‹ Le Japon; historie, religion, civilisationChapitre 3 sur 47 · LIBRAIRIE COLONIALE · texte numérisé non relu

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fol l honorés par l'alliance d'Européens bien posés. Mais ceux-ci hésitent fort, cpiels que soient les avantages matériels qu'ils pourraient recueillir.

Il n'en est point de même dans les unions simplement temporaires. Au Japon, comme dans l'Indo- Chine et aux Antilles, l'épouse indigène, par l'amabilité propre à sa race et remarquable surtout dans son sexe, et par les vertus domestiques ordinaires, la sobriété, l'ordre, la prévoyance, le bon sens, retient presque toujours l'étranger.

Les produits de ces unions se rapprochent beaucoup du type Européen, excepté lorsque le père est Espagnol ou Portugais.

§ 5. Caractère des Japonais

La coutume qu'ont les Japonais de s'incliner poliment en face les uns des autres leur donne l'attitude naturelle de la déférence fies traits du visage gardent le reflet de la bonté ordinaire et celui de la douceur, même dans la maladie et la souffrance. La santé et la tranquille résignation des travailleurs, même les plus misérables, étonnent les Européens.

Par la sobriété, la dignité personnelle, le respect mutuel et la bienveillance réciproque, la masse du peuple ! dépasse le niveau moral de la majorité des Occidentaux ; le nombre des condamnations est bien moindre qu'en Europe. Le Japonais comprend très bien les beautés naturelles; il croque admirablement ; le dessin fait partie de l'instruction qui est gratuite et obligatoire depuis 300 ans, de sorte qu'il n'y a pas d'illettrés.

\ Le cultivateur et Tartisan japonais sont aussi haBîïes, mais beaucoup moins laborieux et économes que l'ouvrier et le paysan français. Très sobre il | adore la fantaisie même enfantine et burlesque et ^ le plaisir. Oublieux du passé, insouciant de Tave- , nir, il souffre souvent de la disette qu'il aurait pu prévenir. Mais il a à un bien plus haut degré que le / prolétaire d'Occident, la liberté d'esprit, la gaieté et / l'instruction; sa maison est généralement supérieure en élégance, en sentiment artistique, en propreté à celle du paysan français. Dans la plus pauvre habitation se trouve toujours une pièce très propre, ornée de fleurs, de vases déhcats, de pierres curieuses, et de ^ peintures d'une certaine valeur. D'ailleurs toutes les maisons sont très simples et n'ont que des nattes pour tout ameublement (4).

L'ancienne grande noblesse a conservé ses qualités traditionnelles de bravoure, d'honneur et de dévouement, et, avec elles, son ignorance et son éloignement pour les affaires et le travail d'esprit.

Les survivants de la classe des Samurrai (caste guerrière) occupent les emplois publics et la direction : mais, malgré leur finesse d'esprit, ils ne sont point par le savoir à la hauteur de leur situation.

Les négociants, qui occupaient le dernier rang"/ dans l'ancienne société japonaise, ne cherchaient l

(1) Les maisons sont en bois, sans cheminées ni poêles. On n'y trouve que des brazeros mobiles où Ton brûle du charbon de bois; aussi les incendies sont-ils très fréquents. En moyenne, une maison ne dure que 7 ans à Tokyo. On commence maintenant à employer dans les constructions la brique et le fer.

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point l'estime. Ceux d'aujourd'hui paraissent avoir hérité de leurs défauts en même temps que de leur , déconsidération. On les accuse de manquer et de '.probité et de capacité ou hardiesse de combinaiisons. Ils sont bien inférieurs aux négociants chi- ;nois pour l'instruction et le respect d'eux-mêmes. ; En résumé, on trouve dans tous les rangs, au Japon, la bonne volonté, l'intelligence, la gaieté, l'insouciance avec une forte dose de vanité et un sentiment artistique délicat.

Les classes dirigeantes sont inférieures à celles d'Europe, au moins en savoir.

. Le principal reproche que l'on fait aux Japonais, c'est la légèreté, l'instabilité et le manque de persé- -.virance.

