‹ Le hussard de FelsheimChapitre 7 sur 32 · LE GOUVERNEUR, BRANDT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR, BRANDT

BRApjDT, en entrant^ à la sentinelle.

Eh! corbleu ! laissez- moi passer, quand je vous dis que je viens voir mon baron.

LE GOUVERNEUR, il part.

Qa'est-ce que c'est que cet homme là?(//a«f.) Que voulez-vous, mon ami?

Vous

dites?

lîien^

rien..

as?

lO

EUAMJT.

Voire ami? pas encore... Quant à ce que je vonx, lisez et voyez si c est v.n rè,i;le. ( // lui donne un papier.^

LE GOUVERNEUR , Usaill.

Laissez passser Blati.il P\ijsli(jiie Brandt... (^yi part.) Ah ! c'est sans doute ce brutal de hussard dont on m'a parlé.

BnANDT.

LE GOUVERNEUR

Vous voulez voir votre baron, n'est-ce

BRANDT

Oui... Où est-il !

LE GOUVERNEUR

Avec le roi pour le moment.

BRANDT

Eh! bien , où est-il le roi alors.

Qu'est-ce à dire ? est-ce que , par hasard, vous auriez l'audace de vous présenter devant Sa Majesté?

BRANDT

Pourquoi pas?... Il i econurùtra peut être ma vieille moustache 5 car il Ta vue dans des endroits... (àpart^ enregar- (îant le gouverneur) oh je crois bien qu'il n'a jamais montré la sienne...

LE GOUVERNEUR

Mais pour en revenir h votre baron , il paraît que vous lui êtes sincèremement attaché. <

BRANDT

Si je l'aime, mille carabines !... Tenez , jugez. Air : Vaudeville des Blouses.

Je m'en souviens, à son heure dernière ,

Mon colonel , me montrant son enfant ,

Me fît jurer de lui servir de père ;

l^-t l'vieux hussard a tenu son serment.

Mon jeun' baron eut sa mèr' pour nourrice :

EU' lui donna ses soins et son amour ;

Kt moi, plus tard, j'iui montrai l'exercice ,

En marquant l'pas au bruit d'son p'tit tambour.

Il grandissait ; j'formai son caractère ,

Et de plaisir je m'surpris à pleurer,

Un beau matin qu'mon élève en colère ,

En trépignant s'était mis à jurer.

A peine eut-il un an d'infanterie ,

Que d'mon schakos couvrant son jeune front ,

Je l'fis passer dans la cavalerie ,

Et je le mis à ch'val.... sur un bâton.

Pour figurer parfois une bataille ,

Portant la guerre au sein du poulailler,

Sur les canards nous tirions à mitraille,

Ou nous prenions d'assaut le colombier.

Nos ennemis , sans penser à la gloire ,

S'enfuyaient tous devant nous éperdus ;

Nous rentîinns, fiers de notre victoire ,

Puis à la broche on mettait les vaincus.

Mon écolier, en talent comme en grâce ,

Me surpassa sitôt qu'il eut grandi;

Le professeur alors perdit sa place ,

Mais le hussard eut celle d'un ami.

J'voulais toujours lui parler de morale ,

De tempérance et de sobriété ;

Et quelquefois , après la mercuriale ,

Nous nous grisions tous deux à not' santé.

Comme il avait la tête un peu légère ,

Et que son cœur du mien tenait beaucoup ,

Je lui disais : N'te bats pas... d'vant sa mère ;

Puis , en secret , je lui montrais un coup.

J'donn'rais pour lui trente ans de gloir' sans tache ,

Les cicatrices dont j'suis fier aujourd'hui ;

J'donn'rais mon sang... mêra' jusqu'à ma moustache...

Et s'il mourrait, je mourrais avec lui !...

Car j' m'en souviens , etc.

LE GOUVERNEUR

Tout cela est très-bien, mon cher; mais votre Iiarou ne fera pas grand honneur à l'éclLication que voiishii avez douncc.

BRÂNDT.

Comment? que voulez-vous dire?...

LE GOUVERNEUR

Je veux dire qu'il abuse de votre confiance, qu'il vous trompe.

BRANDT

Ça n'est pas vrai.

LE GOUVERNEUR

llein?... Je vous ferai observer, mon cher ami, quil n'est pas honnête de donner ainsi des démentis..

BKAIVDT.

J'en suis fâché, mais pourquoi pensez-vous mal de mon baron?...

Le gouverneur.

Parce qu'il le mérite... Enfin, à quoi pensez-vous qu'il passe son temps, votre baron ?

BRAKOT.

Parbleu ! il passe son temps h lire, à monter à cheval , à étudier les mathématiques...

LE GOUVERNEUR

Le jour, oui, c'est vrai; mais la nuit?

BRANDT

Eh! bien, il doit, la nuit.

LE GOUVERNEUR

Voilà ce qui vous trompe ; c'est qu'il ne dort pas du tout... {Auec mystère.^ Au contraire...

BRANDT

Eh! dame, c'est de son âge; quand nous étions jeunes nous autres...

LE GOUVERNEUR

Ouij je sais bien; mais ce n'est pas encore ça.

ERANDT.

Morbleu ! qu'est-ce donc enfin ?

LE GOUVERNEUR

Il joue.. . {^Brandtfait un mouvement.) C'est-à-dire, on prétend qu'il joue.

