulture de M. de Beaujeu, commandant Ca fort Du Quesne. L'an mille sept cent cinquante-cinq, le neuf de juillet, a esté tué au combat donné contre les Anglais et le même jour que dessus, M. Liénard Daniel, escuyer, Sieur de Beaujeu, capitaine d'infanterie, commandant du fort Du Quesne et de l’armée, lequel estoit agé d'environ de quarante-cinq ans, ayant esté en confesse et fait ses dévotions le mesme jour ; son corps a esté inhumé le douze de mesme mois dans le cimitière du Fort Duquesne sous ie titre de l’Assomption de la Ste. Vierge à la belle Riviere et cela avec les cérémonies ordinaires, par nous, Pre Recollet soussigné, aumonier du Roy au susdit fort en foy de quoy avons signé,

Fr. Denys Baron, P.R.

Aumonier.

(2) Sépulture de M. Carqueville, lieutenunt dans les troupes du détachement de la marine. L’an mille sept cent cinquante-cinq, le neuf de juillet, a esté tué au combat donné contre les Anglais, et le mesme jour que dessus M. Dericherville, escuyer, sieur de Carqueville, lieutenant dans les troupes du détachement de la marine, après avoir été le mesme jour en confesse, lequel estait âgé d'environ de trente-trois ans : son corps a été le dixiesme du susd't mois inhumé dans le cimetière du fort Duquesne à la belle Rivière sous le vitre de l’Assomption de la Ste-Vierge, et cela avec les cérémonies ordinaires par nous, Pre Recolet, soussigné aumonier du Roy au susdit fort en foy de quoy avons signé

FR. DENYS BARON, P. R., Aumonier.

(3) Sépulture de M. Laperade officier dans les troupes de l'Isle Royale. L'an mille sept cent cinquante-cingq le dix de juillet est décédé au fort Du-

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“ Quatre autres officiers furent blessés: M. Le Boigne et M. Hertel (1) qui mourut de sa blessure le 30 juillet, eurent

tous deux le bras cassé.

“M. de Bayeul reçut une balle dans la bouche, qui lui sortit

par la joue et M. de Montmidi fut blessé au bras dans les

chairs.

‘ Parmi les soldats et les sauvages le chiffre des morts ne dépassa pas la trentaine: il n’y eut guère plus de blessés,

“ Les Français firent un butin considérable, tous les équipages de l’enneni, les vivres, l'artillerie composée de huit pièces de canons, sept mortiers et ustensiles de toute espèce, beaucoup de fusils et de munitions de guerre, la caisse militai.e contenant $100,000 et tous les papiers du général Braddock ainsi que ses plans de campagne et instructions, trois ou quatre cents chevaux et une centaine de bœufs tombèrent entre les mains du vainqueur.

“ Mais l'avantage le plus considérable que les Français retirèrent de leur victoire, outre la conservation de la vallée de l'Ohio, fut de détacher complètement de l'alliance anglaise les tribus sauvages encore indécises et qui jusqu'alors étaient

restées neutres.

“À la nouvelle du désastre de Braddock, elles se jetèrent

sur la Virginie, la Pensylvanie et le Maryland semant partout

quesne sous le titre de l'Assomption de la Ste Vierge, M. Jean Baptiste de lapérade escuyier sieur de Brieux enseigne dans l2s troupes de l'isle Royale ayant esté blessé le neuf du présent mois dans le combat donné contre les Anglais après avoir reçu les Sts. Sacremens de pénitence et d'extrême onction ; son corps a esté inhumé dans le cimetière de mesme fort par nous Ptrê. Recollet soussigné aumonier du Roy au susdit fort en foy de quoy avons signé.

FR, DENYS BARON, P. R, Aumonier,

(1) Sépulture de M. Joseph Hertel cadet dans les troupes.

L'an mille sept cent cinquante cinq le trente juillet est décédé au fort LHAnEANS sous le titre de l’Assomption de la Ste Vierge à la belle Rivière M. Joseph Hertel, écuyer, sieur de Ste-Thérèse cadet dans les troupes de la marine âgé de vingt-deux ans ou environ après avoir reçu les sacrements de Pénitence, Viatique et d'extrême onction, son corps a été inhumé dans le cimetière du susdit fort par nous prêtre Récollet soussigné aumonier du Roy au fort de la presqu'île et de la rivière aux bœufs et cela avec les cérémonies ordinaires et l'agrément du père Denys Baron aumonier du Roy au susdit fort Duquesne lequel a signé avec nous

F, GuE Cor.LEt, P. R., aumonier de la presqu'ile et Rivière aux Sœufs, Fr. DENYS BARON, P. R., aumonier du fort Duquesne.

