SCÈNE I
SUZANNE, ULRICH, Officiers, Valets, Heiduqües, Paysans, etc.
Les vassaux sont venus offrir la dîme : à gauche, groupe de paysans, jeunes filles portant des fleurs, des corbeilles de gâteaux ; au fond , vassaux du domaine apportant cerfs, chevreuils, poissons, etc. Ulrich, au fond, donne des ordres à un intendant.
ULRICH , s’approchant de Suzanne.
Voilà tous vos vassaux qui vous apportent la dîme et
l’hommage. (Sortie générale. — l’irich et Suzanne restent seuls.) A quoi rêvez-vous? Est-ce le regret, est-ce la joie qui vous courhe ainsi , comtesse Suzanne de Manstein?
LE HUSSARD DE DERCIIENY
SUZANNE
Comtesse! vous venez de le dire! Comtesse Suzartne
aujourd’hui , j’étais Suzanne hier. Hier, jeune fille
pauvre, obscure ; riche, puissante aujourd’hui. C’est le
poids de cet or, le poids de ce nom qui courbent mon
front , cher comte Ulrich !
L’habitude viendra vite. Le front se relèvera.
SUZANNE , se levant et montant vers la rampe de la terrasse.
Il y a un mois à peine je conduisis sur cette terrasse celui qui n’y reviendra plus. Il admirait sa belle vallée du Rhin I II s’appuyait sur mon bras, lui sur qui s’appuya ma jeunesse. Cher comte de Manstein, mon bienaimé oncle, protecteur vénéré, vous m’avez faite trop riche, vos bienfaits ne se sont-ils pas égarés?
ULÎilCH.
Suzanne, le comte, mon vieux compagnon d’armes, a bien fait ce qu’il vient de faire. Il connaissait mieux que vous ces deux petites mains loyales, dont l’une est fuite pour puiser l’or, l’autre pour le semer. Ce n’est pas un héritage que vous avez reçu, c’est un dépôt que peut-être vous ne conserverez pas longtemps.
SUZANNE
Avez-vous donc reçu des nouvelles fraîches de nos amis de France?
ULRICH , il Ini donne nne lettre.
Cette lettre du général Uuraouriez.
SUZANNE, lisant.
« Cher et vénérable maitre, votre ancien allié de la guerre de Sept Ans sera votre allié encore dans cette campagne nouvelle que vous inspirent la reconnais- .sanco et l’humanité. Oui , je vous aiderai dans votre