DEVANT UN BERCEAU
Berceau vide qu'en tendre père Déjà je m'exerce à bercer, Nid de duvet que doit presser La chère tête que j'espère,
Flexible osier aux rideaux blancs Qui calmeras Tenfant qui pleure.
Et que par avance j'effleure De mes doigts discrets et tremblants,
Nef charmante, que mon caprice Tout en rêvant aime agiter.
Et devant qui je viens chanter De naïfs refrains de nourrice.
Dis-moi, berceau mystérieux, Où déjà, dans Tombre du voile, Je crois voir éclore l'étoile Qu'attend mon regard curieux,
Ah! dis-moi le secret, que couvre Ton abri de tulle brodé !
Montre-moi Tenfant demandé Dans les plis du lin qui s'entr'ouvre !
Apprends-moi, sur ton oreiller Qui toujours m'attire et m'enchaîne, Quel poupon à l'aube prochaine Doit en souriant s'éveiller!
Que sera-t-il? que sera-t-elle?
Quel gracieux représentant.
Demain, ce soir, dans un instant.
Rendra notre race immortelle?
Blotti dans le duvet frileux.
Verrons-nous, partant pour la gloire, Un galant à moustache noire, Une demoiselle aux yeux bleus?
Est-ce quelque grand capitaine, A qui nous mettrons le bavoir, Et qui, quelquefois, devra voir La verge de Croquemitaine?