CHAPITRE II Le Schogunat des Tokugava
¥ Période. — Le Shogunat des Tokugava, 1600 à 1868.
En 1603, Yeyas fut créé, par le Mikado, Seïtai- Shogun et fonda ainsi la dynastie des Shogun Tokugava qui ne s'éteignit qu'en 1868 après avoir fourni 15 Shoguns.
Il prit toutes les dispositions nécessaires pour assurer le pouvoir entre ses mains et celles de ses successeurs, en réglant soigneusement la transmission de sa descendance. Le Mikado était confiné à Kioto où résidait, comme gouverneur, un délégué du Shogun chargé de surveiller la cour. Les fonctions de grand prêtre du temple de Heizan à Edo furent confiées à un des proches parents du Mikado en cas de conflit du Shogun avec ce dernier.
Le Mikado n'avait aucune occasion de voir les grands feudataires qui auraient pu l'attirer dans un parti contre le Shogun, comme cela avait eu lieu sous l'Empereur Godigogo,
Cependant le respect dû au Mikado, seul souverain légitime quoique purement nominal, était assuré. La cour était entretenue sur un pied convenable par les
soins des Shoguns qui, à leur entrée en charge, leur demandaient l'investiture. Conservant tout leur prestige mythologique, ils étaient, à l'égard de la foule, entourés d'un mystère divin.
Les Daïmyos conservèrent leur pouvoir féodal, chacun dans son fief; mais ils durent rester isolés et n'avoir entre eux aucuns rapports qui auraient pu les réunir en un corps ou en une ligue. Ils rendaient la justice, étabhssaient des taxes et les percevaient. Comme ils étaient héréditaires, ils étaient, en général, assez bons princes. Les exceptions étaient réprimées non par l'autorité du Shogun, mais par le blâme général.
Les Daïmyos avaient comme les Shoguns pour hommes d'armes la classe des Samuraï qui se distinguaient par le port de deux sabres et par le droit qu'ils avaient de tuer tout homme du peuple par lequel ils se croyaient outragés.
En 1607, Yeyas iBt ses fameuses lois, code écrit pour les fonctionnaires. La partie morale, les devoirs de famille, ceux envers l'état, etc., sont empruntés à Con-' * fucius. C'est la reproduction de la législation chinoise, de la civilisation chinoise à laquelle M. Bousquet, avec une compétence indéniable, reproche d'avoir enserré le Japon comme dans un étau.
Le Japon et la Chine s'accordaient par quelques points ; tel est l'article 54 des cent lois de Gongensana :
« Quiconque a une vengeance à exercer doit la notifier à la cour criminelle qui ne peut mettre ni empêchement ni obstacle à l'accomplissement de son
dessein pendant le temps départi à cet effet. II est défendu néanmoins d'exercer une grande vengeance, c'est-à-dire d'exterminer en même temps que son ennemi toute sa famille. »
C'est, avec la juridiction pénale du chef de famille, la justice des sociétés arriérées ou dans l'enfance, qui abandonne la répression du crime à l'action individuelle. Œil pour œil, dent pour dent !
Yeyas fût un politique habile et conciliant envers tous, excepté les chrétiens. Ceux-ci lui ayant fait de l'opposition, peut-être à cause de leurs liaisons avec des Daïmyos,il renouvela contre eux les anciens édits; en 4644, 407 jésuites et plus de 280 prêtres indigènes furent expulsés du Japon.
A partir de la mort de Yeyas, qui eut lieu en 4646, les niesures se multiphèrent pour fermer le Japon aux étrangers.
En 4647, on leur refusa l'entrée de tous les ports, excepté Hirado et Nagasaki. En 4624, il fut interdit aux Japonais de quitter leur patrie. En 4624, tous les étrangers furent expulsés à l'exception des Hollandais, des Anglais et des Portugais.
Fin des guerres civiles. Concentration des pouvoirs entre les mains des Tokugawa, — Renaissance de la littérature chinoise.
