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IV. Celui de la complétion ou de la doctrine complète

I. L'enseignement initial admet «que tous les êtres sont irréels, ainsi que l'exposent le Prajna sutra et les trois Castras (sanron) »

Il professe que pour atteindre l'éclairement, il faut travailler en même temps à son propre salut et à celui d' autrui (4). Il élève (dans l'École Hosso) de six à huit le nombre des connaissances (Vijnanas rois de l'intellect) différentes du petit véhicule et de soixante-quinze à cent le nombre des Dharmas (états ou manières d'être).

Il distingue cinq natures d'après les différences d'aptitudes. Il* étabht la séparation entre les êtres de caractère déterminé et ceux sans caractère déter-

(1) Ce dernier point est celui sur lequel diffèrent principalement le Petit et le Grand Véhicule.

miné (secte Hosso) ; ceux-ci n'échappent pas aux renaissances et à la mort; ceux-là ne changent jamais de cœur, c'est-à-dire ne passent jamais à un véhicule supérieur.

Il distingue aussi entre ceux qui obtiendront et ceux qui n'obtiendront pas la bodhiiîcation, selon qu'ils se sont attachés au grand ou au petit véhicule (4) ; et aussi entre ceux qui ont ou n'ont pas en eux-mêmes l'essence des bouddhas (la virtualité inhérente à eux-mêmes de devenir des bouddhas).

II. L'enseignement final, le haut bout du grand véhicule, rejette toutes les distinctions de natures et de prédestinations diverses par rapport à l'éclairement qu'avait admises l'enseignement initial. Suivant lui, toutes les qualités s'entréchangent dans une mutuelle identité ; c'est la doctrine de la non différence (de natures).

La cause première de tous les êtres est « la matrice du Tathagata » (Tathagata garbha), la virtualité de devenir bouddha. Cette virtualité n'est pas inerte, et tout être, qu'il soit de nature déterminée ou sans nature (les six mondes inférieurs) peut devenir bouddha. La vertu active de l'Éclairement ainsi définie par opposition à la virtualité inerte se trouve dans l'octuple connaissance (de la secte Hosso) et celle-ci se transforme dans celle-là ; les deux se transmutent mutuellement l'une dans l'autre, comme l'eau se change en glace et la glace en eau. La nature dépendante de nous et irréelle relative à notre connais-

(1) Leâ Grâvakâs et les Pratyeka-Bouddhas n'obtiennent que le Nirvana ; les Bodhisattvas perçoivent le fruit de l'éclairement.

sance illusoire s'identifie avec la nature complète et parfaite (Fabsolu) (1). Par là l'état passionné (le sansara, le monde des passions et de la transmigration), devient, au fond, identique au Nirvana (comme essence ou virtualité).

Cet univers qui a pour modes (dharmas) la naissance, la persistance, la décadence et la mort se détache des trois temps (2) et les rejette loin de lui. En suivant l'ordre des causes et des fruits, on avance dans les bonnes pratiques pour entrer dans l'éclairement.

On donne à cet enseignement le nom de graduel parce qu'il ne dit pas encore le dernier mot sur l'Éclairement.

III. Enseignement de la soudaineté. Il rejette toutes les distinctions faites dans les deux enseignements précédents, et concentre toute la doctrine dans cette affirmation : « Dès qu'un homme arrive à écarter de son esprit tout ce qui est illusion, tout ce qui est irréel et à trouver dans sa propre pensée la vérité absolue, aussitôt et soudainement il devient un Bouddha, mais la vérité absolue est une pure intuition, aucun mot ne saurait la préciser, aucune formule la définir ».

L'éclairement se produit instantanément comme une image dans un miroir. Cette doctrine, plus hardie que celle de la secte Sanron, est à peu près celle de la secte Zen (écoles de la contemplation).

(1) Cela a été bien expliquée la secte Hossô : les idées de relation et les idées abstraites.

(2) La distinction illusoire du passé, du présent et de l'avenir disparaît dans l'identité.

IV. Enseignement de la compléUon (ou complet). — La répartition des qualités est toute entière le fruit du Vairocana ; la nature non conditionnée est propre à Fétat du Bouddha (1).

C'est la doctrine de Vimique véhicule déjà présentée dans le Ilokké (Lotus de la bonne loi, ou vraie doctrine) que le sutra Kegon complète sous le nom d'unique véhicule spécial.

Ce sutra enseigne la transmutation (l'entre échange) réciproque absolue de toutes choses, le dernier fonds (le substratum), la nature intime des essences de toutes les quahtés (modes de l'être) et de toutes les théories >de l'identité du sujet et de l'objet.

11 embrasse le quadruple univers, le matériel, le lalionel, celui où les choses et la raison (les idées) sont identifiées et le transmutent réciproquement sans obstacles, enfin celui où les choses et la raison (l'esprit) identifiées se transmutent réciproquement sans obstacles et dam une parfaite identité.

Les manifestations des 40 principes (dix principes essentiels qui, d'après la secte, manifestent l'univers) transmutent avec toutes les qualités.