UT

la désolation et la ruine. De leur côté les bandes canadiennes et les autres nations auxiliaires ne restèrent pas inactives, et \ l’effroi fut tel parmi les colonies que les frontières devinrent désertes et que dans les grands centres mêmes des prédicateurs se trouvèrent obligés de rassurer, du haut de la chaire, les habitants consternés,

“Plus d’un siècle s’est écoulé depuis cette mémorable bataille, la plus glorieuse peut-être des fastes militaires de l'Amérique, si fertile pourtant en hauts faits et les cendres du capitaine qui tomba victorieux sur les bords de la Monongahéla ne reposent pas même sous une simple pierre commémorative.

“ Comme si ce n’était pas assez de cet oubli injurieux envers un de nos plus beaux noms, l'histoire attribuait à un autre, à un absent, l'honneur de l'initiative dans cette lutte disproportionnée, et fesait réjaillir sur M. de Contrecœur une partie de la gloire qui revient tout entière à M. de Beaujeu.

“ Mais enfin la lumière s’est faite et aujourd'hui que la France et l'Angleterre, déposant leur vieille haîne, ont mis leur épée et leur génie au service de la civilisation du monde, chacun de ces deux grands peuples à appris à mieux se comprendre et s’apprécier, et le jour approche où une chapelle expiatoire sera élevée dans Pittsburg aux mânes du héros de la Monongahéla. 4

“Déjà la France d'aujourd'hui commençant sa noble et | grande œuvre de réparation a fait élever un monument à 4 La Bourdonnais, sur une terre britannique, avec l’acquiescement de son ancienne rivale. Cet hommage tardif rendu à la mémoire d’un grand homme, honore tout à la fois les deux peuples et les deux gouvernements, et ne nous luisse aucun doute sur l'exécution prochaine des monuments que l’on doit ériger à M. de Beaujeu.

“Mais en attendant ne serait-ce pas, de la part de nos ministres, une œuvre tout-à-fait patriotique que de nommer, du nom de Monongahéla, quelqu'un de nos townships nouveaux.

“ Ne serait-ce pas aussi, chez nos édiles, faire preuve d’un

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sentiment élevé de la dignité nationale que de donner ce nom glorieux, ce nom vraiment historique, à quelqu'une de nos plus belles rues, de nos plus belles places, où à l’un de nos boulevards projetés !

“ Le souvenir de pareils faits d'arme ne peut être gardé trop religieusement.

“ N’est-il pas, en effet, une exhortation puissante et continuelle qui semble provoquer naturellement aux actions héroïques et qui, tout en nous promettant d'envisager notre origine, avec un orgueil légitime nous fait encore aimer davantage la patrie.”

Un écrivain d’infiniment de talents et de hautes connaissances archéologiques, monsieur l'abbé Daniel, du séminaire de St-Sulpice, qui a publié l'histoire des grandes familles Francaises du Canada, à consacré plusieurs pages émues, à lu mémoire du héros de la Monongahéla.

Il n’a pu voir plus longtemps sans une douloureuse indignation, l'injure et l'injustice que l’on faisait au vainqueur de Braddock, en lui enlevant au moins la moitié d’un triomphe qui lui appartenait tout entier.

Il est bon de noter que les pages qu'on va lire sont une rectification.

M. l'abbé Daniel, lui aussi, était tombé dans une erreur commise sur la foi d'écrivains qui jusqu'alors avaient fait autorité, mais depuis les travaux si consciencieux des Shea, des Parkman et d’autres qui ont produit à l'appui de leur œuvre des documents nombreux et authentiques, l'erreur n’est plus possible,

Maintenant écoutons l'abbé Daniel : “ Quoiqu’on en ait dit ct pensé jusqu'à présent c'était M. de Beaujeu et non M. de Contrecœur, qui commandait au fort Du Quesne en 1755. C’est donc à lai et à lui seul que revient la gloire d’avoir triomphé de l’armée anglaise, nous tenons à constater ce double point, afin de rectifier ce que nous avons avancé plus haut sur la foi des autres. 10 M. de Beaujeu commandait seul au fort Du Quesne.” M. de Contrecœur ayant demandé dans l'hiver précédent son rappel, écrit une pieuse contemporaine, “ M. le

marquis du Quesne avait envoyé M. de Beaujeu, capitaine, pour le relever, avec ordre toutefois à M. de Contrecæœur de ne revenir qu'après l'expédition, supposé qu'on fût attaqué, comme on avait lieu de le croire” M. de Bcaujeu, qui commandait dans ce fort, lit-on dans un mémoire déposé aux archives de la marine, prévenu de la marche des ennemis et fort embarrassé avec le peu de monde qu’il avait de pouvoir empêcher ce siége, se détermina à aller au devant.

