UN BAL
Point de gants, beaucoup de crécelles.
Tous montrent d'égales beautés :
Les messieurs sont décolletés Tout autant que les demoiselles.
Chacun librement s'accoutra.
Lors on voit danseurs et danseuses Se livrer aux valses berceuses De Strauss, Paladilhe et Métra,
Qui dans les bras, qui sur les jambes, Qui sur les genoux renversés.
Tous se poussant ou bien poussés :
Les plus fous sont les plus ingambes.
On se heurte, on saute au hasard.
On observe peu les cadences.
On se complaît surtout aux danses Et sans caractère et sans art.
Puis on court au buffet : là s'ouvrent Les corsets pour les plus petits, Tandis que les forts appétits Ont les gâteaux qui se découvrent.
Puis, après les bonbons aimés,
Petits garçons, petites filles
Joignent leurs mains dans des quadrilles
Tous de caprices parsemés.
Mais alors, narguant Fétiquette, Pris d'un tout puissant bâillement, Ronfle plus d'un danseur, dormant Sur le sein ou sur la banquette.
Seul à la fin, le Cotillon, • Agitant son grelot sonore.
Les éveille et les peut encore Emporter dans son tourbillon;
On en voit qui perdent leurs langes.
Par les plus galants ramassés ; D'autres sont à terre affaissés, Bien qu'ils portent des ailes d'anges ;
Et tous, même les nouveau-nés, Dans un rythme qu'on ne peut suivre, Frappent, parmi les bruits du cuivre, Les tambourins enrubannés.
Mais il est tard : voici oinq heures, Cinq heures du soir. Chers bébés.
Tous au sommeil vous succombez ; Vite rentrez dans vos demeures !