‹ Le hussard de Bercheny drame en cinq actes Auguste MaquetChapitre 28 sur 118 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

PHILIPPE

Tu es entré?

STLVAIN.

J’ai bien fait. Tu vas voir. Ils étaient inquiets, ces gens... le canon... ces cris... ils étaient tous drôles quand ils m’ont vu...

PHILIPPE

Quant ils t’ont vu!

CLOTILDE

Philippe a quelque chose.

(Philippe s'appruche du pupitre de Guillochet.) GUTLLOCHET, à Philippe.

Voici tés lettres et tes rapports à signer pour la section.

PHILIPPE

Donne.

(Il lit, il signe.)

A propos de section, pourquoi monsieur et mademoiselle Herbach, nos voisins, n’ont-ils pas encore reçu leurs cartes civiques? >

LE DUC

C’est comme moi, je n’ai pas encore la mienne. C’est inouï, un vétéran de la marine, le commandant du Formidable. Enfin, j’ai rendu des services, j’ai mis le feu à mon vaisseau.

Exprès ?

SYLVAIN -

LE DUC

Quand les Anglais prononcent mon nom, ils ont la chair de poule. J’ai failli, d’un seul coup, leur détruire toute leur flotte, et sans madame la duchesse que voilà, un ange qui m’a sauvé la vie 1 (Jaoquelein s’essuie les yeux.) Soyez homme, Jacquelein I

•SYLVAIN

Jean-Bart a menacé de se faire sauter, c’est vrai mais il ne l’a pas fait.

LE DUC

Il ne l’a pas fait !

GUILLOCHET, bas à Philippe.

Et il l’a fait, lui?

PHILIPPE, bas.

C’est à- dire qu’un soir, en dormant, il a mis le feu à ses papillotes, les papillotes aux rideaux de la chambre.

» Clotilde qui revenait d’Amérique en France, se trouvait à bord, elle sent lé roussi, elle crie au feu. Jacquelein crie ; Sauvez le commandant!,..

LE DUC , haut à Sylvain.

C’était le moment où les Anglais comptaient m’enlever à la faveur du brouillard ; mais à la lueur des flammes, ils ont peur de sauter avec nous et ils s’enfuient.

SYLVAIN

Bravo !

PHILIPPE, bas à Guillochet.

On en conclut que le brave homme, se croyant cerad par l’ennemi, avait tenté ce suicide héroïque,

LE DUO, haut.

Voilà pourquoi ils m’ont nommé contre-amiral,

• ACTE II

«. PHILIPPE, bas.

Pas du tout, mais voilà pourquoi Clotildo fut nommée duchesse.

GUILLOCHEt.

Je comprends!

LE DUC

Et vous croyez que cela ne mérite pas une carte de civisme? 11 y a plus, citoyens, j’ai fait don à la patrie de mon hôtel, un véritable palais tout ôn marbre, tout ■ en or. '

GUILLOCHET.

Il ne trouvait plus de locataires.

LE DUC

Les malheureux en ont fait une prison» C’est vôtre frère qui en est le médecin,

. PHILIPPE, à Guillochet tout en signant les rapports.

Je t’en prie, veille à ce qu’on laisse tranquille ma pauvre maison d’arrêt.

LE DUC

Oui, oui, veillez à ce qu'on dégrade lo moins possible.

GUILLOCHET.

Je n’ai qu’un moyen, c’est de toujours mettre en dessous du paquet les citations destinées aux détenus de la prison. Tu sais que cela me réussit souvent... oh gagne du temps, on ne compromet personne. C’est tout ce qu’il faut pour le salùt de la maison.

LE DUC

Avec de bonnes nattes sur les parquets.

PHILIPPE, songeant à Suzanne.

Elle a dû m’entendre rentrer et elle ne vient pas. (Haut.) Voilà une partie de mes rapports signés.

(H les porte dans sa chambre.)

CLOTILDE, au duc.

Soyez donc tranquille, monsieur, Philippe ou Guillo-' chet vous obtiendront une carte... d’ailleurs je suis là.

Enfin, ma vie est au grand jour, à moi. Je suis connu... moi, enfin, ce n’est pas comme ccs braves gens d’à côté, ces Herbach qu'on ne voit jamais, qui ne parlent jamais et qui ne donneraient pas une épinsle à la nation.

PHILIPPE

Il sont pauvres, monsieur le düc, ils n’ont pas eu l’occasion de faire des actions d’éclat, et tout le monde ne peut avoir eu comme vous l’honneur de mettre le feu au Formidalle.

CLOTILDE, bas.

Ménagez mon mari, méchant. • '

SYLVAIN

Nos voisins sont gens d’honneur, citoyen duc, braves Alsaciens. Eh! ce n’est pas un crime.

G U ILLOCH ET.

Voici l’heure d’aller au greffe. Je passerai au district chercher la carte de mademoiselle Suzanne et de son père.

PHILIPPE, h Guillochet.

Je suis attendu pour remettre mes rapports, je prendrai la carte.

\11 pn-iid lo ilvsibiT lies mains île Guillochet.

SYLVAIN, k PLilippe.

Ne te dérange pas, j’y vais.

(Il reprend le dossier à Philippe '

PHILIPPE

Âh! très-bien.

LE DUC. ' '

Ils ont dô. là chance, ces Alsaciens. On ne se donne pas tant de peine pour moi. Allons, monsieur Jacquelein, remuez-vous un peu... mille... mille sabords!... '

JACQUELEIN.

Oui, monseigneur.

LE DUC, bas.

Pas de monseigneur. >

JACQUELEIN, bas.

Monsieur le duc.

LE DUC, de même.

Pas de duc , aujourd’hui... attendez que j’aie ma carte... Appelez-moi... capitaine.

PHILIPPE, appelant Sylvain.

hais-moi le plaisir, en t’en allant, de lire cette petite épitre que vient de m’envoyer M. le marquis Gaston de Manslein.

Quoi! Cincinnatus, encore?

PHILIPPE

Toujours... Lis-moi ces quatre pages, et tu m’en diras ton avis. ,

SYLVAIN

Donne. |11 met la lettre dans sa poche.)

LE DUC

Une ■idée!,., monsieur Sylvain, puisque vous allez au district...

SYLVAIN

Vous voulez que je vous emmène? Vous voulez marcher au bras d’un hussard de Bercheny, d’un vainqueur?

LE DUO

Mon Dieu, ouil

Vous n’êtes pas difficile.

CLOTILDB, à Sylvaiu.

Emmenez-le, voyons.

SYLVAIN

Comment donc, voilà!

LE DUC, à son bras.

La marine et la cavalerie, fraternité! Marchons! (Fredonnant.) La victoire...!

Est à nous!

SYLVAIN, cliantant.

TOUS

Est à nous!...

JACQUBLEIN, imitant la trompette.

Tou! tou! toul

LE DUC

Monsieur Jacquelein!...

Moi, je resterai à travailler.

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