CHAPITRE II
M«' François de Grillon, évêque de Vence
Il n'en fut plus de même au début du XVIIP siècle, sous l'épiscopat de M^' François de Grillon. Ce n'était pas un de ces « cuistres de séminaire, sans science, sans naissance, dont l'obscurité et la grossièreté faisaient tout le mérite », comme le dit Saint-Simon de l'épiscopat d'alors qu'il accuse Louis XIV d'avoir réservé à « la basse prêtraille ». La noblesse était d'ailleurs écartée des hautes dignités de l'Eglise moins rigoureusement que des fonctions publiques. Grillon' appartenait à une famille provençale, autrefois savoyarde, dont il est inutile de dire qu'elle avait été spécialement illustrée par le capitaine qui avait refusé d'assassiner les Guise et que Henri IV surnommait « le brave des braves ».
La maison de Balbis des Bertons passait pour « une des plus grandes de l'Italie, par son ancienneté, ses alliances, ses honneurs, ses services militaires » ; elle se perdait, selon un généalogiste du XVIII^ s.^ « dans l'antiquité la plus reculée ; alliée aux maisons de Savoie, Saluces, Golonna, Doria, Impériali, Valpergues et autres des plus anciennes et des plus distinguées », divisée en dix-sept branches, dont il subsistait une à Turin, une autre à Avignon (celle des Grillon) et une troisième à Quiers, elle s'enorgueillissait d'un ancêtre qui avait été tué lors de la prise d'Antioche à la 1'" Croisade et d'un autre qui avait
1. Le nom s'écrit différemment : des Balbes de Berton de C, ou bien Berton des Balbes de C, ou bien (et c'est ainsi qu'il est intitulé sur les pièces imprimées qui restent de lui) des Bertons de C. En latin, a BrUonibiis. Le Gallia écrit de Berton de C.
2. Je cite La Chenave Desbois, Dkt. de la nobl., tome I, 2' édit., Paris, 1770.
suivi la 2"" « comme poi'te-éteiidanl, ce qui était la première dignité militaire ». La branche des Crillon était alliée, depuis qu'elle était fixée à Avignon, aux Joyeuse, aux Galéan, aux Villeneuve, aux Simiane, etc...' Le majorât devait appartenir au plus âgé de la maison et passait d'une branche à l'autre. A latin du règne de Louis XV, il était possédé par François-Félix, de la maison des seigneurs de Rovigliasco, duc de Crillon, et l'avait été, écrit alors un généalogiste, « par l'archevêque de Vienne François^, puis le comte son frère, puis le commandeur issu d'une branche de Piémont». François -Félix avait pour frères l'évèque de Glandèves, mort en 1747^, et l'archevéque-primat de Narbonne, Jean-Louis, mort en 1751, à 67 ans''; pour sœurs la marquise de Monteil-Corsac et deux religieuses, dont une fut abbesse.
François de Crillon était'' fils du marquis Louis et de la marquise d'x^lbertas. Il avait été vicaire général de M^' Louis Aube de Roquemartine, évêque de St-Paul-ïrois- Cliâteaux'^, et d'autre part prévôt de Cavaillon, alors ville épiscopale'. Nommé évoque de Vence par Louis XIV, en mai 1697 *, à la mort de M^'' de Viens, il reçut d'Innocent XII Pignatelli^ ses bulles, délivrées le 12 décembre'", et fut sacré le 29 de ce mois, dans l'église des Jésuites d'Avignon, par l'archevêque de cette ville. M*''' Laurent Fieschi ", assisté
1. Les armes des Ci-illoii otaiciit « d'or à cinq cotices d'azur ». Une cotice est une pièce héraldique qui a la forme d'une bande ou d'une barre diminuée de largeur.