§ 6. Mœurs et Coutumes

Les Japonais sont d'une politesse raffinée dont ' toutes les règles très minutieuses, suivant le rang et l'âge des personnes, sont étudiées et suivies avec le plus grand soin. Rien de curieux comme les traif tés populaires de civilité puérile et honnête au Japon. La politesse n'implique pas chez les Japonais l'exî pansion et la sympathie. Quoique très poli et agréable ' avec l'étranger le Japonais ne l'aime point: il apprend de lui ce qu'il croit utile, mais c'est pour se ! passer de lui le plus tôt qu'il pourra. Il se défend à bon droit contre l'exploitation et l'absorption. Une compagnie japonaise a construit'et fait marcher dans des conditions suffisantes un chemin de fer.

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Un trait particulier aux Japonais, c'est l'absence presque complète de la pudeur, principalement dans les bains qui sont pour eux un besoin journalier. Gela tient peut-être à leur laideur qui les rend indifférents aux nudités. Le contact des Européens modifie ces usages aussi bien que le vêtement et la nourri turéT^

L'usage de la viande se propage beaucoup.

Comme en Chine, on mange avec des baguettes.

En dehors des repas, on boit du thé ; pendant les repas, de l'eau-de-vie de riz très peu alcooHque et qui procure une douce gaieté. Les festins japonais, auxquels les dames n'assistent pas, ont un entrain de bon aloi, grâce à cette boisson et surtout à un nombreux personnel féminin de mœurs faciles ; servantes, chanteuses, musiciennes, geshas, danseuses maïko, qui donnent autant de plaisir que le permet un décorum d'autant moins rigide que la soirée tend vers sa fin.

§ 7. Famille

Toute la famille Japonaise repose sur l'autorité du chef. Il est le maître absolu de la femme légitime, de la concubine admise sans contestation par la femme légale qui souvent la procure elle-même, et des enfants des mères diverses.

Le père vieilli ou fatigué peut transmettre son autorité et tout le reste à l'héritier de son choix. Ce doit être l'un de ses fils, souvent l'aîné ; s'il n'a pas pris de dispositions avant de mourir, c'est le fils aîné qui hérite de ses biens et de son autorité.

L'héritier doit pourvoir aux besoins de ses frères et sœurs. Il peut partager avec eux s'il le veut, ce qui est rare.

Il a surtout l'obligation d'éviter tous les tracas de l'existence au père qui a abdiqué, ou, s'il est mort, d'honorer sa mémoire.

D'ailleurs en Japon comme dans tous les pays bouddhistes, les enfants ne manquent jamais d'assurer l'existence des parents.

"TJn général la situation de la femme n'est point au Japon ce qu'elle devrait être en raison de son éducation qui a e3^sté de tout temps et qui s'étend jusqu'au dessin, aux langues étrangères. Épouse, elle est facilement répudiée ; mère, (elle est très bonne mère), elle n'a pas d'autorité; veuve,elle obéit au chef de famille. Cependant elle est instruite et chargée de l'éducation des enfants à laquelle elle se consacre complètement, surtout si elle est veuve.] Elle doit enseigner : à ses fils surtout la sincérité et la fidélité aux chefs et à leur parole, aux filles les obligations et devoirs de la femme chinoise et indienne.

La femme du peuple vend ses filles quand elle y est forcée par la misère ; elle a l'espoir que leur sort ne sera point malheureux et personne ne la blâme bien que cette vente soit interdite par la loi qui reste lettre morte. Ces filles deviennent des prostituées, des geshas ou des concubines, situations auxquelles les Japonais n'attachent aucune idée de déshonneur, surtout à la dernière.

Sous l'influence des Européens, la femme japonaise tend à se relever, ainsi que la décence publi-

que. Le christianisme et le bouddhisme contribueront ensemble à ce résultat.

§ 8. Mariages

Les mariages se concluent toujours par des intermédiaires; les fiancés se connaissent à l'avance, mais la jeune fille obéit toujours au choix de ses parents.

On ne donne point de dot aux filles. Le mariage n'apporte des biens au fiancé que dans deux cas : celui où son beau-père l'adopte pour fils et pour héritier; celui où la fiancée a une fortune personnelle dont le mari devient légalement possesseur comme chef de famille.