1612 à 1629. Go-Mizuno-Ô-Tennô. — 1614. Persécution des chrétiens. — 1615. Yesasu s*empare d'Osaka et met à mort les derniers descendants d'Hideyoshi. — 1616. Mort de Yesasu.
1623. lyeinitsu succède comme Shogun à Hidetada.
1624. Édits expulsant les étrangers et interdisant tout commerce à Textérieur.
1630. Impératrice Miôshô. •— 1637 à 1538. Soulèvement et massacre des chrétiens à Shimabara. — 1639. Les Hollandais sont relégués à Deshima; expulsion des Portugais.
La persécution avait continué contre les chrétiens; en 4637, 30,000 furent massacrés à Shimabara et depuis lors, jusqu'en 4853, il i]e fut plus question du Christianisme au Japon. \
En 4639, les Portugais furent chassés comme chrétiens; seuls les Hollandais furent reçus au Japon,
Les deux premiers successeurs de Yéyas, Hidetala son fils, Yemitsu son petit-fils, continuèrent sa politique sage et vigoureuse.
Yemitzu qui paraît avoir été un chef habile, exigea des Daïmyos qu'ils habitassent Edo chaque année pendant une période calculée de manière qu'ils ne s'y rencontrassent pas. Son fils Yessuma les astreignit en outre à laisser dans sa capitale des otages pendant qu'ils en seraient absents.
II s'établit un système régulier d'espionnage; depuis le plus grand Daïmyo jusqu'au plus humble Samuraï, tout le monde devint suspect et fut surveillé (comme en Chine) ; la délation devint une habitude qui abaissa les caractères.
Réformes politiques et législatives. Renaissance des laques. •
1612. Règlement shogunal obligeant les Daïmyôs à habiter alternativement Yedo et leurs domaines.
1644. Go-Komei-Tenno. — 1650. Yetsuna, Schogun; fabrication des premières porcelaines de Kutani. — 1652. Rédaction du Nipon ô dai ichi ran (hist.) par Shunsai
Hayashi, traduit en français sous le titre : Annales des Dairia, 1635 à 1661. GosaiTenno.
Les successeurs dTetmitzu s'endormirent dans la fainéantise et tombèrent dans la dépendance des ministres, eux-mêmes gouvernés par des secrétaires. De là beaucoup d'abus et de désordres qui amenèrent d'abord la déconsidération graduelle de la dynastie des Tokugàva qui avait besoin de toute sa vigueur contre les Daïmyos.
Cependant le Japon fit de grands progrès pendant cette période de tranquillité relative.
Renaissance de la littérature japonaise. — Progrès de la gravure (Moronobu, Masanoba, etc). École des Ukiyose.
1663. Reigen-Tenno. — Décret interdisant aux Kerai le junshi, c'est-à-dire de se tuer à la mort de leur maître.
1670. Rédaction du Hon-chô Tsugan (hist.)par Hayashi
Haruhatsu.
1681. Tsunayoshi, Shogun.
1687. Higashiyama-Tennô. — 1690 à 1692 : séjour à Nagasaki de Kœmpfer, auteur d'une histoire du Japon, traduite en français en 1732.
1701. Vengeance des 47 rônins. — 1709. Rédaction du Han Kwampu (qui contient la nomenclature des fonctions de Tépoque). — lyenobu, Shogun.
1710 à 1735. Nakamikado-Tenno. — Rédaction du Tokushi-yoron (hist.).
1713. lyetsugu, Shogun: — 1715. Publication du Dai- Nichon-Shi par Mitsukuni daimyo de Mito. — 1716. Yoshimune, Shogun.
1736 à 1746. Sakuramachi-Tennô. — 1739. Fabrication
des premières monnaies de fonte. — 1741. Nouveau code pénal (Hiakko-jô). — 1744. Importation de la canne à sucre. — 1745. lyescheige, Shogun.
1747. Momozono-Tennô. — 1762. lyecharu^ Shogun.
1763 à 1770. Impératrice Go-Samuraki. — 1771. Momozono-Tennô.