“ Monseigneur, écrivait à son tour, au ministre des colonies, Madame de Beaujeu, après la mort de son mari, j'espère que vous voudrez bien faire attention au malheur que je viens d'avoir de perdre mon mari. Il s’est sacrifié à la rivière de l'Ohio, dont M. le Marquis du Quesne lui avait donné le coinmandement ce printemps. Enfin son acte de sépulture le déclare. “ Commandant au fort Du Quesne.” Ce point nous parait donc bien établi. Le second qui en découle, ne l’est pas moins. Ilo C’est à M. de Beaujeu que revient la gloire d’avoir triomphé de l’armée anglaise. C’est lui seul qui conçoit et exécute le dessein d’aller attaquer l'ennemi. S'il se détermine à aller au devant, dit le mémoire déjà cité, il le proposa aux sauvages qui étaient avec lui. “ Parlant de son beau dévouement, sa tante, la mère de la Nativité écrit : “ Le Seigneur nous à enlevé le cher de Beaujeu qui s'est exposé et a sacrifié sa vie pour le salut de la patrie. “ Lui seul commandait en chef”. Il avait sous lui, rapporte la pieuse annaliste déjà mentionnée, MM. Dumas et de Ligneris, et quelques officiers subalternes. Elle ne dit pas un mot de M. de Contrecœur. Illo enfin, lui seul décida du succès de la bataille, comme le prouve lo son plan d'attaque si hardi, et si habile, 20 sa bravoure à la tête des troupes, et 30 la vengeance que tirèr it les sauvages de sa mort, en achevant la victoire. Suivant deux mémoires, il fut frappé à mort à la première décharge de l'ennemi; d'après d’autres, ce ne fut que la troisième, lorsque l’action était déjà bien engagée : “s’avançant au milieu des foudres et des feux, dit encore le même annaliste, sa contemporaine, il tomba mort à la troisième décharge de l’en-

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istre des colomari, j'espère r que je viens la rivière de onné le coinpulture le déint nous pale, ne l’est pas gloire d’avoir iÇoit et exécumine à aller aux sauvages Vouement, sa r nous à encrifié sa vie en chef”, I] mentionnée, Subalternes, Illo enfin, > le prouve 20 sa bratirèr it les ivant deux écharge de L troisième, b au milieu ste, sa conve de l’en-

nemi. ” De son côté, M. de Vaudreuil certitie que le chevelier de Beaujeu, Capitaine d'Infanterie du détachement de la marine, à été tué le 9 juillet 1755, d'un coup de canon chargé à cartouche à la troisième décharge qu'il tit donner par les troupes et les sauvages de la colonie qu'il commandait.” Nous nous en sommes rapporté à ce dernier témoignage.”

Devant un résumé aussi net, aussi vif, aussi concluant, quel est l’homme impartial, quel est le canadien surtout qui refuserait plus longtemps de rendre à César ce qui appartient à César et au vainqueur de la Monongahéla toute sa gloire qu'il à chèrement achetée ?

Ji n'y à là ni ombrage, ni tatonnements, ni hésitations : quelconques.

Ces deux pages disent tout, résument tout, réglent tout.

Quel dommage qu'un écrivain aussi puissant aussi sincèrement dévoué à son pays que l'abbé Ferland, soit cependant tombé dans cette grave erreur que nous ne pouvons appeler autrement qu'hérésie historique !....

Sans aucun doute le cours d'histoire du Canada est un véritable monument que l'abbé Ferland à élevé à la gloire des lettres et du pays, mais de semblables erreurs historiques le déparent et sont doublement cruelles, car l'écrivain et le héros étaient tous deux enfants du même sol.

“ Nous ne nous rappelons pas, sans une douce émotion, écrivait encore M. P. Stevens en parlant de l'abbé Ferland, avoir été honoré de la bienveillance et de l'amitié de cet homme illustre.

Nous lui avons lu, de temps à autre, des fragments historiques, entre autres le récit de la bataille de la Monongahéla, alors que nous nous occupions sérieusement d'histoire.

Il nous semble même, cette fois, voir le maître prendre à deux reprises différentes une note hâtive.

Peut-être avaient-elles trait à la bataille de la Monongahéla! Je l’ignore : mais ce que je sais, c'est que l'abbé Ferland est mort avant d'avoir pu parachever son œuvre, et très probablement son continuateur, M. l'abbé C, H. Laverdière,

homme de mérite sans doute, n'aura ps pas prix garde aux notes du manuscrit ou aux endroits qui devaient être rectifiés ou même refaits.

Quoiqu'il en soit, “errare humanum est,” n’y a-t-il pas quatre siècles que la grande ombre de Christophe Colomb proteste contre Americo Vespacci qui lui a volé le nom même du monde qu’il a découvert ? ?....

O Virgile ! Virgile! cygne sublime de Mantoue, que tu avais raison de chanter : Sie vos non nobis !

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