§ 9. Divorce

Le divorce a lieu généralement dans les sept cas prévus par la loi chinoise. Cependant, dans le peuple, aucune règle ne paraît tracée. Le mari se borne à donner à la femme qu'il renvoie un certificat constatant qu'elle est libre à partir de tel jour. Cette pratique de droit coutumier est fréquemment appliquée par les gens du peuple, très raremeùt dans les classes élevées. La femme divorcée rentre à la maison paternelle ordinairement plus pauvre qu'elle n'en était sortie. Le mari garde les enfants qu'il veut, le plus souvent les garçons, et laisse les autres à la mère. Si celle-ci ne peut les élever, elle donne les garçons qui sont facilement

adoptés par les ménages sans enfants, très nombreux au Japon ; et elle vend les filles ou les place comme concubines.

Le prix des filles est de 25 à 60 francs quand elles sont achetées par d'anciennes geshas qui veulent les élever pour leur métier et les exploiter ensuite jusqu'au moment où elles se rendront indépendantes. Les geshas sont des chanteuses et danseuses qui égayent toutes les fêtes japonaises ; elles correspondent aux courtisanes de premier rang de la Grèce et aux bayadères de l'Inde auxquelles elles sont supérieures.] Des courtisanes peuvent par leur \ éducation, leurs talents ou leur beauté avoir un ^rang distingué dans la société japonaise et même être prêtresses de la déesse solaire, la déesse nationale Ama Therassu. Les Japonais prennent sans répugnances pour femmes légitimes des geshas et même des prostituées (4).

L'adultère de la femme est, ou du moins était ! naguère, très rare au Japon. L'épouse coupable est I à la merci du mari. L'homme n'a même pas l'idée de la fidélité, ni même d'un devoir conjugal quelconque.

(1) Le voyageur Français Delaporte signale au Japon au xvnie siècle, de vastes établissements de prostitution dans les villes, et des maisonnettes dans les campagnes, à la croisée des chemins, ouvertes à tout venant. Il ajoute que, dans quelquesunes de ces maisonnettes, se tenaient de jeunes garçons parés et fardés.

Parmi les courtisanes japonaises on cite les mousmés comme les femmes les plus voluptueuses et les plus complaisantes de TAsie. Quand une mousmé a un enfant, le père doit s'en Charger ou payer 100 fr. à l'État qui s'en charge.

§ 10. Langue

Le japonais appartient à la classe des langues agglutinantes; le peuple des campagnes parlé le vieux japonais mêlé de quelques mots chinois japonisés en plus ou moins grand nombre suivant les localités.

Dans les villes le langage est un mélange de japonais et de mots chinois japonisés qui y entrent en quantité d'autant plus grande pour chacun qu'on est plus instruit.

L'écriture a été importée au Japon par les Chinois; aujourd'hui il y a des journaux écrits entièrement en chinois, et d'autres où les radicaux sont figurés par des caractères chinois et les modes et modifications du radical représentés par de l'écriture japonaise.

Cette écriture est monosyllabique, comprend les caractères et est assez facile à apprendre. Il y a en outre des caractères pour représenter les voyelles a, e, i, 0, u. Il existe des alphabets japonais.

Toute la langue littéraire du Japon se compose dé mots japonisés, analogues aux mots anglais francisés, comme square, biron, etc. Chaque idée, chaque objet a un nom purement japonais, puis un ou deux autres purement monosyllabiques d'origine chinoise, mais différent du chinois actuel.

La construction de la phrase est telle que celle-ci est difficile à comprendre à moins qu'elle ne soit très courte ; comme cette construction est inhérente au japonais, on en a conclu qu'il a une organisation cérébrale différente de la nôtre.

( Les difficultés propres au système actuel et les

\ années nombreuses que l'homme d'étude japonais est

\ obligé de passer à apprendre et à imiter des mots

! et des caractères compliqués ont amené la formation

I d'une société qui poursuit l'adoption au Japon de

l'alphabet romain; celle-ci compte un grand nombre

. de membres pour la plupart japonais.

' Selon M. Villàret, il faut que l'on abandonne

1 tous les mots chinois et que l'on retourne entière-

i ment à la langue populaire du temps de Yamatsu

, avec l'alphabet romain. On supprimerait ainsi tout

bagage inutile ; on rendrait au langage son originalité,

et aux littérateurs japonais un ressort par lequel ils

peuvent égaler tous les autres. Aujourd'hui l'écolier

japonais qui est excellent perd tout esprit d'initiative

par une application trop longue à un apprentissage

pour ainsi dire matériel.

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