Il y avait trois classes : la classe militaire composée des Samurrai et de soldats secondaires entretenus par le Shogun et les Daïmyos : la classe civile, cultivateurs, artisans et boutiquiers ; la classe servile et infime correspondant aux Pariahs de l'Inde et qui n'existe plus aujourd'hui.
Les taxes terriennes atteignaient et quelquefois dépassaient 50 o/o de la production, sans que le paysan en souffrît ; lorsqu'elles devenaient excessives, le gouvernement du Shogun réprimait les princes ou gouverneurs. Les nombreuses fêtes shintoistes et bouddhistes suffisaient au plaisir du peuple. Il s'amusait alors, buvait et mangeait quelquefois plus que de raison ; mais il n'en résultait de dommage pour personne ; à cet égard l'arrivée des étrangers n'a pas eu d'influence sensible.
Naissance de Técole de peinture naturaliste (Okio). L'école des Ukiyo-e et la gravure atteignent à leur apogée (Utamaro, Eishi, Hokusai, etc.). Apparition des principaux romanciers (Kioden, Bakin, etc.).
1780 à 1816. Kokaku-Tenno. — 1782. Publication du Gun-Sho-Rui-Ju (collection fort appréciée d'anciennes poésies, documents historiques). 1787. lyenari, Schôgun). 1787 à 1792. Tentative infructueuse de Catherine II pour engager des négociations.
1807. Les Russes tentent de débarquer à Yedo et sont repoussés.
1817. Ninko Tenno. — 1827. Rédaction du Nihon gwai Shi (hist.) par Rai Sanyô.
1837. Insurrection d'Oschiwo Heihachiro à Osaka. — 1838. lyetoshi, Shogun.
1847. Komei-Tenno. 1853. Commodore Ferry à Uraga.
S'aîdant de quelques circonstances et de quelques prétextes, les États-Unis, l'Angleterre et la France arrachèrent au Shogun, dans la dernière moitié de l'année 1858, trois traités leur ouvrant dans une certaine mesure le Japon.
Cette concession faite aux étrangers excita un
grand mécontentement. Plusieurs attentats furent
'\ commis sur des Anglais et des Français et le
. Mikado, obéissant à Fopinion, peut-être avec plaisir,
I décréta qu'à partir du 25 juin 1863, les étrangers
seraient expulsés et les ports fermés à. leur
commerce.
Le 5 septembre '1864, une escadre combinée de navires anglais, français, hollandais et américains battit les Japonais dans le détroit de Simonoseki et força le passage du détroit en détruisant les ouvrages de défense sur les rivésT
Le prince Choschiu, alors prépondérant au Japon à cause de la force militaire dont il disposait et qu'il mettait au service du Mikado, fut, bien qu'opposé au Shogun, obligé d'accepter |la condition que la navigation serait libre dans le détroit de Simonoseki.
Pour forcer le consentement du Mikado, les flottes
alliées dirigèrent une action contre le château d'Osaka où il séjournait ; il fut contraint d'approuver les traités du 24 novembre 1865, et le 25 juin 1866 fut signée, entre le Gouvernement japonais et les quatre puissances, une convention en 12 articles, révisable à partir du 1er juillet 1872. Dans les ports ouverts, elle établissait le principe de Fextérioralité, c'est-àdire le droit pour les Européens d'être jugés par leurs consuls à l'exclusion des tribunaux japonais .
Entente des grands Daimyôs pour s'aflfranchir de Tautorité du Shogun.
1858. Le Tairo (premier ministre) fait nommer Shogun lyemochi ; il exile ou fait périr les chefs du parti hostile aux étrangers; 1860, il est assassiné.
1861, 62. Attaques contre les légations; meurtre de M. Richardson par l'escorte du Daïmyo de Satsuna. Le Shogun dispense les Daïmyos de venir habiter Yedo.
1863. Hostilités du Daïmyo de Nagato contre plusieurs navires étrangers. L*amiral Jaurès détruit les batteries de Shimonozeki. Bombardement de Kagoshimà par l'amiral Kuper. — Emission d'une nouvelle monnaie.
1867. Mutsuhito-Tenno — Mission militaire française à Yedo.