Marguerite
Il songe.... Il ne voit plus Meg, sur le tabouret,
Jouant à la poupée, ainsi qu'il Tadmirait :
Devant lui, — dans le rêve un enfant grandit vite, —
Petite-Meg n'est plus, c'est déjà Marguerite.
La belle jeune fille, au corps svelte, au front pur,
Rayonne sous les fleurs et le tulle d'azur :
Blonde comme l'épi, légère comme l'aile,
Elle voltige au sein de la valse ; sur elle
Se portent tous les yeux dans ce soir triomphal;
Meg n'a plus de poupée, elle est reine du bal!
Puis la vision change : un bouquet blanc décore La coupe de cristal longtemps fleurie encore ; Déjà le fiancé lui passe au doigt l'anneau; Tous deux, à l'unisson, auprès du piano, A l'étoile amoureuse, où leur âme appareille. Redisent tendrement le duo de Mireille; Et le bonheur se lit sur leurs fronts radieux... Puis, bientôt, il se voit, lui, père glorieux. Des suisses galonnés suivant la hallebarde, Entrer, parmi le cercle ami qui le regarde, Appuyant sur son bras sa fille, vers l'autel Où Dieu devra bénir son hymen immortel.
Mais ce tableau s'eff'ace, un autre lui succède. Marguerite à son tour est maman, et possède
SOIREE INTIME i49
Deux beaux amours d'enfants qu'elle-même nourrit, Et maintenant, heureux grand-père, il leur sourit, Tandis qu'elle les berce avec les mélopées Qui lui servaient jadis à bercer ses poupées...
Il s'éveille, au moment juste où la mère aussi, Sortant d'un même rêve exempt de tout souci, A vu son Bob aimé suivre un destin prospère. Tour à tour écolier, jeune homq;ie, soldat, père. Et leurs regards se sont rencontrés et compris. Et maintenant penchés sur le travail repris. Le père lit, la mère à coudre est occupée
Bob range ses soldats, Meg berce sa poupée.