SCÈNE I
, PHILIPPK, seul; il sort d’un cabinet h droite.
Voilà le jour ! Le concierge de la maison d’arrêt fait sa ronde et les détenus dorment encore. Ils ont dormi, eux ; j’ai veillé. Ah ! l’on ouvre les portes en bas. La vie extérieure va pénétrer dans la maison. Les parents, les amis, les indifférents même vont arriver, apportant aux hôtes de cette prison privilégiée les vœux, les présents, les baisers qui font paraître la journée plus courte. Et Suzanne est enfermée là-bas, à l’Abbaye, seùle, depuis son arrestation, depuis huit mortelles journées, au secrcft. Elle, douce créature, dont le seul crime est de s’appeler Manstein au lieu de s’appeler Herbach, au secret ! Elle n’aura pas dormi non plus. N’est-ce pas, comtesse de Manstein, que vous regrettez la maison paisible, la petite chambré où vous vécûtes si humble, où vous fûtes si aimée !... Oh l la vie, 'misérable jeu I Vingt-cinq ans sans une secousse, et puis, en une mi-
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LE HUSSARD DE BERCIIENY
nute, plus de frère, plus de famille, une mère qui me chasse, une femme aimée qu’on m’arrache pour toujours... Plus même , Sylvain , qui est reparti pour l’armée. ..je ne l’ai plus là pour pleurer dans ses bras! ... Ah! pareil à ces malheureux, criblés de blessures, qui ne peuvent faire un mouvement sans pousser un cri de douleur, je roule, déchiré, du regret au doute, du soupçon à la crainte, de l’habitude d’aimer au besoin de haïr... Mille plaies qui saignent et me brûlent !