LES MANIES
Les objets dès lors adoptés, A les voir toujours il s'obstine :
C'est pour lui que sont inventéfî Les oreillers de la routine.
Il croirait perdre la raison, Si Ton lui changeait ses usages :
Il veut toujours, à la maison^ Mêmes aspects, mêmes visages.
Tous ses actes sont assurés, Tout nouveau changement l'irrite :
Il a ses jouets préférés, Il a même sa favorite.
Qu'on observe, à table, en sa cour.
L'ancienne étiquette du Louvre :
Il salue avec même amour Le sucrier qui se découvre.
Toujours près des mêmes voisins Son fauteuil doit garder sa place :
Il est tiède pour les cousins.
Pour l'étranger il est de glace.
C'est surtout, le soir, au coucher. Que le cérémonial règne; Le sommeil viendra le chercher.
Pourvu qu'à ses tics on s'astreigne.
L'un suce ses doigts alternés Ou son édredon qu'il triture; L'autre se chatouille le nez Du duvet de sa couverture;
Un autre dans un vieux fichu Sent seulement ses yeux se clore; Ce n'est plus qu'un haillon déchu, Quand l'Habitude reste encore.
Ainsi chaque jour est rempli, Toute l'existence est réglée :
L'âme en naissant reçoit son pli, D'un bandeau facile aveuglée.
0 petits vieux de quelques mois.
Qui supportez ces tyrannies, Qu'on aime à suivre les exploits De vos adorables manies I