BRAA'DT.

Ah! on prétend... Qu'on y prenne garde au moins, car celui qui se serait permis de dire cela sans en avoir la preuve, aurait bientôt fait connaissance avec mon bancal.

LE GOUVERNEUR

Un moment, un moment, ne nous pressons pas.... \ ous arez toujours des mouvemens brusques, vous.... Au surplus, vous allez savoir à quoi vous en tenir, car le voici lui-même qui vient de ce côté... Faites-le jaser ini peu et vous verrez Je vous laisse.

BRANDT , ai^ec humeur.

Bonioiu*.

i3 SCÈNE VI.

BRANDT , puis CHARLES et THÉODORE.

BRANDT

J'élonfFe de colère... Ah! monsieur le baron , vous jouez!... Le voici... Allons, tenons-nous bien... de la fermeté, de l'insensibilité même, si c'est possible. (/ rabat sa moustache. )

CHARLES, entrant avec Théodore.

Eh ! c'est toi, mon vieux Brandi.

ERAKDT.

Oui, monsieur le baron.

CHARLES

Ah! mon Dieu! quel air sévère!

THÉODORE

C'est vrai, au fait. Qu'est-ce qu'il a donc à rabattre comme ça sa moustache ?

lrAndt.

Vous allez le savoir : où allez-vous la nuit?

CHARLES

Hein? (^Bas à Théodore.) Dis donc, il demande où nous allons la nuit.

THÉODORE

Parbleu! je l'entends bien... Mais attends, je vais lui répondre, moi. (^11 passe près de Brandi.^ Vous demandez où nous allons la nuit, n'est-ce pas?

BRAADT.

Oui.

THÉODORE

Eh! bien, mon ciier ami, je vous ferai observer d'abord que ça ne vous regarde pas.

BRASDT.

Ce n'est pas à vous que je parle... ObHque à i;auche. (// le fait passer de Vautre coté, et se irouye entre eux deux.) Voyons, monsieur le baron , c'est a vous que je m'adresse : où allez-vous la nuit ?

CHARLES

Mon cherBrandt, c'( st que, vois-tu?..

THÉODORE

C'est que... c'esi que notre imhc'cillede gouverneur aura

encore bavardé, j'en suis sur C'est bon, la première

fois qi:e je raltraperai sa perruque...

BRANDT, rabattant encore sa moustache.

Vous allez jouer, eorbleu!

Je l'assure...

BRANDT

\ous allez jouer, je le sais.

THÉODORE

11 fallait donc le dire tout de suite alors... C'est vrai , il nous fait mentir là pendant une heure... Au fait, Charles, puisqu'il le sait, ça ne servirait plus à rien de le lui cacher.

BRAîVDT.

Ah! vous l'avouez donc enfin.

THÉODORE

Oui... nous avons joué... Nous avons gagné beaucoup même... les premières fois... Si bien qu'à présent, la caisse est vide.

BRANDT

Malheureux, n'avez-vous pas de honte ?

CHARLES

Je t'en prie^ ne te fâche pas.

THEODORE

Ah ! oui , et puis , pas de morale , hein... c'est inutile... Nous nous en sommes déjà joliment fait ^ allez... Moi, d'abord j'ai commencé par lui en faire; ensuite lui, il m'en a fait à son tour; et puis enfin, nous nous en sommes fait tous les deux.... En sorte que nous en avons pour quelqtie temps.

BRAKDT.

Mais avez-vous pensé aux suites que cela pourrait nvoli ?

Certainement, nous y avons pensé j ça en a même eu des suites.

PBANDT.

Comment?

CHAULES,

Imagine-toi qu'à la fin de la dernière séance , nous nous apercevons qu'on nous triche...

THÉODORE

Alors nous entrons en fureur et nous nous en donnons!...

CHAKLES.

Ah! dame , il fallait voir!...

Air de l'Ècu de six francs.

Oui , par la fenêtre tout saute , ^ Rouge , noire , dez et flambeau , Et quoi qu'elle fût un peu haute , Cartes , joueurs , banquiers , rateali, En un instant ont fait le saut.

Au désordre entîn rien ne manque , Et même en notre noble ardeur, Si nous l'avions pu , de bon cœur Nous aurions fait sauter la banque.

THÉODORE

Ce n'est pas pour nous vanter , mais c'était un coup d'œil superbe !

B<ih ! vniimont, vous avez tout culbuté ?

CHARLES

Parole d'honneur !

BRANDT

Mille tonnerre» ! j'aurais voulu être là.

CHARLES

Qu'est-ce que tu dis?

BRANDT

Moi , rien... Je me trompe....

THÉODORE

Ah î il rit...

BRANDT

Du tout... ca n'est pas vrai.

THÉODORE

Ah! par exemple... j'ai vu remuer sa moustache , ainsi...

CHARLES

Allons , alloi;s , connviens-en , tu as li... et tu ne m'en veux plus?...

(// lui tend la main.) .

THÉODORE , le cajolant de ï autre coté.

Ah ! monsieur Brandt...

BKANDT , leur prenant la main. Eh! bien, non, là , au fait... C'est pkis fort que moi... Mais soyez bien sûrs d'une chose , c'estque je ne vous aurais jamais pardonné, si vous n'aviez pastoiit jeté parla fenêtre.. Cependant, que ça ne vous arrive plus , entendez-vous ?

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