Loc. cit
5. Voir ce que nous avons déjà dit dans notre premier chapitre et quelques lignes plus haut.
sunt in vaniloquium ^i ? Leur science, dit l'évêque, n'est qu'une présomption; leur raisonnement n'est qu'un sophisme. « Combien d'âmes séduites et entraînées par les charmes de la nouveauté suivent ces guides aveugles dans les chemins détournés où ils s'égarent et tombent d'une chute commune dans un même abysme d'erreurs ! »
Mais dans le diocèse de Vence rien de tel, et « nous avons la consolation de pouvoir ajouter avec le même Apôtre : Vos autem ftlii lucis et Dei. Au milieu de cette nuict, vous avez été des enfants du jour... la sainte Autorité vous a été un centre d'union et de paix, asile inaccessible aux agitations éternelles d'une raison curieuse et superbe, port assuré contre les orages... Le Concile tenu dans la Métropole vous donne une règle... qui va vous être contre les artifices des novateurs un rempart puissant et une barrière impénétrable. » Il continue en rappelant que la bulle Unigenitus a été « solennellement reçue par tous les évêques du monde et signée pour ainsi dire de la main de l'univers»^; que ses diocésains lui sont chers, qu'il est prêt à donner pour eux sa vie, qu'il est leur père, sicut pater filios suos, leur nourrice, tanquam si nutrix foveat. Le tout développé avec d'incessantes citations de saint Paul. En conséquence il adhère au Concile d'Embrun.
« Qu'il est glorieux pour nous, dans les premiers jours de notre épiscopat, de pouvoir dire, autant que le permet notre bassesse, ce que dit autrefois un grand pape en montant sur le thrône pontifical : Quae patres condemnaverunt in concilio, condemnare corde et ore jjrofiteor ». En outre il condamne V Ecrit dont il a été parlé : « ouvrage plein d'erreurs et de calomnies, dont l'objet est de justifier un Appel par tous les endroits si blâmable et une Listruc-
1. Sic. — Par contre on lit flans Alb. Le Roy : « Si nous dressons une statistique pour toute la catholicité hormis la France, il se trouve jusqu'à 23 prélats ayant promulgué la Constitution, sur les 466 archevêques ou évêques des diverses églises. » (p. 593).
tion Pastorale que nous rcg-ardons comme le sig-nal scandaleux du rétablissement d'un livre si justement proscrit, de l'infraction de la loi qui nous oblige de signer sans distinction du droit et du fait le Formulaire, et du refus de recevoir une Constitution dont l'acception pure et simple est une loi de l'Eglise et de l'Etat ». Excommunication contre quiconque lirait ou garderait « un ouvrage contraire au respect dû au concile d'Embrun »,
Ce mandement contre Soanen et le Jansénisme est intéressant. Dom Bérengicr a montré que, parmi les lettres de félicitations que Surian avait reçues au sujet de sa nomination, l'une venait de l'évêque de Senez ; il a rappelé que ce dernier, comme Surian, avait été Oratorien avant de devenir évoque; sa lettre à Surian était, dit-il, « doucereuse et perfide : sous une forme pieuse, elle cache mal l'orgueil secret du sectaire... les compliments sont mêlés d'avis pour le moins indiscrets... Godeau est proclamé Janséniste... Soanen se compare modestement à saint Athanase ». Nous n'empruntons pas ici — l'ayant fait ailleurs — à dom Bérengier certains traits de la lettre de Soanen. Il suffît de dire, avec l'érudit bénédictin : « Surian agit sans forfanterie comme sans passion, adhéra simplement aux décisions du Concile d'Embrun, condamna les sentiments hérétiques de son ancien confrère, et désapprouva d'ailleurs la mesure qui reléguait le malheureux octogénaire dans une des régions les plus froides de l'Auvergne ».
Il n'est plus question de Jansénisme dans le diocèse de Vence. On le voit, presque toute son histoire consiste dans le procès de l'abbé J.-B. de Guignes. Nous aurions pu l'étudier isolément : on nous excusera d'avoir commencé par dire quelques mots — sous la réserve de travaux dont Godeau sera ultérieurement l'objet — de ce que le premier
académicien avait fait vis-à-vis du Jansénisme et du peu que ses successeurs immédiats firent; puis d'avoir insisté, trop longuement pour ceux qui possèdent la question à fond, mais utilement pour ceux qui ne la connaissent qu'en gros, sur ce qu'était le Jansénisme en 1709; enfin d'avoir terminé ce travail par quelques indications sur ce que les successeurs de M^" de Grillon firent vis-à-vis des derniers Jansénistes que leur diocèse aurait pu compter. On est autorisé à dire que le seul Janséniste de la région de Vence fut l'abbé de Guignes, et qu'il ne fut ni un Saint-Cyran ni un Pascal ni un Arnauld ni un Quesnel.
Je crois que tout ce qui touche le Jansénisme intéresse assez un grand nombre de personnes pour que ce travail, tout imparfait qu'il est, vienne à son heure. Tandis que je m'en occupais, je lus dans la Nouvelle Revue du 1" septembre 1900, un article où M. Fabre des Essarts, — joignant à sa signature le titre de « patriarche gnostique », — étudie « ce qui reste de Port-Royal », dit que « le coin de vieille terre d'Ile-de-France, où fut cette maison, est exquisement recueilli et délicieusement évocateur », et revient sur « la nuit tragique du 28-29 octobre 1709, le triple jésuite Michel Le Tellier et son vulgaire complice, plus imbécile que féroce, le cardinal de Noailles ». M. des Essarts développe l'idée que le Jansénisme est toute une rénovation religieuse et tout un programme politique et social. Il parle des dernières religieuses de l'ordre de Sainte-Marthe, aujourd'hui établies à Magny-les-Hameaux, et dont le salon contient un portrait de Saint-Cyran et ceux des quatre prélats opposants, et signale la paroisse dite « des Anciens catholiques », sous le vocable de saint Denys, qui est à Paris, 96, boulevard d'Italie. « Le patriarche gnostique » termine en indiquant les « incomparables trésors imprimés ou manuscrits que M. Gazier, l'archiviste du Jansénisme,
possède à Paris et couve, comme une arche sainte, de ses quatre ailes d'incorruptible Kéroub ».
C'est à l'éminent professeur de la Sorbonne et en reconnaissance de la bienveillance qu'il a daigné témoigner à plus d'une de mes recherches, que je dédie cette étude sur le Jansénisme dans l'ancien diocèse de Vence.
Nice (Saint-Barthélémy), octobre 1901.