CHAPITRE II
il est bien certain que le hoquet, et même le hoquet contagieux, est connu depuis les temps les plus reculés. Platon en a parlé, Galien aussi. Mme de Sévigné écrivait à sa fille : « Madame de Durfort se meurt d’un hoquet et d’une fièvre maligne. » ;
Thomas Sydenham, ainsi que l'ont fait remarquer les docteurs Mauriac et Grenier de Cardenal (journal de Médecine de Bordeaux, 25 mars 1921) a dit dans son Traité de Médecine pratique, sous la rubrique : Fièvres épidémiques des années 1673, 1674, 1675 : qu'il existait un hoquet convulsif, comme symptôme ou comme séquelle de cette épidémie (que l’on considère aujourd'hui comme l’encéphalite probable). Nous lisons dans cet auteur : Cette dernière fièvre n'est donc que symptomatique et elle est Souvent accompagnée d’un hoquet qui revient par intervalles et qui subsiste même durant quelques Jours après que la fièvre a cessé, mais qui se dissipe de lui-même à mesure que les forces du malade se rétablissent.
Ceci n’a qu’un intérêt historique. Il est bien certain qu'en présence du .hoquet tel que l'ont présenté nos malades, on se trouve en présence de quelque chose d'inconnu. Tel a été l'avis de tous ceux qui l'ont constaté. Ce hoquet n'était pas un hoquet banal, car il durait trois jours en moyenne et allait jusqu'à dix jours. Il s’accompagnait non pas d'un état fébrile, mais d'un état nauséeux,
avec courbature légère ; il durait jour et nuit ce qui n'existe pas pour le hoquet hystérique, il ne se montra pas confagieux du tout; car si quelques cas d'ailleurs très rares et peu concluants ont été signalés à Paris, nous n'avons pu constater aucun cas semblable dans la région bordelaise ; par contre il revêtit une allure épidémique puisque les premiers cas signalés datent des derniers jours de novembre 1920, que l'épidémie augmenta en décembre, où elle atteignit son apogée, puis alla en s'éteignant en janvier. et février. F4 |
Le type clinique de ce hoquet était donc bien particulier et bien simple comme symptomatologie : pas de période prodomique, début très brusque dans la majorité des cas, quelques fois un état nauséeux, quelques douleurs gastriques, quelques frissons, jamais de température ; parfois dès le début le hoquet prend l'allure et la fréquence quil gardera toujours, d'autres fois il va en s'accélérant, pour se ralentir vers la fin. Sa cadence la plus fréquente est de une secousse toutes les cinq secondes. La plupart du temps ces secousses s’accompagnaient d’un bruit glottique retentissant, bien rares étaient les malades qui savaient ou qui pouvaient étouffer leur hoquet.
La contraction était en général unique, mais dans plusieurs cas elle était multiple, il y avait redoublement du spasme diaphragmatique ; cela se produisait surtout quand la maladie était à son apogée. Une fois il nous a été signalé trois secousses successives; en général le hoquet était continu, avec quelques pauses de temps en temps, toutes les demi-heures environ, parfois plus. Les repas étaient très difficiles, bien que souvent aussi, l'introduction dans l'estomac d'un peu de liquide ou d’aliment chaud suffise à amener une période de calme, assez courte il est vrai. Les nuits en général étaient mauvaises, rares étaient les malades qui pouvaient s'endormir.
D'abord non douloureux, ce hoquet si long et si fréquent, déterminait vite des douleurs abdominales, épigastriques,
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dorsales, que chaque secousse exaspérait encore. La durée, d'une facon ordinaire, était dé trois jours, ce fut le chiffre moyen; les cas les plus courts étaient de trente-six heures, les plus longs de dix jours; dans ces cas, bien entendu il y avait des périodes de repos plus ou moins longues.
Aucun autre phénomène n'accompagnait ce hoquet, la fin arrivait brusquement, il se produisait une pause qui était la dernière; ne voyant pas le hoquet revenir, le . malade en éprouvait un immense soulagement, il se sentait guéri de suite (observation n° I), d’autres fois il restait une certaine fatigue, un peu de courbature, qui dura cinq jours dans l'observation n° IT. Aucune suite, rien de particulier dans les jours suivants.
Nous ne préjugerons rien ici de la nature de ce hoquet, nous n'en parlerons qu'après la discussion des hypothèses soulevées; mais nous pouvons dire, qu'aucune affection viscérale n'ayant été constatée d’une façon constante, ce hoquet, n'étant le signe d'aucune autre affection, peut être séparé des autres hoquets symptomatiques, et considéré comme idiopathique.
Ses caractères cliniques, et son allure franchement épidémique, suffisaient d’ailleurs à le différencier; ce hoquet à lui seul constituait toute la maladie. En plus de ces raisons qui lui donnent un caractère particulier, l’inefficacité de tous le traitements plaide également en cette faveur. Nous pouvons signaler ici que des moyens ordinaires employés, aucun ne réussit, et ils furent nombreux, car cherchant à tout prix à se débarrasser de ce hoquet importun et pénible, les médecins alteints mirent tout en œuvre : boissons froides, glace, pastilles de cocaïne, eau chloroformée, eau de laurier cerise, extrait de belladone, arrêt de la respiration, gymnastique respiratoire, position horizontale sur le ventre, compression des globes oculaires, des phréniques, compresses chaudes ou froides sur le ventre, moyens de bonnes-femmes consistant à se faire peur, à réciter sans respirer une longue prière, ce fut en vain.
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Nous signalerons cependant quelques modifications intéressantes que subissait ce hoquet sous l'influence du décubitus, des repas et du sommeil. La position horizontale sur le ventre ou sur le dos, semblait amener pour un moment un arrêt ou une diminution des secousses, dans un certain nombre de cas. Alors que pour certains malades la vue seule des aliments ou la moindre tentative d'alimentation suffisait à exaspérer le hoquet, pour d'autres au contraire la prise d'un peu de liquide chaud en général semblait exercer une action sédative. Le sommeil, qui en général suffit à arrêter toutes les manifestations hystériques, était assez difficile; dans plusieurs cas cependant, la diminution des mouvements respiratoires, qui précède le sommeil, amenait nn ralentissement du hoquet ou une sédation complète. Il semble que l'excitabilité du phrénique et du diaphragme était diminuée par ce repos relatif des fonctions de respiration.
Signalons aussi comme particularité de ce hoquet, un refroidissement, une exposition à un air froid, après un travail ou un séjour dans une pièce chaude, que nous retrouvons à l’origine de presque tous nos cas observés.
L'âge a paru sans influence, nous n'avons à notre connaissance aucun cas survenu chez l'enfant. Les antécédents pathologiques héréditaires ou personnels paraissent sans importance. Le terrain nerveux ne constitue pas une prédisposition. D'une manière générale, les malades observés étaient des gens très normaux et en parfaile santé.
Nous ferons remarquer que tous les cas cités dans ce travail (sauf un) sont survenus chez des hommes, cette remarque à été faite à Paris, à la Société Médicale des Hôpitaux; le hoquet épidémique prédomine chez l'homme d’une façon particulièrement frappante.
Aucun cas de contagion ne nous a été signalé, sauf le cas du docteur B... (observation n° V), sur lequel nous faisons toules réserves.