(1) L'état où la raison et la sagesse (le savoir) ne font plus qu'un est appelé Dharma Kàya du Vairocana. Le corps spirituel Je la doctrine qui consiste dans le grand écl ai rement, c'est-à-dire Bouddha alïranclii de toutes les conditions même de celles de l'espace et du temps, de la multiplicité, etc. (idéalisme pur, état iranscendental suprême des Bouddhas.

La Raison est le sujet qui s'applique à la Sagesse comme à son objet (l'objet du sujet pensant).

Cela correspond dans l'ordre mystique à l'ûme qui tend à être en communication avec Dieu.

Les six catégories de concepts généraux (4) se confondent entre elles et pénètrent toutes les apparences (phénomènes) sans aucun obstacle/ L'un est le multiple sans point de séparation, € et le multiple est l'un, et ils coïncident exactement (c'est par des raisonnements analogues à ceux de Hegel au sujet de la confusion entre le fini et l'infini et que font d'autres philosophes pour revenir du multiple au un).

Le cœur est délivré de toutes les passions quand il en a arraché une; dès qu'on peut accomplir d'une manière parfaite, l'un des exercices prescrits pour devenir un bouddha, tous sont ipso facto accomplis (2).

Une seule pensée dans sa durée peut renfermer ou embrasser d'immenses kalpas et par suite une pensée peut équivaloir aux kalpas qu'il faut franchir pour devenir un bouddha (comme dans l'enseignement de la soudaineté) (3).

(1) Correspondant chacune à un des six organes bouddhiques (ou indiens) de perception, nos cinq organes des sens et le manas. (Se reporter à ce que dit Weber sur les catégories dans la philosophie de Hegel et Kant, notes de la secte Hossô.)

(2) Cette théorie paraît avoir été imaginée pour aplanir et abréger aux adeptes la conquête de la Bodhifîcation à peu près inaccessible dans les deux premiers enseignements. C'est là un progrès continu dans les écoles bouddhistes successives; il était nécessaire, surtout au Japon où, par tempérament, on aime aller vite en besogne.

(3) On admet là qu'une pensée équivaut aux temps qu'elle embrasse. Les raisonnements de cet alinéa et des précédents rappellent, sauf la solidité, ceux de Hegel dans la démonstration suivante : L'être devient, c'est-à-dire, se définit. Mais l'être fini se continue à l'infini ; le fini est infini ; rien n'oblige la pensée à lui assigner des bornes. L'individu est l'unité du fini et de Tinfini. L'infini est l'essence du fini et le fini est la manifestation de l'infini. L'infini devient le fini par le fait même qu'il se donne l'existence. Exister, c'est se définir. On n'existe que comme être fini. L'élre fini, l'individu, l'atome, c'est l'infini existant d'une certaine manière, l'infini défini, la qualité devenue quantité.

L'éclairement peut s'obtenir en trois renaissances : celle de Fétude; celle où Ton pratique la doctrine comprise; et celle après laquelle on entre dans ré clairement.

Il y a trois séjours qui sont trois aspects de l'univers décoré par le trésor des fleurs (l'avatansaka siitra).

Il y a dix corps de bouddhas : 1° celui des êtres (conception panthéiste) ; 2» celui des pays (des parties de l'univers); 3o celui produit par la rétribution du Karma; 4o celui des Çravakas; 5o celui des Pratyéka bouddhas ; 6" celui des boddhisattvas ; 7o le corps adapté inférieur ; 8o le corps adapté supérieur; 9o le corps fait à l'usage d'autrui ; iO» le corps conforme à la propre pensée d'un bouddha (voir pour les quatre derniers la secte Tendaï).

Il n'y a aucune des qualités (Dharmas) qui ne soit de l'essence des bouddhas (1) ; les modes (la vie, la mort, les états, les choses) de l'univers sont en tant qu'irréels, identiques à eux-mêmes en tant que réels. On a caractérisé la secte Kégon par la formule : ce Pensée de la nature sans la nature elle-même. » Il est expliqué dans le sutra kégon (2) que la Bhûta Tathagata, la nature absolue, étant identique avec le relatif, ne garde pas la nature elle-même.

(4) Pour la secte Kégon,'Ie Dharma dhatu (état du Dharma)esl rétat des choses, des modes ; pour d'autres écoles c'est l'élément spirituel, l'élément de la doctrine. Sans doute ici le mol dharma est pris tour à tour dans ses deux sens de doctrine et mode (chose).

(2) Le plus absolu et le dernier de tous les Sutras dans les doctrines exotériques.

En d'autres termes moins scholastiques et plus clairs : cette secte, à la différence des autres, regarde les dharmas (modes, apparences, choses,) comme réels ;

Elle distingue deux conceptions de l'univers : une matérielle (Bhûta Tatbâgata) et l'autre rationnelle. En tant que non bouddhas, nous comprenons l'univers matériel (c'est-à-dire comme matériel); un bouddha le comprend de la même façon et en plus le comprend rationnellement (c'est-à-dire comme une conception de la pensée).

Là où nous comprenons l'irréaUté, un bouddha voit que cette irréalité est identique à une réalité que nous ne savons pas voir (4).

(I) Les docteurs bouddhistes avouent que cette théorie subtile a besoin, pour être saisie, d'une longue méditation.

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